Un col et demi

> Aspet – 75 km
Sommaire

Mardi. Quand je me lève, plusieurs randonneurs sont déjà partis, mais les deux couples d’hier sont encore couchés. Le double toit de la tente, lui, est complètement détrempé. Malgré le ciel dégagé, le soleil n’entre pas encore dans la vallée, donc pas de séchage possible. 

Pascal et Judith, qui prennent une journée en transports divers pour retrouver leur voiture, ont terminé leur périple, mais je les croise aussi en ville ; Yoann et Lucille émergent de leur tente peu avant mon départ. Je passe à l’accueil, qui est encore fermé : cette nuit, j’aurai campé gratuitement.

Rapidement, je rejoint l’accueil du Skyvall, un téléphérique vers une station de ski qui m’avait été recommandé. Il débute ses activités à 9 h, j’ai donc quelques minutes d’attente avant d’être leur premier client du jour. Plusieurs amateurs de VTT, bardés de protections, suivent peu après.

La montée jusqu’à 1600 m est magnifique, rapide et facile. C’est ensuite un jeu d’enfant de rejoindre le col de Peyresourde, 1569 m.

Comme souvent, il y a du monde. Un groupe de cinq Toulousains traverse les Pyrénées d’est en ouest par les cols en mode léger avec coucher en auberge. Parmi eux, Thomas, qui connaît la région par cœur et me trace un itinéraire adapté à mon lourd vélo. Génial ! Il y a aussi Mariano, Maria, Carlangas et Miguel, une bande joyeuse et sympathique.

La descente vers Bagnères de Luchon est spectaculaire, mais la caméra ne filme pas comme espéré. Pourtant, que de beauté !

Un peu plus bas, je rencontre un rare cyclotouriste bien chargé. Gaizka est espagnol, notre langue commune est donc l’anglais. C’est un gentil baroudeur, qui couche habituellement dans les bois.

Arrivé en ville, j’achète une nouvelle cartouche de gaz, l’autre semblant être proche de la fin, je rencontre plusieurs personnes attirées par mon mode de transport – certains partent pédaler dans les prochains jours – et je mange tranquillement.

Suivant les conseils de Thomas, je prends la route de la vallée de la Pique, la rivière qui coule ici, alors que les nuages envahissent tranquillement le ciel. Les derniers kilomètres avant Saint-Béat sont plaisant, sur une petite route bien tranquille.

Située sur la Gironde, ici torrent modeste, cette dernière ville avant l’Espagne est entre deux falaises qui en faisaient un passage obligé et sûrement bien gardé à certaines époques ; aujourd’hui, l’autoroute traverse sous la montagne.

C’est maintenant le temps de grimper. La route vers le col de Menté fait à peine 10 km, mais les pentes dépassent souvent les 10 %, ce qui fait que je roule autour de 4 km/h, une vitesse de marcheur, en devant prendre régulièrement des pauses. C’est maintenant bien couvert, avec des sommets cachés dans les nuages. C’est donc bien moins chaud, donc moins dur, et il y a très peu de voitures. En revanche, toute la montée se fait en forêt, ce qui limite les paysages.

Après de longs efforts, j’atteins le sommet à 1349 m. Personne ici. J’enfile une veste et j’amorce la descente.

Je garde les mains sur les freins, mais ici c’est bien ouvert et magnifique. Traversant de petits hameaux haut perchés, la route s’enfonce dans la verdoyante gorge du Ger, que je longe jusqu’à Aspet. 

Ce soir, je préfère le camping organisé, car pour demain la météo est douteuse. L’accueil est un bar restaurant bondé, alors c’est Jean-Luc, un ami des responsables, qui me mène à un site juste à coté de la rivière. L’administratif attendra à demain.

Je monte ma tente, dont le double toit reste dégoulinant après sa journée dans son sac, je soupe et je me dirige vers la douche. En y arrivant, je rencontre Madeleine, jeune biologiste en stage dans la région. Bonne raison pour retarder la douche de quelques minutes.

De retour à la tente, je termine la rédaction peu après 23 h. C’est le temps de dormir, avec l’eau qui chante à quelques pas. 

km jour : 72,7
km total : 835
départ / arrivée : 8 h 25 / 20 h 00
temps déplacement : 5 : 54
vitesse moyenne : 12,3
vitesse maximale : 51
camping : 10 €

Les premiers cols

> Loudenvieille – 55 km
Sommaire

Lundi. Nuit bien calme, comme prévu, et agréablement fraîche : pour la première fois, je suis entré directement dans mon sac de couchage. Est-ce la proximité de la rivière ? Mon double toit est bien humide et sera rangé comme ça.

Dès le départ, ça monte bien, et c’est ainsi jusqu’au sommet du col d’Aspin, 1489 m. Heureusement, ce n’est pas encore trop chaud, la route est en parfait état et les automobilistes sont courtois – ils sont habitués aux vélos, il y a beaucoup de cyclosportifs.

Les paysages, eux, sont à la hauteur : plus c’est haut, plus c’est beau, même si c’est bien moins haut que les Alpes. Il reste que ce n’est pas très abrupt, donc relativement facile.

La descente vers Arreau est un pur régal, même si les freins sont bien sollicités. C’est que le paysage est très ouvert, permettant d’apprécier les montagnes tout autour.

Arreau est bien jolie, au confluent de deux rivières. C’est le temps de manger et de refaire la réserve de nourriture, assez peu garnie après les derniers jours. L’eau est souvent disponible dans des fontaines des villages, et disparaît rapidement puisqu’il fait maintenant très chaud sous un ciel parfaitement dégagé.

Jusqu’à Saint-Lary-Soulan, la route traverse une série de villages dans le fond de la vallée de la Neste, c’est donc vraiment facile.

En arrivant à la ville, un magasin de sport. Laurent, le technicien, peut enfin changer mon disque avant abimé. Il est compétent et très sympathique, comme l’ensemble de l’équipe, c’est donc une étape agréable en plus d’être utile.

À la sortie de la ville, je bifurque vers le col de Val Lauron Azet, 1580 m, laissant la filée de voitures sur la route vers l’Espagne. Rapidement, cette montée montre son vrai visage : elle est diablement abrupte, bien plus que celle de ce matin. Pendant de longues sections, je monte sous la grosse chaleur à 4 km/h, la limite avant de tomber, en multipliant les pauses photo et en vidant mes bouteilles à bonne vitesse. Heureusement, il y a quelques villages avec fontaines, et surtout un paysage ouvert et sublime. 

En montant, je rencontre René, 80 ans mais heureux d’être à vélo (électrique) ; à Azet, je croise Sigo et Lydie, venus d’Alsace pour randonner.

Plus haut, une affiche indique un « passage canadien », une grille ajourée qui convient aux voitures et vélos mais qui rebute les vaches. Ici, c’est leur territoire, incluant la route. Les cyclistes et automobilistes leur laissent la priorité…

J’atteins enfin le sommet. C’est magnifique, mais il est 19 h 15. Frédéric, cycliste passionné, s’improvise photographe pour immortaliser le moment et converser.

Avec ma caméra fixée fermement sur le vélo, je filme une partie de la spectaculaire descente, mais je reste prudent car elle est encore plus abrupte que la montée. Que c’est beau !

Descente des deux cols en vidéo.

Il est presque 20 h 30 quand j’arrive au camping – en zone semi-urbaine et touristique, il est un peu tard pour rechercher un camping sauvage. À l’entrée, l’accueil est fermé et une affiche précise que c’est complet. Deux randonneurs sont là et me guident vers l’emplacement réservé aux marcheurs. Pas de formalités ce soir : il y a de la place pour ma tente près de celles des marcheurs – une dizaine de personnes – et je bénéficie d’un excellent accueil.

Mes voisins immédiats sont Yoann et Lucille, qui m’ont accueilli, et Isabelle. Logiquement, ces gens sont des couche-tôt qui disparaissent dans leurs tentes avant que j’aie fini de manger. Il reste Pascal et Judith, de Bretagne, qui achèvent leur périple. À voix basse, nous avons une belle conversation, une autre rencontre bienfaisante à la fin d’une journée qui n’en a pas manqué.

Il me reste la vaisselle, la douche, le journal et le dodo un peu avant minuit. Il est temps.

km jour : 55,9
km total : 762
départ / arrivée : 9 h 25 / 20 h 25
temps déplacement : 5 : 34
vitesse moyenne : 10,0
vitesse maximale : 50

Vers les Pyrénées

> Saint-Jean-de-Monts (Campan) – 60 km
Sommaire

Dimanche. Il fallait s’y attendre : nous nous levons tard et simultanément, vers 9 h 45, après une nuit confortable côté température. Comme j’ai un peu de temps après le petit déjeuner, je complète et mets en ligne le journal d’hier, prends une brève douche et prépare mon bagage. Rien de compliqué là-dedans : ce qui est plus dur, c’est de saluer Patrice, ne sachant pas quand nous nous reverrons. Avec lui et ses amis, ça aura été une rencontre exceptionnelle. Il faut quand même prendre la route ; en plus, lui part ce soir pour Paris avec quelques jeunes pour assister à un tournoi de lutte olympique.

Ce midi, le ciel est gris, mais pas menaçant, et c’est encore relativement frais. Les routes que j’emprunte sont calmes et jolies, en campagne avec quelques villages. Tranquillement, le soleil revient avec la chaleur. Je ne vais pas vite, car c’est en faux-plat montant.

En arrivant à Tarbes, l’algorithme m’envoie sur la gauche, vers la rivière Adour. Cette fois-ci, c’est une excellente idée : sur 8,5 km, le CaminAdour, un sentier multifonction, longe la rivière avec ses rapides et quelques seuils, loin des voitures. Ombragé, beau et agréable.

Retour sur une route plus passante en direction de Bagnères-de-Bigorre et des montagnes qui commencent à se profiler au sud. Un cycliste me dépasse, puis ralentit pour m’attendre. Frédéric, cordiste (homme-araignée pour les québécois), a choisi de devenir mon guide jusqu’à Bagnères.

Cette petite ville, porte des Pyrénées, est connue pour avoir donné à la France son actuel président, mais offre bien d’autres atouts, en particulier une excellente et abondante source. C’est bon de s’y abreuver et d’y renouveler l’eau de mes bouteilles. Après une pause carte à l’info touriste, je poursuis mon trajet entouré de bons reliefs. 

J’aime ces paysages de montagne, et j’y entre par une belle vallée. Il fait maintenant grand soleil, et la petite route, calme et superbe, monte bien jusqu’à Campan. Ce joli village est peuplé de personnages bricolés, bien mignons.

À partir d’ici, il n’y a qu’une seule route, passante et qui monte parfois assez sérieusement entre alpages et falaises. À Sainte-Marie-de-Campan, une intersection mène vers le mythique col du Tourmalet, mais j’ai choisi de me diriger vers l’est par le col d’Aspin. Ce sera pour demain : pas bien loin, un joli et abordable camping m’héberge pour la nuit. Je m’y installe, fait mes routines dans une agréable fraîcheur après une douche et un petit lavage. J’ai même le temps de refaire un réglage du frein avant, toujours assez délicat. Il passe à peine 22 h, je suis prêt a profiter de la nuit, bercé par le chant de l’Adour qui gambade à quelques mètres de ma tente. 

km jour : 59,6
km total : 706
départ / arrivée : 11 h 50 / 18 h 50
temps déplacement : 4 : 52
vitesse moyenne : 12,2
vitesse maximale : 32
camping : 12 €

La vie à Vic

Vic-en-Bigorre
Sommaire

Samedi. Nuit un peu chaude, mais calme et excellente. Bien sûr, nous nous levons pas mal plus tard que lorsque je suis à vélo. Après un petit déjeuner rapide, nous allons au marché de Vic-en-Bigorre, à deux pas de la maison. 

Tous les samedis matin, les producteurs, artisans et commerçants de la région s’y retrouvent, et il y a du monde. Avec Patrice, aucune chance de passer incognito : constamment, il reconnaît et salue amis et collègues, toujours sympathiques. J’ai donc l’occasion de me mêler à la vie des gens d’ici. Il fait même quelques achats de victuailles.

L’avant-midi y a passé. Au retour, un repas simple et savoureux, puis nous nous plongeons dans nos activités : olympiques et contacts pour Patrice, mise en ligne du journal pour moi. Succès.

Nous attelons la remorque derrière la voiture, puis nous commençons une bonne tournée. Nous déposons divers objets à une autre maison à Camalès, le village d’enfance de Patrice, nous arrêtons à la déchèterie (écocentre pour les québécois), nous saluons l’oncle Dédé, nous livrons des chaises à la piscine de Maubourquet – belle conversation avec Lalie, la jeune fille qui s’occupe du casse-croûte – et en ramenons une vieille table. 

Au retour, nous passons saluer Pierre, ancien collègue de Patrice maintenant octogénaire. Les conversations vont bon train : nouvelles des uns et des autres, monde de l’éducation, environnement, santé, les sujets ne manquent pas. Il est près de 20 h quand nous revenons à la maison. 

Peu après, nous partons pour Marciac, où se tient un festival de jazz. Nous prenons Charlotte avec nous et revenons vers le Gers. Comme il y a des voitures partout, nous stationnons un peu plus loin du centre-ville et y retrouvons facilement Laura, ainsi que Delphine, une autre collègue de Patrice, avec son mari Stéphane. 

Il est temps de manger. Un resto bondé trouve une table pour nous, et nous y sommes rejoints par Romain, un ami de Laura. Notre petit groupe est complet. Delphine et moi apprécions le menu végétarien, mais tous sont bien heureux d’être ensemble. Seule la pauvre serveuse, débordée, trouve la soirée difficile.

Plus loin, un bar accueille un groupe de musique aux accents antillais. Si les structures musicales sont très simples, l’interprétation est enjouée et compétente. Mes nouveaux amis ont de très intéressantes conversations, et nous réussissons à nous comprendre avec quelques efforts dans cet environnent bruyant. À l’invitation de Charlotte, je me laisse aller à la danse.

Malheureusement, il y a nombre de fumeurs et je sens venir le point de saturation. Je pars marcher en ville, plus calme à cette heure tardive. Au moment du départ, nous croisons Cyrille…

Au retour, je prends la volant puisque je n’avais bu qu’un jus de fruits et de l’eau. Même si je conduis électrique depuis plusieurs années, je retrouve la conduite manuelle avec plaisir. Il est 2 h 30 quand nous revenons à la maison, fourbus mais bien contents. Quelques notes de guitare, et dodo !

Improvisation

> Vic-en-Bigorre – 85 km
Sommaire

Vendredi. La nuit a été confortable côté température, j’ai même utilisé mon sac de couchage. En revanche, des animaux ont circulé aux alentours, heureusement sans s’intéresser à mes victuailles. 

Levé à 6 h 30, je pars à 7 h 15 sous un ciel bien gris, puis je quitte la voie verte et j’arrête déjeuner au village voisin. Après quelques kilomètres sur des routes plus passantes et des chemins différents de ceux proposés par l’algorithme – il a parfois des idées étranges -, je roule un bon bout de temps sur une crête bien jolie et tranquille. Je rejoins une nationale pour quelques instants, j’arrête à Dému à une épicerie / station-service pour mettre à jour ma réserve de fruits.

Je pars… et je reviens : quelques éclairs et la carte météo annoncent de solides orages. Je me réfugie avec les bonbonnes de gaz propane le temps que ça passe. J’en profite pour avancer le journal.

Au début, la pluie est très forte, puis diminue en intensité et cesse. C’est le temps repartir, même si un léger crachin sans conséquences s’invite brièvement.

Les routes sont étroites et sont souvent en crête, avec de solides descentes et montées. Je mange à Aignan. Ensuite, les montées et descentes très abruptes se succèdent, la première vitesse succédant aux freins. Dur.

À partir de Tasque, c’est une douce vallée, mais en montée quasi constante. Au départ, je visais Pau, mais je change mon plan pour me diriger vers Tarbes. Face à la couleur du ciel devant moi et à une vérification des cartes radar, je choisis de m’arrêter un peu avant, question de rester sec.

L’algorithme me guide vers un camping à Vic-en-Bigorre, mais j’ai un doute : j’arrive plutôt à des bâtiments municipaux. Un homme est là, je lui demande ce qu’il en est. C’est confirmé, il n’y a pas de camping ici, il m’aurait fallu revenir plusieurs kilomètres en arrière. Sa phrase suivante m’étonne : « Viens dormir chez moi, j’ai la place dans ma maison. » Je roule derrière sa voiture, nous y sommes rapidement.

Patrice, mon hôte improvisé, est enseignant de sports auprès d’élèves à besoins particuliers. Il est très engagé et passionné par le sport… et bien d’autres choses. Nous nous entendons facilement. Papa de deux grandes filles, il habite seul maintenant.

Après une bonne douche, nous partons vers le bar Chez Mélanie, dans la ville voisine de Maubourquet, pour une soirée de musique. Rejoints par Laura, une amie nageuse et dentiste, nous mangeons sur place.

Patrice connaît beaucoup de gens, nous saluons les uns et les autres qui défilent ; son frère Cyrille papillonne tout autour. L’attention est partagée entre la télé qui diffuse les jeux olympiques et les quatre musiciens, excellents, qui reprennent du vieux rock.

En fin de soirée, Charlotte, collègue de Patrice, vient faire un tour. Il est bien passé minuit quand nous rentrons pour une nuit bien méritée. 

km jour : 87,1
km total : 646
départ / arrivée : 7 h 15 / 17 h 30
temps déplacement : 6 : 18
vitesse moyenne : 13,8
vitesse maximale : 46

Repartir

> Gondrin – 30 km
Sommaire

Jeudi. La nuit a été un peu moins chaude, c’est déjà ça de gagné. Et le ciel est plutôt gris, mais sans aucun risque de pluie.

C’est un matin de départs. Les familles ont réservé une sortie dans deux petits bateaux sur un canal, avec écluse et pique-nique.

Adélaïde et moi visitons Condom, ville médiévale sur le chemin de Compostelle. C’est tout près en voiture, et comme il se doit magnifique. Évidemment, ce nom de ville a été utilisé à d’autres fins ces dernières années, et la rivière qui la traverse s’appelle la Baïse. Ça ne s’invente pas… mais ça n’enlève rien à la splendeur des lieux.

Au midi, le repas à trois est agréablement tranquille. Ensuite, chacun vaque à ses affaires : Adélaïde à son travail, sa maman aux tâches de la maison, et moi à la mise en ligne du journal, jusqu’à mardi inclusivement. J’arrête au retour des familles : le réseau devient subitement surchargé.

Il me reste à me préparer : douche, bagages, vélo, tout est prêt à 17 h 45. Je peux saluer tout le monde, qui à la maison, qui au lac. Je déteste quitter les amis, mais c’est le prix du voyage. 

Jusqu’à Condom, c’est pas mal vallonné, avec de bonnes montées et descentes. Traverser la ville implique d’avoir le nez sur l’algorithme, mais ce n’est pas difficile.

Peu après, je rejoins une voie verte, comme souvent une ancienne voie ferrée, excellente et bien pavée. La journée avance.

Je mange à une table à pique-nique, et un peu plus loin des vignes offrent un espace correct pour la tente malgré un sol très dur. Faute d’arbre approprié, la bouffe dormira sur un tuteur de vigne.

À 22 h, tout est complété. Vive la rando, dodo !

km jour : 28,9
km total : 559 
départ / arrivée : 17 h 45 / 20 h 40
temps déplacement : 2 : 05
vitesse moyenne : 13,9
vitesse maximale : 48

La Romieu et la vie calme

> Lizargues (La Romieu)
Sommaire

Mercredi. Une nuit chaude, bien sûr, mais reposante puisque c’est vraiment calme ici. Tous vont bien, sauf un des garçons qui fait de la fièvre et se traîne difficilement. Espérons une prompte guérison.

Au matin, Adélaïde propose une visite de La Romieu. C’est une abbatiale importante du Camino – chemin de la Compostelle – qui vaut largement le petit détour. Après quelques minutes en voiture sous un soleil déjà brûlant, nous découvrons un joli village aux accents médiévaux. Au cœur du village, l’abbatiale.

C’est tout à fait splendide. Il y a une salle d’accueil et une présentation vidéo, puis nous déambulons au rythme d’un audioguide bien détaillé et intéressant.

Les lieux sont impressionnants : nous visitons le cloître, l’église au son de l’orgue, diverses salles et une tour desservie par un acrobatique escalier en colimaçon. J’admire de tous mes yeux, et je prends beaucoup de photos, évidemment.

Nous rentrons un peu plus tard que prévu. Adélaïde mange en vitesse avant de reprendre la travail, les autres profitent longuement des joies de la table et des convives.

Plus tard, je m’installe pour tenter de mettre à jour le blogue. Côté textes, ça va, mais le site de blogue refuse obstinément d’y insérer des photos. 

Quand Adélaïde prend une pause, nous allons marcher du côté du château voisin puis de l’étang. J’y reviens pour me baigner et remonte juste à temps pour chanter « Gens du pays » pour un anniversaire. C’est bien apprécié. Les deux familles quittent pour une soirée au restaurant.

Ici, c’est bien calme puisque nous restons à trois. La température est plus confortable, avec un vent tiède. Nous mangeons dehors et conversons avec plaisir.

Quand Adélaïde monte se coucher, le blogue revient à de meilleurs sentiments et je peux commencer à mettre en ligne le voyage – pas de lien de cause à effet, bien sûr. Ça me fait dormir un peu tard, mais la nuit s’annonce plus confortable. J’ai bien l’intention d’en profiter.

Oasis

> Lizargues – 55 km
Sommaire

Mardi. Finalement, un peu de fraîcheur – relative – a fini par venir, et la nuit a été vraiment calme. Toutefois, tout est resté un peu humide dans la tente, et mes habits ont grand besoin d’être lavés. Ouache ! À 6 h 15, le réveil sonne, à 7 h 30 je suis en route avec trois bouteilles bien pleines.

Ce matin, il y a un bon brouillard qui rend le début du trajet plutôt confortable. L’algorithme persiste à me guider vers des chemins forestiers impraticables pour moi. Je décide évidemment de suivre mon bon sens plutôt que le sien, et donc de rouler sur des départementales. Je me réhabitue à la circulation. 

Comme souvent, je rate quelques intersections, mais c’est sans conséquences. Les landes tirent à leur fin, la végétation change, il commence à y avoir du relief et de la chaleur. 

Je rejoins Barbaste, une petite ville. En son cœur, un pont et un château du XIIe siècle sur le bord de la Gélise. Trop beau, c’est le temps de prendre des photos. Alors que je n’avais presque pas vu de cyclistes depuis deux jours, une grappe de 25 passe. C’est un club qui profite de la relative fraîcheur du matin pour pédaler un peu, même si la majorité a l’assistance électrique.

Je prends un itinéraire cyclable vers Nérac. Il monte sur une crête dominant la vallée et traverse un très joli hameau avant de redescendre. Le cœur de Nérac est ancien et splendide, c’est aussi un bonheur pour les yeux.

Il me reste peu de kilomètres, mais ça cuit dans les vallons. Après m’avoir dépassé, une petite voiture bleue s’arrête, des gens en descendent : ce sont Adélaïde et son frère qui devancent un peu les retrouvailles. Il récupèrent une partie de mon chargement, j’arrive finalement à la belle maison ancienne, autrefois étable, où je passerai quelques temps. Il est 12 h 20.

Il y a du monde. En plus d’Adélaïde et de sa maman , il y a son frère et sa famille, de Genève, et leurs grands amis de Paris, eux aussi avec leurs enfants. Heureusement, la maison est grande.

Urgence pour moi : la bienfaisante douche. Je peux ensuite saluer les gens sans les salir… Adélaïde commence le télétravail à 13 h, horaire décalé en fonction du Québec. Le reste de la troupe prépare un repas copieux et très agréable. 

En après-midi, lessive et billets de train, puis journal. J’ai aussi des nouvelles de Laurent, rencontré en avion.

Quand Adélaïde prend une pause, nous partons patauger dans l’étang – ici, les gens l’appellent le lac, c’est un bien grand mot pour le décrire. Les enfants d’ici sont à l’eau, ainsi que quelques autres. Un grand papa, ancien agriculteur bio, a aussi de très intéressantes observations sur son pays.

Deux jeunes filles arrêtent pour discuter et, bien sûr, questionner. Arrive un papa apiculteur amateur, il vient de récolter un impressionnante collection de piqûres dans le dos.

De retour à la maison, je poursuis l’écriture et j’amorce la mise en ligne sur un réseau pas très rapide, vu le nombre de connexions en cours.

En soirée, la température baisse un peu, et quand Adélaïde émerge de son travail nous nous installons sur la terrasse pour un autre excellent repas en tout aussi excellente compagnie. Nous profitons du spectacle des éclairs et d’un vent encore chaud, il y a même quelques gouttes sans autre conséquence que de nous faire mettre à l’abri les séchoirs à linge.

La conversation se poursuit assez tard, car les convives ont des expériences et opinions passionnantes. Évidemment, la nuit restera chaude.

km jour : 54,8
km total : 530 
départ / arrivée : 7 h 30 / 12 h 20
temps déplacement : 3 : 46
vitesse moyenne : 14,6
vitesse maximale : 47

La quête de l’eau

> Pindères – 105 km
Sommaire

Lundi. À 6 h, mon réveil sonne. Il fait presque noir, mais aucun incident n’est à noter à part quelques envahissantes limaces.

Moins d’une heure plus tard, je suis en route, mais presque à sec. À 300 m, le village, le cimetière, un robinet… et un écriteau : « Eau non-potable. » Au village suivant, il y a un robinet près d’un parc. C’est la totale : je remplis mes gourdes, bien sûr, mais je déjeune et me brosse les dents. Tout est prêt.

Je suis toujours sur les voies vertes. À une intersection, une famille cycliste de Bretagne. Nous roulons de concert, c’est comme d’habitude très intéressant, et nous nous dirigeons vers l’épicerie. C’est bien pratique de pouvoir laisser le vélo sous surveillance. Au moment du départ, je constate que j’ai encore manqué une intersection. Il me faudrait garder constamment le nez sur le téléphone, ce qui ne m’intéresse pas.

Je reviens sur mes pas pour quelques kilomètres et je retrouve le droit chemin. L’eau baisse aussi vite que monte la température. À Cudos, église, cimetière et robinet d’eau potable : je fais le plein.

Je suis de retour sur les routes, que j’avais très peu fréquentées depuis Royan. Il y a peu de circulation, mais l’algorithme a à nouveau des idées étranges. Je contourne certaines de ses propositions : sur la photo, il veut que je prenne tout droit plutôt que sur la route.

Comme c’est cuisant – mon thermomètre hésite entre 38° et 41° -, je prends une bonne pause à l’ombre dans la pinède. Je mets à jour le journal que je n’avais pas complété hier soir, puis je fais de même pour les courriels et l’actualité – ça chauffe et ça brûle aussi au Canada.

Trois cyclistes suisses sans bagages s’engagent sur la piste que je n’avais pas voulu emprunter. Ils sont de retour après quelques minutes : pour eux non plus, ça ne passe pas.

Après presque deux heures, je reprends la route, ralenti par la chaleur intense. À Lerm-et-Musset, un premier village, il y a de l’eau au cimetière qui entoure l’église ; à St-Michel-de-Castelneau, je profite d’une table à pique-nique pour cuisiner sans risquer l’incendie ; à Pindères, un troisième village, pas de cimetière à côté de la splendide église, mais un robinet sur un édifice municipal. Plein des bouteilles : je bois comme un vieux moteur.

Comme il ne reste pas beaucoup de kilomètres à parcourir demain, je m’installe et complète le journal avant de monter la tente près de l’église. Tout est vraiment calme, on dirait presque un village désert : il faut dire qu’à 20 h, il fait encore 33°, et mon ordi est brûlant…

J’échange quelques messages avec mon ami Jean-Pierre, qui est à Alma. Là aussi, il fait chaud, et la fumée des incendies est très dense. Monde inquiétant…

Avant de m’endormir, j’accroche mon sac de nourriture à un arbre, mais pas sans mal. Ici, les arbres sont énormes et les branches hautes. Je lance plusieurs fois la corde lestée par mon couteau, tout retombe. Puis, mon couteau s’ouvre et se coince solidement. Même en montant sur une table, pas moyen de grimper sur l’arbre. Ça me prendrait une longue tige pour le déloger… Eureka ! Un arceau de tente est conscrit et s’acquitte très bien de la tâche, et bientôt mon sac est suspendu à un arbre majestueux. La prochaine fois, je prendrai autre chose que le couteau. 

Je retourne dans ma tente pour essayer de dormir malgré la canicule.

km jour : 106,1
km total : 476 
départ / arrivée : 6 h 55 / 19 h 30
temps déplacement : 6 : 49
vitesse moyenne : 15,6
vitesse maximale : 39

De piste en piste

> Hostens – 95 km
Sommaire

Dimanche. Excellente nuit, comme d’habitude, et la mer a tenu sa promesse de doux murmure. 

Je me lève à 8 h, mais il y a eu un incident : toujours attaché au vélo, mon sac de nourriture est complètement éventré ; de mes réserves, il ne reste que des fruits mordillés et des emballages dispersés. Qui a fait ça ? Après plus de 10 ans de loyaux services, fin du sac : il transportera les déchets jusqu’à la prochaine poubelle. Et moi, je jeûnerai jusqu’à la prochaine épicerie.

Je suis en route avant 9 h. Il fait très beau, pas encore trop chaud mais ça s’en vient. La piste dans les Landes est vallonnée, les cyclistes rares sauf près des plages, il n’y a pas de villages. 

Après 30 km, j’arrive à Cap-Ferret et je peux enfin acheter un peu de nourriture. Je me rends au quai. Le préposé, très sympathique, m’indique un coupable probable pour l’incident de la nuit : un sanglier. Je préfères ne pas avoir eu à négocier avec lui en tête-à-tête… Il me reste 15 minutes pour manger avant l’embarquement.

C’est un petit bateau pour passagers ; les vélos doivent être déchargés et sont mis sur le toit de la cabine, je prends les bagages avec moi. Je m’installe sur le premier siège venu, je passe le voyage avec Catherine, sympathique dame de la région parisienne en vacances chez son fils. La traversée vers Arcachon est agréable et assez courte.

En débarquant, il faut pousser le vélo sur une étroite passerelle où des passagers font la file pour embarquer, puis revenir prendre les bagages. Un marin m’apporte gentiment quelques sacs. Sur la terrasse, d’autres cyclistes chargent leurs vélos. Je passe un moment avec Guisieppe, franco-québécois, et Béatrice, italienne, qui complètent une escapade de quelques jours.

La ville est bordée de plages magnifiques où ça patauge et ça grille allègrement. Évidemment, c’est une enfilade de restaurants le long de l’eau. Je me dirige vers un magasin de plein-air : je souhaite remplacer la chambre à air donnée hier à Marius, et j’ai développé un nouvel intérêt pour les contenants anti-sangliers. J’arrive 20 minutes après la fermeture…

Je prends la route, mais il fait très chaud, environ 34°, et ma réserve d’eau est pas mal basse. Près d’un parc d’attractions, des toilettes publiques et des robinets d’où coule une excellente eau. Je bois et je fais le plein des bouteilles. 

Je croise quelques fois deux couples en vélos électriques – c’est très fréquent -, deux normands et deux allemands.

Sur une piste, une cycliste m’appelle par mon nom : c’est Isabelle, ma compagne d’hier sur le bateau. Nous sommes bien heureux de nous revoir. Plus loin, une bonne discussion avec Yannick, élu municipal du Jura et cyclotouriste passionné.

Bientôt, je prends une voie verte, une ancienne voie ferrée reconvertie en piste cyclable. En pratique, ce sont de grandes lignes droites tantôt dans les pinèdes tantôt dans les landes. Quand je roule à l’ombre, c’est chaud ; quand c’est au soleil, c’est cuisant. Quand même, une nouveauté par rapport aux landes depuis Royan : il y a parfois des cours d’eau.

Ce qui est plus rare, ce sont les points d’eau potable. J’en avais déniché un en entrant dans les landes, mais depuis plus rien. Je profite de tables en béton pour cuisiner en toute sécurité – pas le goût de mettre le feu ! -, puis je poursuis ma route. 

Juste avant Hostens, il y a une jolie prairie qui sera mon lieu pour cette nuit. Si le confort est exceptionnel, l’accueil des moustiques l’est aussi. Je monte le campement en vitesse, sans oublier de suspendre la nourriture en hauteur, puis je me réfugie dans ma tente sans en ressortir.

Il fait 30° à l’intérieur, je suis trempé de sueur et tout ce que je touche se mouille. Après un peu d’écriture, je peux enfin me coucher sur mon sac – maintenant, pas question d’y entrer. Espérons une bonne nuit quand même : demain, je me lève tôt afin de rouler avant la grosse chaleur – la prévision est de 39° !

km jour : 97,0
km total : 369 
départ / arrivée : 9 h 00 / 20 h 20
vitesse moyenne : 15,0
vitesse maximale : 34