Rencontres ferroviaires

>> Nevers – 1,3 km
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Vendredi. Personne ne semble s’ennuyer de la grosse chaleur. C’est plus agréable et confortable, nuit et jour.

Ce matin, dernier repas avec Virginie et Sarah, qui part travailler après un dernier câlin. Bientôt, tout est fin prêt. En enlevant la roue avant, le vélo entre tout juste dans la voiture, c’est parfait.

Nous reprenons la route de Toulouse, plus précisément de la gare. Dans le stationnement, je remet le vélo sur ses roues. L’ascenseur est si petit qu’il faut mettre le vélo en position verticale pour y entrer. Nous repérons l’ascenseur et les écrans, il est déjà temps de nous quitter… en espérant nous revoir bientôt.

Il y a plusieurs cyclistes, et une solidarité entre ces voyageurs de la lenteur. Il y a encore une heure d’attente, je reste en compagnie de Mathieu, qui combine vélo et train pour visiter son frère. Quand nos trains sont appelés, nous descendons pour rejoindre nos quais respectifs. Pour rejoindre le quai 9, il faut à nouveau se coincer dans un ascenseur minuscule, c’est un autre cycliste qui m’aide à en sortir. Prévu à 13 : 03, le train a quelques minutes de retard, rattrapées en cours de trajet.

Quand le train arrive, il faut repérer rapidement les entrées cyclistes. Dans notre wagon, nous avons trois vélos pour deux emplacements, mais un petit bricolage permet de bien nous installer. Pour le trajet, je suis avec Bastien, négociant qui a vécu en Afrique de l’Ouest et un peu au Québec, qui débute un trajet vélo le long des gorges de l’Allier. À la gare suivante, Bérénice se joint à nous pour un bout de temps. Étudiante en dentisterie, elle arrive de Lourdes, où elle a été brancardière, et se dirigera demain vers les Alpes.

Les jolis paysages défilent lentement, mais je n’ai pas de bonnes conditions pour les apprécier : le mal des transport n’est pas loin, et il fait vraiment chaud dans le train bondé. Les vallons deviennent plus profonds, les tunnels se succèdent, le temps passe. À Aurillac, ville plus importante, plusieurs personnes descendent et montent, mais la plupart des nombreux arrêts sont brefs.

Après six heures de trajet, nous arrivons enfin à Clermont-Ferrand pour une correspondance de 30 minutes. Entrer dans les petits ascenseurs est ardu, prendre les marches étroites pour monter dans le train est encore pire, puis il faut tout décharger pour suspendre le vélo aux crochets.

Juste derrière moi, une jeune femme galère aussi avec une poussette et un jeune enfant. En me rendant à ma place, je la vois dans un compartiment, seule avec son enfant. Nous échangeons quelques mots et bientôt nous nous préparons à faire le trajet ensemble. Béatriz est française avec des racines portugaises, son mari est sénégalais et joueur de rugby professionnel, le petit Éli, 17 mois, est un heureux métissage.

Nous conversons un bout de temps puis elle me dit que son fils adore la musique. Je vais chercher la guitare, et Redouane se joint spontanément à nous. Ce sont donc d’heureux mélanges d’improvisation berbères, de chanson française et même d’un classique québécois qui résonnent dans le bruyant compartiment et font danser Éli dans sa poussette. Rencontre improbable, bonheur partagé.

Au moment de descendre enfin du train – après huit heures si inconfortables, j’ai mon voyage -, nous nous entraidons pour que tout se passe bien mieux qu’à l’entrée. Nous sommes sur un quai central. Je donne un coup de main à Béatriz qui doit rejoindre le tunnel par l’escalier avec la poussette, mais je ne ressens aucun enthousiasme à tout démonter deux fois pour faire de même. Gary, employé de la gare, me propose de traverser les voies avec lui, en sécurité. Proposition très à propos et appréciée.

Le camping est tout près, j’y arrive en quelques minutes. Il est 21 h 30, l’accueil est fermé, mais un appel me confirme que je peux m’installer pour la nuit sur les berges de la Loire. Il y a là une constellation de petites tentes et de vélos, puisque l’itinéraire est un classique très fréquenté. Thomas, un sympathique voisin cycliste, arrive pour une intéressante conversation – une autre. 

C’est frais et confortable. C’est le temps d’écrire et de dormir avant de rejoindre mes amis pour la grande journée de demain… et pour y arriver avant la pluie.

km jour : 1,3
km total : 1216
temps déplacement : 0 : 07
vitesse moyenne : 11,1
vitesse maximale : 24
camping : 13 €

Dans la ville rose

L’Isle-Jourdain (Toulouse)
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Jeudi. La nuit a été excellente – je sais, c’est un peu répétitif – mais ce matin il faut se lever. Nous déjeunons à trois avant que Sarah parte travailler, puis Virginie et moi nous dirigeons vers la collégiale. Nous y retrouvons Monique, l’organiste, ainsi que David, le curé, et les personnes impliquées dans la célébration.

L’église est bien remplie pour cette célébration plutôt traditionnelle. Côté musique, il faut s’ajuster pour les tonalités, mais nous prenons beaucoup de plaisir à animer ensemble et c’est bien apprécié de l’assemblée.

Nous revenons très brièvement à la maison pour repartir vers Toulouse, dite la ville rose. Nous y retrouvons Colline, deuxième fille de Virginie, qui termine ses vacances avant de débuter un stage en éducation spécialisée.

Nous mangeons au resto, ramenant plus de la moitié de ce qui nous avait été servi, et nous nous baladons en ville, visitant évidemment la basilique de Saint-Sernin, rare église Romane d’une telle ampleur. Nous nous retrouvons à l’appartement de Colline et chantons un bout de temps avec grand plaisir.

De retour à l’Isle-Jourdain, Sarah et Éléa sont à l’appartement. Nous faisons le tour de mon matériel, ce qui leur donne une bonne idée de ce dont elles auront besoin sur les sentiers de Compostelle. Ça va jusqu’à allumer le réchaud afin de mieux en voir le fonctionnement.

Le repas du soir est constitué d’excellents restes, nous ne venons même pas à bout des surplus du midi. Nous reconduisons Éléa chez son grand-père, puis déjà la journée tire à sa fin.  Il faut déjà se préparer pour le départ : ça passe trop vite en si bonne compagnie.

Jour de pluie

L’Isle-Jourdain
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Mercredi. Dormir dans un lit reste une expérience intéressante, surtout que la nuit a été presque fraîche avec la forte pluie qui se maintient une bonne partie de la journée avant de s’atténuer. Excellente occasion pour éviter vélo et camping. Je me lève vers 9 h 30 et c’est un avant-midi tranquille avec Virginie. J’ai le temps de mettre en ligne les journées manquantes du blogue.

En début d’après-midi, nous révisons les partitions pour la messe de demain matin, puis nous marchons jusqu’à la collégiale, une affaire de cinq minutes. Nous y retrouvons Monique, l’organiste, et répétons avec elle, surtout pour placer les tonalités. Elle a de la conversation et un éventail d’expériences intéressantes.

De retour la maison, nous retrouvons Sarah, en pause de son travail au restaurant, et son amie Éléa, avec qui elle partira bientôt sur les chemins de Compostelle. Elles sont de très agréable compagnie.

Nous repartons en voiture pour quelques magasins de vêtements, car mon unique pantalon n’est pas très chic pour un mariage. Échec : ils me prendront comme je serai.

Au retour, c’est bien calme. Virginie prépare l’affichage des textes des chants pour demain, je lis un peu et je rédige quelques lignes de journal. Tout est gris dehors, même si la pluie a cessé. 

En soirée, nous regardons La passion d’Augustine, film québécois mettant en vedette la musique – piano et chant -, les paysages changeants au gré des saisons, un pan d’histoire et Lysandre, nièce de notre ami Benoît. C’est excellent, touchant. 

Juste à la fin du générique, Sarah revient de son travail. Rapidement, la conversation tourne autour de son projet de marche vers Compostelle, de foi, de doutes et de valeurs.

La soirée se termine avec elle au piano qui interprète une composition sur un texte d’Aragon, et quelques notes de guitare. Que de talents ! Quelle joie de se retrouver demain !

Le lac et l’appartement

> L’isle-Jourdain – 40 km
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Mardi. Vrai, ce camping improvisé avec des animaux se promenant tout autour de la tente était très bien. Autour de 2 h, je ferme la porte puisqu’il passe une averse, mais au matin il fait soleil. La tente n’est pas complètement sèche, ce sera pour ce soir. Levé vers 7 h 15, je suis en route à 8 h 30, selon le rythme habituel.

Après quelques minutes, j’arrête pour vérifier mon trajet. Deux dames arrivent avec gros chiens et gros sacs, elles désirent garder propre leur environnement. Elles s’enquièrent de mes besoins : évidemment, l’eau est essentielle.

Comme Sylvie a un rendez-vous, c’est sa sœur Françoise qui s’occupe de moi. Non seulement elle remplit mes bouteilles, mais elle me permet de me brosser les dents chez elle, m’offre des biscuits et de pêches, et surtout m’accompagne sur près de 10 km de piste cyclable. Elle aime pédaler et aider, visiblement.

Je roule ensuite sur une étrange route bétonnée, rugueuse, réservée aux vélos et à des convois spéciaux dont j’ignore tout. Le ciel s’est couvert, je reçois quelques gouttes. Il y a un abribus dans le village voisin, mais la pluie cesse. Je repars sur la route étrange, guettant le ciel, et la pluie reprend, forte. Ça mouille ! 

Tout près, une maison avec un avant-toit offre un abri minimal, je m’y installe pour laisser passer l’averse en écrivant, puis en lisant quelques informations du Québec : il vient d’y avoir un vrai déluge, des amis s’inquiètent pour ma maison. Je verrai au retour.

À midi, la pluie a cessé, je reprends la route. Je ne suis plus très loin, ça roule bien, alors j’arrive chez Virginie vers 13 h 30. Il n’y a personne, elle est au travail jusqu’à 18 h. Elle me suggère de me diriger vers le lac, un étang artificiel à proximité. Bon plan.

Je m’y rends, je mange, je fais un petit ménage au vélo, qui en a bien besoin, je fais le tour du lac, une affaire de quelques minutes. Il y a un centre de ski nautique, mais sans bateau : de câbles tirent les skieurs dans un anneau avec des jeux et des sauts. Ça fonctionne.

Au retour, je réalise que je suis juste à côté de l’office du tourisme. Grâce à Maëva, la préposée, j’y ai accès à de l’électricité, du Wi-Fi et à une salle de conférence pour écrire. C’est parfait, j’ai le temps de mettre en ligne deux journées de blogue. Peu avant 18 h, un appel de Virginie, qui est arrivée chez elle. J’y suis en quelques instants.

C’est avec grand plaisir et une certaine émotion que nous nous revoyons enfin. Elle avait séjourné un an à Montréal en 1992-1993, nous nous étions revus ici en 1996 puis, très brièvement, à Montréal l’automne dernier. Depuis des années, nous cherchions à coordonner nos agendas lors de mes passages en Europe. Elle a trois grands enfants : Sarah, qui vit ici mais qui travaille ce soir, Colline, qui est à Toulouse, et Nathan, qui est en vacances à l’extérieur jusqu’à samedi.

Son appartement est en plein centre-ville. À l’arrivée, il faut tout monter sur deux étages, nous déchargeons et y allons en pièces détachées. Elle m’a préparé une chambre – la sienne, elle dormira au salon ! -, je prends une bonne douche et après une pause de quelques décennies nous poursuivons notre conversation autour d’un bon repas tout simple.

Sarah arrive avec son copain Côme. Elle se prépare à marcher vers Compostelle, il revient d’un périple vélo de cinq mois en Amérique du Sud. Encore de quoi à discuter.

Alors qu’ils partent pique-niquer, nous sortons la guitare de Sarah pour répéter les chants pour la messe de jeudi, qui sera chantée par Virginie. Il y aura l’organiste habituelle et, exceptionnellement, de la guitare. Les choix de chants de Virginie sont excellents, c’est un plaisir de refaire de la musique ensemble.

Au retour de Sarah et Côme, nous sortons le carnet de chants pour un bout de soirée tout en mélodies et en douceur, avec de belles voix. C’est encore chaud, mais il est temps d’aller dormir après avoir monté la tente au centre de l’appartement afin de la sécher.

km jour : 38,9
km total : 1215
départ / arrivée : 8 h 30 / 13 h 15 – 18 h 05
temps déplacement : 2 : 47
vitesse moyenne : 14,0
vitesse maximale : 31

L’autoroute des cyclotouristes

> Blagnac (Toulouse) – 90 km
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Lundi. Il a venté toute la nuit, pas une goutte d’eau, et ce matin le ciel est bien gris. Levé vers 7 h 10, je suis sur les roues 45 minutes plus tard, mais je prends peu après une pause pour déjeuner. Une table, c’est du confort.

Le Canal du Midi est très facile à vélo : c’est pratiquement plat, sans voitures et généralement ombragé même si c’est peu perceptible ce matin. C’est aussi une destination connue et prisée des cyclotouristes, alors la vaste majorité des vélos que je croise a des sacoches. C’est vrai en avant-midi, car plus tard il n’y a pratiquement plus personne même si la température est plus clémente que ces derniers jours.

À Castelnaudary, une ville qui s’est développée autour d’un bassin sur le canal, je trouve de l’eau ainsi qu’une boutique de vélo pour remplacer ma chambre à air de secours et regonfler mes pneus.

Le trajet est vraiment beau, rythmé par les nombreuses écluses, souligné par les rangées de platanes au garde-à-vous tout le long du canal.

S’il y a de nombreux cyclistes, la navigation est rare : une péniche, deux bateaux en chemin, deux dans les écluses, deux rameurs et quelques machins touristiques, c’est tout – j’oubliais : deux baigneurs dans une eau douteuse. À proximité, l’autoroute des voitures qui assure un constant bruit de fond.

À noter en chemin : plusieurs écluses doubles, une quadruple, la ligne de partage des eaux, le canal qui passe sur des des ponts au dessus de ruisseaux. Dans l’Aude, le chemin est en poussière de roche beige, qui change la couleur de mon vélo ; en entrent dans la Haute-Garonne, c’est pavé et bien plus confortable.

Aussi, quelques rencontres : deux familles à vélo – quatre adultes, six enfants, une maman venue à Laval et Toronto en 2002 – et une famille de marcheurs très sympathiques – Fabien et Géraldine avec leurs enfants Julia et Morgan, le papa a de vifs souvenirs du Québec, qu’il avait adoré.

En après-midi, le ciel se dégage, la température augmente et je finis par traverser Toulouse. Certains aménagements sont étonnants, en particulier quand le canal passe par un pont au-dessus d’une autoroute. Je retrouve aussi une certaine anarchie dans les déplacements de la faune urbaine.

Pour monter sur la digue de la Garonne, l’algorithme me suggère un escalier abrupt, que je contourne évidemment. C’est très joli de voir Toulouse et le fleuve de plus haut.

Évidemment, pas question de monter la tente en ville, et je ne trouve pas facilement d’emplacement en banlieue immédiate. Je m’installe près d’un carrefour pour cyclistes et marcheurs : ce n’est pas très discret, mais dans cette région plutôt urbanisée c’est un compromis.

Je cuisine, j’écris et peu après 20 h les routines sont complétées. Il est encore tôt, mais je suis prêt à monter la tente et à me préparer pour la nuit. Une dame passe avec son chien et me recommande de m’installer plutôt dans un parc près de la Garonne. Elle m’avise aussi de la présence possible de sangliers. Je charge le vélo et en dix minutes je suis arrivé. À 21 h, ma nourriture est dans un arbre, je suis dans la tente, il fait 28° et je vais dormir bientôt.

Demain, je prévois me lever tôt, car de la pluie est possible en avant-midi. Pour la soirée de demain, c’est un déluge qui est attendu, mais en principe je serai bien au sec chez mes amis. On verra.

km jour : 87,6
km total : 1176
départ / arrivée : 7 h 55 / 18 h 15 – 21 h 35
temps déplacement : 6 : 16
vitesse moyenne : 14,0
vitesse maximale : 27

Voie verte et algorithme

> Villepinte – 85 km
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Dimanche. Les nuit se suivent et se ressemblent, avec une petite fraîcheur bienvenue cette fois-ci. Levé à 8 h, je suis prêt à 9 h 30 mais je pars un peu plus tard puisque nous profitons des derniers instants avec Guillaume et Lison. Je dois aussi faire un arrêt épicerie, puisque tout sera fermé en cet après-midi de dimanche.

C’est rapide et facile de rejoindre la voie verte qui relie le Canal du Midi à Montségur. Sur cette ancienne emprise ferroviaire, c’est du vélo très confortable et rapide, puisque c’est surtout du faux-plat descendant. 

Même si ce n’est que le milieu de l’avant-midi, c’est déjà chaud, ce sera intense cet après-midi puisqu’une bonne partie du pays est en alerte canicule. Le trajet est en partie ombragé, c’est vraiment bien, mais le summum ce sont les tunnels, frais et magnifiques. Ils sont malheureusement courts et peu nombreux, mais chacun fait grand bien, tout comme l’eau qui passe rapidement.

En avant-midi, il y a quelques promeneurs – absolument aucun en après-midi – et un voyageur. Pour un temps bien agréable, Léo et moi faisons route ensemble. Il fait de la post-production vidéo, est curieux et très intéressant. Venu de Perpignan, il est en errance vélo dans la région pour un temps indéterminé. 

Pendant que nous roulons, je réalise que mon pneu avant est à nouveau mou. Ce n’est pas la même cause qu’avant-hier, puisque la chambre à air est neuve. Je trouve rapidement un petit trou et un truc coupant indéterminé incrusté dans le pneu. Bientôt, je suis de retour sur mes deux roues. Peu après, Léo prend une autre direction. Ça aura été une autre belle rencontre.

Je mange à l’ombre, profitant quand même du vent chaud et sec qui souffle de l’est aujourd’hui. Pluie cette nuit ? On verra.

L’algorithme m’invite à prendre les routes. J’y retrouve de rares voitures et quelques jolis villages, ainsi qu’un cul-de-sac proposé par le facétieux logiciel. Plus loin, retour sur la voie verte que je n’aurais pas dû quitter. Avoir su… En tout cas, je passe tout près de Montréal, enfin, d’un Montréal, mais je reste fidèle à la voie verte jusqu’à sa fin.

Donc, retour sur des routes, mais avec des indications pour le Canal du Midi. J’entre dans Bram, il y a une station mécanique publique. En plus, la pompe fonctionne, je me prépare à doubler la pression de mon pneu avant, qui en aurait bien besoin. J’entends un bourdonnement, je sens une violente piqûre à la main droite. La station héberge des abeilles qui défendent férocement leur territoire. Lentement et prudemment, je récupère mon vélo : le pneu attendra.

En ville, je fais le tour pour tenter d’aviser les autorités : gendarmerie, gare, mairie, il n’y a personne. De loin, je vois passer une voiture de la gendarmerie, mais aucune chance de la rejoindre. Je note les informations de contact à la mairie : faudrait quand même expliquer au comité d’accueil de la station mécanique que son approche est bancale.

Je reprend la route, ayant perdu les indications pour le Canal du Midi. « Algorithme, c’est le temps de te montrer coopératif. » Ça ne lui tente pas, il m’envoie rouler dans l’herbe brûlante. Parfois, j’aimerais l’envoyer paître, il est vache mais ne broute pas. Je finis par rejoindre une cour de ferme, à retourner à une vraie route et à me rendre au Canal par mon propre trajet.

Il est temps de monter le camp. Près d’une péniche, un chemin d’accès semble parfait. À l’heure de la vaisselle, un homme me confirme que l’endroit est bon. Je monte la tente et je laisse un message à Virginie pour confirmer le rendez-vous de mardi. Elle me rappelle peu après, tout est parfait. J’ai quelques courriels, dont un de Yannick, l’élu du Jura rencontré le 28 juillet ; j’écris aussi un message sur les abeilles à la ville de Bram – ci-dessous.

Je m’installe dehors pour écrire jusqu’à la nuit, et je complète dans la tente. Il est 22 h 20, il fait encore 30° dans la tente mais c’est le temps de dormir avec les bruits du vent et des grillons.

Bonsoir,

Cet été, je fais un voyage à vélo dans le sud-ouest de la France, magnifique. Cet après-midi, en arrivant à Bram, j’ai croisé une station mécanique publique près du rond-point D4 / D533. 

J’aurais bien aimé pouvoir y gonfler un pneu, mais les abeilles qui habitent la station n’étaient pas d’accord. Je m’en suis tiré avec une piqûre sans conséquence, mais ce n’est pas l’accueil souhaitable. Merci de faire – prudemment – le nécessaire.

km jour : 85,2
km total : 1088
départ / arrivée : 9 h 45 / 19 h 30
temps déplacement : 5 : 31
vitesse moyenne : 15,4
vitesse maximale : 40

Montségur

Lavelanet (Montségur) – 8,5 + 3 km, à pied
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Samedi. Nuit sèche et confortable. Pas de démontage du camp aujourd’hui : je suis en congé. Enfin, un peu… Après un petit lavage, je prends une de mes sacoches qui devient sac en bandoulière, je remplis deux gourdes et je pars à pied. Il est presque 9 h ; direction : Monségur. C’est un retour aux sources, puisque nous y étions venus lors de mon premier voyage en Europe, en 1996. Vu l’âge du château, ça ne change pas grand chose pour lui.

Après quelques minutes sur route, je prends les bois et les champs. Ça monte assez calmement pour le moment, mais c’est déjà chaud. Un petit passage sur route signale le début des choses sérieuses : de retour dans le bois, ça monte pour vrai, et pendant un bon bout de temps. C’est assez lent, et mes réserves d’eau baissent trop vite : impossible de se rendre en haut et d’en revenir sans refaire le plein.

Après une zone plus calme, trois randonneurs me confirment que je trouverai de l’eau à l’accueil du château, et m’en donnent un peu. Je décide de poursuivre vers le château que je viens de voir tout là-haut.

Je passe bien près de devoir rebrousser chemin : il y a un chemin forestier ouvert pour la coupe de bois, tout est saccagé et je perds le sentier, que je cherche un moment avant de le retrouver. C’est reparti bien lentement vers les hauteurs. C’est bien tranquille, je ne croise qu’un groupe de cyclistes, facile à entendre venir.

Il y a un poste d’accueil, mais le sentier arrive un peu plus haut. Je me dirige directement vers le château de Montségur, à 1207 m. Beaucoup de gens descendent avec précautions, les vieilles roches sont polies par les pas au fil des siècles, et c’est assez pentu.

Les vues sont impressionnantes, mais l’histoire qui s’est déroulée ici est dramatique : à partir de mai 1243, un groupe de cathares, des chrétiens dissidents sur la doctrine, ont soutenu un siège pendant près d’un an avant que les troupes des évêques réussissent à prendre la forteresse ; ceux qui n’ont pas renié leur foi ont été brûlés vifs. Pas sûr de l’approche pédagogique… 

Je fais le tour des spectaculaires ruines, je piquenique et je rencontre Emil, étudiant danois en énergie et environnement avec qui l’échange – en anglais – est très intéressant. Je redescend prudemment au poste d’accueil, je règle les frais de ma visite – à la surprise de la préposée – et je remplis mes bouteilles. 

Pour le retour, pas de sentier : je prends la route. Après deux ou trois kilomètres bien cuisants, Éric me prend dans sa voiture et me laisse gentiment à l’épicerie.

Je suis à quelques minutes du camping, où je retrouve Guillaume. Quand il part au cinéma avec Lison, je me dirige vers la piscine, puis je commence le journal. Le thermomètre indique 33° à l’ombre, c’est pas mal chaud.

Après un peu d’écriture, je vais près de l’accueil pour mettre en ligne les plus récentes journées, un travail toujours considérable même si je maîtrise assez bien la plateforme. 

Je reviens vers le campement pour retrouver Guillaume et Lison. La fraîcheur s’installe tranquillement, Lison s’endort dans le hamac – y passera-t’elle la nuit ? – alors que Guillaume et moi conversons presque jusqu’à minuit.

Mon ami Jean-Pierre et moi échangeons quelques nouvelles par messagerie. Demain, retour sur la route. En attendant, dodo.

camping : 18 €

Une belle vallée

> Lavelanet – 50 km
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Vendredi. Hier soir, mon téléphone refusait de se charger, détectant de l’humidité dans la prise, même après séchage. Problème… En cours de nuit, idée, je l’ai éteint. Miracle, la charge s’est amorcée. C’est que cet appareil s’est rendu pratiquement indispensable pour les trajets et les communications.

Encore une nuit sèche, encore un ciel parfait. J’y prends goût ! Levé peu avant 8 h, je suis prêt vers 9 h 30… mais le vrai départ attendra : deux autres cyclistes sont aussi logés entre deux roulottes.

Michel et Sylvie traversent les Pyrénées par les cols, tranquillement. Ils partent ainsi tous les étés, à partir de la Normandie. C’est une rencontre vraiment passionnante, nous avons de nombreux points d’intérêt communs, et une réflexion autour de ceux-ci. C’est donc vers 10 h 30 qui je pars pour vrai.

Je me dirige vers la grotte de Lombrives, qui semble magnifique. Je ne suis pas le seul à y avoir pensé : les visites sont exclusivement guidées, et il n’y a plus de place avant le milieu de l’après-midi. Je n’attendrai pas. Au moment de partir, je croise Michel et Sylvie, qui ont une réservation. 

Sur la nationale, le défilé de voitures est constant. Peu inspiré par les bouchons et l’odeur d’essence, je traverse rapidement l’Ariège pour prendre une route secondaire bien plus calme et jolie. Je longe souvent la rivière que des gens descendent en kayaks ouverts – ce n’est pas bien difficile. Je mange à Tarascon s/A, après moins de 10 kilomètres, puis je me rends facilement à Foix malgré la chaleur bien installée. Cette vallée est magnifique, cernée de hautes montagnes. J’y étais passé en 2016 et j’en avais gardé un excellent souvenir.

En examinant les cartes, j’avais choisi de me rendre à Lavelanet par une route secondaire, délaissant la route principale. Je quitte donc la vallée de l’Ariège en sortant de Foix. 

Comme espéré, la route est étroite et peu fréquentée. C’est donc dans le calme et la chaleur que j’entame une montée pas très pentue de quelques kilomètres. C’est en partie boisé, en partie cultivé, mais bien agréable.

Ce trajet suit une vallée aux contours arrondis, mais décorée d’une dentelle de pierre sur la gauche ; quelques villages y sont éparpillés. Après une première montée, que je n’appellerai pas « col », ça redescend tranquillement .

Depuis un moment, je trouvais que mes roues faisaient un son inhabituel sur les gravillons. Vérification faite, j’ai une crevaison à l’avant. Comme je suis au hameau de Rapy, je peux m’installer à l’ombre d’un mur pour réparer. Diagnostic difficile, conclu dans la rivière voisine : c’est une ancienne réparation qui laisse fuir un mince filet d’air. Vu l’état général de cette chambre à air, je la change mais la garde pour dépanner au besoin.

Je gonfle avec ma pompe de dépannage, mais le pneu reste trop mou. En entrant à Tanière, le hameau suivant, des gens sont dehors. Johanna et Gaspard ont un compresseur, une eau fraîche et un accueil chaleureux. Nous passons de bons moments ensemble, en compagnie de leurs trois chiens, puis de leur fils et de leur nièce tout droit sortis de la piscine.

Droit devant, il y a un spectaculaire défilé, avec de hautes falaises verticales, mais la route bifurque vers la gauche pour prendre un passage plus doux. Je ne suis plus très loin de Lavelanet, qui se trouvera être ma destination pour aujourd’hui. En y entrant, je passe la cap symbolique du 1000 kilomètres, une petite distance par rapport à mes habitudes. Épicerie, camping – un peu cher – et je m’installe dans le petit secteur des tentes. Deux cyclistes arrivent peu après moi. Frère et sœur, Victor et Laurie ont l’habitude de voyager ensemble chaque été. Lui a pris cinq mois pour se rendre au Sénégal à vélo, ce qu’il a adoré.

Des cyclistes sont installés sur le site en face du mien, ses occupants arrivent un peu plus tard. Guillaume et sa fille Lison, 9 ans, font depuis quelques années des escapades estivales à vélo, mais le pratiquent aussi au quotidien. Après les routines, nous nous retrouvons autour de la guitare pour chanter et échanger. « C’était top », selon Lison ; nous sommes tous d’accord.

En revanche, je commence la rédaction du journal plutôt tard, je termine donc vers 0 h 15, mais avec de l’électricité dans la tente, ce qui est bien pratique. Quand tout est terminé, c’est vraiment le temps de dormir.

km jour : 51,8
km total : 1003
départ / arrivée : 10 h 30 / 19 h 00
temps déplacement : 3 : 54
vitesse moyenne : 13,3
vitesse maximale : 39
camping : 18 €

Petit col vers l’Ariège

> Tarascon sur Ariège – 80 km
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Jeudi. Non seulement j’ai passé une excellente nuit mais la tente est restée bien sèche. C’est assez nuageux quand je me lève vers 8 h 30, mais à nouveau rien de menaçant. Je prends la route vers 10 h. 

En sortant de Mane, il me faut remonter le Salat, la rivière qui coule ici. L’algorithme me mène sur une excellente voie verte qui longe la nationale sur 10 km. Ensuite, il y a un itinéraire cyclable sur chemins agricoles jusqu’à St Girons. C’est confortable, facile malgré la lente montée en altitude, et c’est beau de revenir au cœur des montagnes. En prime, le temps se dégage.

Je fais une petite épicerie à St Girons. Pas de risque à prendre. Ensuite, je longe toujours le Salat, mais sur l’autre rive, bien plus calme côté circulation. À Lacourt, il faut revenir sur la rive sud, puisque la route dite « des tunnels » est en sens unique vers l’aval. 

J’entre dans les gorges du Salat. Sur des kilomètres, la route longe la rivière qui serpente dans la profonde vallée. C’est joli, ombragé et ça monte doucement. En chemin, une intersection qui ne change que le nom de la rivière : c’est l’Arac qui me guide dans la gorge jusqu’à Massat.

Il est encore tôt, mais la suite est le col de Port – je suis fidèlement le plan tracé par Thomas. Après 50 kilomètres, est-ce une bonne idée ? On verra : j’y vais.

Bien sûr, c’est chaud, mais cette fois-ci les pentes sont modérées et j’avance sans efforts excessifs. Ça fait du bien. Le trajet est souvent sous les arbres mais offre régulièrement des vues magnifiques. Malgré le défi, ces cols sont un pur ravissement. 

En chemin, je croise l’intersection vers le col de Péguère, dit « mur de Péguère ». À 1375 m, il n’est pas si haut, mais avec une pente moyenne de 11,8 % et maximale de 18,0 %, ce n’est pas pour mon lourd vélo. Je préfère monter tranquillement à 4 % ou même moins, et profiter du paysage sans trop souffrir.

En approchant du col, un petit groupe d’ânes broute paisiblement près de la route, et ne se gène pas pour occuper celle-ci. Je profite de leur compagnie en remplissant mes bouteilles à une délicieuse source fraîche.

Après le col de Port, 1249 m, le côté Ariège et la descente sont magnifiques, il suffit de faire attention aux vaches qui batifolent tout autour.

Je regarde un peu pour un camping sauvage, mais les terrains sont très pentus. J’arrive au camping de Tarascon sur Ariège. Il est complet, mais Bernard, le préposé, me case entre deux maisons mobiles. Je n’ai besoin de rien de plus.

Bouffe, douche, journal, il est 23 h quand je termine l’écriture, assis en tailleur sur le béton à l’entrée du bâtiment sanitaire. Dedans, c’est trop chaud, je suis mieux dehors ou sous ma tente.

km jour : 80,5
km total : 951
départ / arrivée : 10 h 00 / 18 h 50
temps déplacement : 6 : 26
vitesse moyenne : 12,5
vitesse maximale : 40
camping : 11 €

Congé humide

> Mane – 35 km
Sommaire

Mercredi. Cette nuit, ma tente est humide, ça se sent. Heureusement, mon matériel, lui, est sec. La météo a été exacte : à 4 h 30, une pluie pas très intense s’est mise de la partie pour la suite de la nuit. Dans ma tente, ça n’a rien changé.

Étant donné la météo, je fais la grasse matinée, jusqu’à 9 h 30. Ce matin, j’ai accès au Web, je peux donc mettre en ligne les plus récentes journées. Le plus difficile est de choisir parmi toutes les belles images glanées en cours de route. Ce projet m’occupe jusqu’en début d’après-midi. Samuel, Mélanie et leur famille, rencontrés le 27 juillet, ont terminé leur périple et ont posté un gentil message sur mon blogue. Je le maintiens : les randonnées sont une fameuse machine à rencontres.

À 14˙h 50, je prends la route sous un léger crachin qui enveloppe les paysage de mystère gris. Immédiatement, il y a une bonne montée vers le village. 

Sur la place, trois personnes. Une femme pousse un chariot de voyage ; un couple plus âgé l’accompagne. Ortie termine un périple pédestre de deux mois depuis l’Atlantique par les montagnes ; ses parent Brigitte et Jean sont venus la prendre. Il ne reste pas 100 m à marcher pour compléter cette aventure assez spéciale. Ensuite, voiture et repos. Encore une belle rencontre.

Suivant la proposition de l’algorithme, je prends à droite. Ça monte solide, donc très lentement, mais la petite pluie me rafraîchit. La longue montée mène à une crête, c’est magnifique sous le brouillard. Je consulte le trajet : je suis passé tout droit sans voir l’intersection. Je reviens sur mes pas : je passe encore tout droit. Étrange.

Une femme qui jardine sait que l’algorithme envoie parfois des gens dans ce chemin privé et impraticable. Bravo, machine ! Il y a deux options : tout droit par un col dans la pluie, ou retour au village. Je choisis cette dernière option.

Évidemment, la descente est rapide et facile, mais ce détour aura consommé 1 h 30 h et 10 km. Un seul bon côté : l’épicerie a eu le temp d’ouvrir, je peux donc mettre à jour le garde-manger.

Entretemps, la pluie a cessé ici. Le nouvel itinéraire, en faux-plat descendant et très roulant, suit pour un temps le cours du Ger. Je ne roule plus en montagne, mais dans une plaine vallonnée. Il y a plus de voitures que tout à l’heure – évidemment ! – mais toujours de jolis paysages. 

L’algorithme me propose une route plus calme. Le début en a déjà été pavé, il en reste quelques vestiges. Plus j’avance, plus le chemin s’évapore : je reviens sur mes pas, encore une fois. Heureusement, je n’avais pas été très loin.

Retour sur la route principale jusqu’à Mane. J’y rejoins le camping. L’accueil de Véronique est compétent et chaleureux, avec la possibilité de charger mes appareils.

Surtout, en plus de grands sites isolés les uns des autres par des haies, ce camping offre un service original : une remise de jardin où je peux ranger mon vélo et du bagage, et faire sécher vêtements et matériel. Tout un luxe, pour un prix bien raisonnable. Au programme habituel, je peux donc ajouter un petit lavage des vêtements de vélo.

À l’heure de la vaisselle, j’ai Christian comme voisin d’évier. En plus d’un bel accent – c’est courant ici -, il a la conversation agréable. Nous sommes rejoints par sa femme Josianne et par quelques jeunes enfants dont ils sont les grands-parents. 

À 22 h 15, le journal et la journée sont terminés. C’est un congé apprécié, qui se conclut dans une tente bien sèche. Repos !

km jour : 35,7
km total : 871
départ / arrivée : 14 h 50 / 19 h 50
temps déplacement : 2 : 37
vitesse moyenne : 13,6
vitesse maximale : 52
camping : 12 €