Pistolet Bay / Port au Choix

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risque fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
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Port au Choix > Pistolet Bay

Mardi. Nous avons eu une nuit mouvementée sur notre beau site de camping à la Pointe Riche. Le vent n’a pas arrêté de souffler, ce qui faisait bouger les portes et le tissu de nos tentes, non piquées dans le sol à cause du gravier. Ce bruit interrompait notre sommeil. Malgré tout, nous nous sommes levés de bonne humeur à 7 h. Au menu du petit déjeuner, la morue, restant de notre bon souper d’hier que nous ne voulions pas gaspiller. Nous quittons notre site encore sous un épais brouillard.

Nous rejoignons le gîte du passant où nous avions quitté la veille Georges, Hellen et Peter. Le paquetage de la voiture se fait en deux temps trois mouvements et nous quittons Port au Choix à bord de la confortable caravane.

C’est un voyage relaxe, en famille, que nous vivons jusqu’à Pistolet Bay. Nous nous arrêtons assez souvent sur la route, pour une visite au cimetière de Port au Choix, pour prendre des photos, pour regarder les pierres au bord de la mer, pour dîner, pour regarder une baleine échouée sur le rivage, pour contempler les icebergs…

Ce voyage fut tellement agréable ! Nous avons même eu l’occasion de parler du Yukon avec Georges et Hellen. Est-ce que ce pourrait être notre destination de l’an prochain ? Jean-Pierre et Réal sont déjà très emballés, c’est à suivre…

Georges et Hellen nous ont reconduits jusqu’à l’entrée du camping, quel rêve ! Nous nous installons tranquillement sous la pluie dans un beau site du camping de Pistolet Bay. Après un petit repas aux lentilles (pas parfait car la recette est difficile à réussir), nous allons prendre une petite marche sous la pluie.

Nous allons piquer une jasette avec le gardien du Parc, M. Smith. Il est très sympathique avec son charmant accent de Terre-Neuve. Tout à coup, pendant notre échange, nous voyons arriver Jacinthe et Roger. Quelle joie ! Il est environ 21 h 30. Nous nous racontons nos péripéties autour d’un petit souper pour Jacinthe et Roger. Tout heureux de nous retrouver ensemble, nous nous couchons dans la paix avec la confiance qu’Alain et Lyette se débrouillent bien ensemble.

Bonne nuit ! Merci, Seigneur, de ton amour.

Diane

Shallow Bay > Pistolet Bay

Mardi. Nous nous levons tôt. Les pouces appartiennent à ceux qui se lèvent tôt, paraît-il. Pour faciliter le transport, nous fractionnons notre équipe. Nous nous séparons avec émotion en nous souhaitant bonne chance. Lyette et Alain nous précèdent sur la route. Roger et moi sommes un peu craintifs. Nous nous sentons bien pauvres. Nos connaissances de la langue anglaise laissent plutôt à désirer, et nos habiletés en mécanique vélo ne sont pas très exercées. Incertains, nous tendons le pouce.

Notre premier transport ne se fait pas attendre. Nous montons nos vélos dans un « pick-up » qui nous conduit jusqu’à Port-Saunders. Pourquoi ne pas aller y faire un petit tour ? Si nous ne voyons jamais l’Anse aux Meadows, nous aurons au moins vu Port au Choix. Notre décision comporte cependant un risque. Sera-t-il possible d’avoir un autre pouce pour retourner sur nos pas, à la 430, et de là poursuivre notre voyage ? Nous prenons une chance.

Le trajet entre Port Saunders et Port au Choix se fait à vélo, dans la brume, avec un fort vent de côté. Nous longeons le rivage. Tout cela a un aspect fantomatique. Au moment où on ne s’y attendait plus, voilà Port au Choix. Nous visitons le musée. Nous aurions bien aimé aller plus loin, voir les fouilles, mais la sagesse nous retient. Si nous voulons nous rendre à !’Anse aux Meadows, il nous faut mettre toutes les chances de notre côté. Après la dégustation d’une superbe frite-sauce, nous tendons à nouveau le pouce.

Retour à la 430. Notre conducteur nous fait faire un petit bout de chemin supplémentaire. À nouveau, c’est l’attente, mais pas pour bien longtemps. Un électronicien nous fait faire un autre bout, jusqu’à Plum Point. Il est environ 16 h. Le ciel est menaçant, il vente très fort, il pleut, nous attendons. Cette fois, c’est plus long. Au point où nous finissons par croire qu’il est préférable de pédaler.

L’Anse aux Meadows ? Je n’y crois plus tellement. Tout au plus, nous nous rendrons à St-Barbe, je crois. Enfin. Ce sera peut-être pour demain…

Le vent est pour nous. li nous pousse sur la route. La pluie a cessé. Nous avançons à toute allure. C’est grisant. Nous effectuons le trajet entre Plum Point et St-Barbe en 35 minutes. Pourquoi ne pas continuer ? Ça va bien. Nous nous rendons au village suivant, Anchor Point Cette portion du trajet est plus difficile, il nous faut lutter contre le vent. Je recommence à avoir des doutes. Peut-être serait-il mieux de s’arrêter et de monter le campement ? Nous achetons de quoi nous faire un repas. Roger suggère cependant de faire un peu de pouce, au cas où. Nous n’avons rien à perdre, après tout ! Nous nous rendons à Deadmans Cove, le village suivant, et attendons.

Durant notre attente, les nuages se déchirent et laissent passer les rayons du soleil couchant. L’eau est d’or et d’argent, bordée d’écume par le vent. Au loin, quelques icebergs se prélassent. La beauté du paysage est promesse et espoir.

Peu après, nous embarquons dans un autre « pick-up », avec deux hommes cette fois. Ils sont assez spéciaux. Le plus jeune a la cigarette au bec, un œil narquois et un sourire moqueur en coin. Le second est rondelet et rieur. Ils parlent tous deux avec ce fameux accent du nord si difficile à comprendre. Le premier s’infome auprès de Roger de sa consommation en alcool, drogue et cigarette. Après son enquête, il conclut que Roger est un bon garçon. Le second conclut le trajet en disant : « I speak English and you speak French, l don’t understand you and you don’t understand me, but we had a very good conversation ! » dans un grand éclat de rire.

Nous sommes à Pine Cove. Ce n’est même pas sur la carte. Nous décidons de pédaler encore un peu. Nous devrions traverser deux ou trois villages assez rapprochés, le dernier étant Eddies Cove East. Ensuite, la route traverse la forêt sur une assez longue distance. De Eddies Cove East à Pistolet Bay, un éventuel chauffeur aurait peu de raisons de faire un arrêt. Nous aurions donc une chance de nous rendre.

Voilà Eddies Cove. Il est environ 20 h, la nuit commence à tomber. Il pleut un peu, il fait froid, j’ai faim, je crois que nous devrions camper ici. Il serait plus prudent de téléphoner maintenant au père de Réal pour donner nos coordonnées et recevoir celles des autres. Qui sait à quel moment nous reverrons un téléphone ?

Nous nous arrêtons devant une maison. Une jeune femme passe en voiture. Voyant que nous avons du mal à comprendre et à parler anglais, elle se met à nous parler très lentement, très fort et en exagérant. Elle semble désolée de ne pouvoir nous conduire, étant en voiture. Elle nous dit que nous pouvons aller téléphoner chez ses parents. Prévoyant quelques difficultés de compréhension, elle descend de voiture pour aller expliquer ce que nous voulons à ses parents. Effectivement, si elle n’avait pas été là, nous aurions eu beaucoup de mal à nous faire comprendre. Ces personnes semblaient assez âgées, avaient un accent incompréhensible, et de plus le maître de la maison était dur d’oreille.

La jeune femme sort. Nous appelons le père de Réal. Il nous donne un numéro de téléphone où nous pouvons rejoindre Réal à l’Anse aux Meadows. Mais cette dernière communication s’avère fort difficile à établir. Un message enregistré indique que nous n’avons pas le bon numéro. Pourtant… Nous vérifions auprès de nos hôtes. Faut-il composer un code régional ? Est-ce une longue-distance ? Impossible à savoir. Ils ne comprennent pas ce que nous voulons savoir.

Je me sens un peu gênée. Je crains de déranger, ils nous regardent comme si nous étions des extra-terrestres. Entre deux tentatives infructueuses, le téléphone sonne. Je saisis au passage les mots Montréal, Anse aux Meadows, téléphoner… On dirait qu’un voisin s’informe sur notre présence ici. Décidément, bientôt tout le monde du village sera au courant !

Bon ! Rien à faire avec le téléphone. Roger tente de rappeler à Montréal pour donner nos coordonnées exactes à M. Tremblay. Plus de réponse. Tant pis ! Voilà bientôt une demi-heure que nous sommes là. Nous nous retrouvons sous la pluie et le vent, tout près de la rivière. À mon avis, il est temps de manger et de se coucher, mais Roger persévère envers et contre tout. À nouveau, il tend le pouce. Deux « pick-up » passent. Ce sont des habitants du village, on dirait qu’ils sont simplement venus nous reluquer.

Un autre « pick-up » passe. Miracle ! Il va à !’Anse aux Meadows ! Incroyable ! Il reste environ une heure de trajet que nous passons de manière très agréable, accompagnés par les commentaires (compréhensibles, ceux-là !) de notre conducteur. Il pousse même la gentillesse jusqu’à venir nous conduire à Pistolet Bay où nous retrouvons avec joie nos amis Jean-Pierre, Diane et Réal.

Nous sommes reçus comme des rois. Diane prend soin de nous et prépare notre souper, Jean-Pierre et Réal montent la tente. Et surtout, nous n’arrêtons pas de nous raconter mille histoires.

Jacinthe

Shallow Bay > Port au Choix

Mardi. Irons-nous à l’Anse aux Meadows ? Ou plutôt, pourrons-nous y aller ? Roger, toujours plein d’enthousiasme vis-à-vis du pouce, et Jacinthe, un peu moins enthousiaste, font le guet en amont pendant qu’Alain et Lyette décident de pédaler jusqu’au prochain village. Devant les insuccès d’hier, on a convenu de se séparer en deux groupes de deux, espérant ainsi atteindre notre but nordique. Quelques minutes passent et nous apercevons Roger et Jacinthe confortablement installés à bord d’un somptueux « pick-up ». Les chanceux… Tandis que nos pouces gèlent à se tendre vers la complicité de chauffeurs craintifs, je pense à Roger, Jacinthe, Réal, Diane et Jean-Pierre. Je suis heureux pour eux.

Lyette et moi décidons après deux heures d’attente d’enfourcher nos fidèles montures. Ce matin, la route est merveilleuse. Le vent nous pousse vers l’avant, tel des voiliers. Nous avalons littéralement la route et la joie d’avancer si vite, au soleil en plus, nous fait rapidement perdre le nord… Ainsi, on abandonne notre lointain but en se concentrant maintenant vers St-Barbe. Lyette semble voler ou voguer sur la route. Elle monte les côtes en souriant. Les villages défilent sous nos yeux jusqu’à Bellburns où nous décidons, au nom du groupe – quel sacrifice ! – de saluer la famille House.

Superbes retrouvailles pour Lyette, découverte pour Alain et joie pour M. et Mme House. Nous goûtons aux crevettes préparées par Mme House ainsi qu’à sa délicieuse confiture à la rhubarbe. Quels délices ! Après ce repas pimenté de douces conversations aux sonorités particulières de M. House, on ne peut refuser leur pouce qui nous mène à mi-chemin de Port au Choix.

Les adieux terminés, les vents nous portent toujours vers l’avant. Cependant, les nuages réapparaissent avec la pluie, tandis que nos vents bienfaiteurs tournent sur eux-mêmes. On avance désormais avec peine. On franchit les dix kilomètres de Port-Sanders à Port au Choix complètement transis, gelés, glacés, cryogénés. Un repas au resto dégèle alors notre humeur… Puis, à bord de la voiture de Mario, rencontré au dépanneur, on fait la tournée des sites de camping. On trouve finalement un site merveilleux, à l’abri du vent, face au soleil couchant, aux sternes, surplombant l’entrée de la baie. Nous étions tellement fatigués que nous dormons une partie de la nuit tout habillés, hors de nos sacs de couchage. On s’était endormis avant de s’y glisser. Bonne nuit !

Alain


Port au Choix / Shallow Bay

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Rocky Harbour > Port au Choix

Tiens ! Il a plu cette nuit. Que c’est étrange ! Je n’aurais jamais cru qu’il pouvait pleuvoir ici. Les céréales chaudes onctueuses aux amandes ont trempé toute la nuit, ce qui diminue légèrement le temps de prépara­tion. Ça reste long, mais moins que les préparatifs pour l’aventure des prochains deux jours. Tout le monde s’y met, et à 11 h chaque groupe se rend à la route 430.

Après quelques minutes de bicyclette près de Lobster Cove Head, une mini-fourgonnette Astro s’arrête. Ce sont des gens que nous avions rencontrés hier sur le traversier de Bonne Bay : Georges, Hellen et leur fils Peter, de Toronto. À priori, il semble impossible de tout charger, mais le miracle s’accomplit : tout entre. Nos amis vont à Port au Choix, un endroit que nous désirions voir. C’est parfait, surtout que ces gens sont très sympathiques. Après quelques minutes, nous rencontrons les quatre copains hilares qui attendent leur second pouce. Au revoir !

La route se révèle très agréable. Nous arrêtons au gré de nos fantaisies respectives, restons en admiration devant des paysages, des vagues, des fossiles, des arbres, des fleurs, tout, quoi… Et même si notre anglais est médiocre et leur français embryonnaire, les conversations sont passionnantes. Ils ont beaucoup voyagé, spécialement au Yukon l’an dernier, et ont les mêmes attitudes que nous en voyage. Le soleil brille de plus en plus, tout va bien.

À Port au Choix, nous nous séparons pour nous revoir peu après au centre d’accueil de Parcs Canada. Ils nous offrent de monter à l’Anse aux Meadows avec eux le lendemain et nous acceptons. Le centre d’accueil présente une exposition sur les Indiens archaïques et les Esquimaux Dorset qui avaient utilisé cet endroit pour des sépultures il y a 4000 et 2000 ans. La gentille préposée de Parcs Canada nous informe de plein de choses sur les ressources locales, et nous nous préparons pour une soirée magnifique.

Premièrement : la bouffe. Sur un quai, un pêcheur donne deux poissons à Jean-Pierre… sans contenant. Il fallait voir Jean-Pierre transporter ses filets à main nue et entrer ainsi au marché où Diane complétait les achats pour le souper. Burlesque.

Deuxièmement : le camping. À la Pointe Riche, il y aurait un phare, une source, un spot favorable. Tout est comme prévu. Le feu est monté, le campement est installé, le poisson est cuit avec les pâtes. C’est excellent, abondant au point qu’il en reste la moitié. À 20 h 30, tout est prêt, mais le brouillard cache un paysage magique que nous rêvions de découvrir. Nous attendions Éric, un québécois qui fait des fouilles archéologiques, mais il se fait tard et nous nous risquons à aller prendre une marche sur le littoral. C’est merveilleux, éblouissant. Falaises, escaliers, plateformes, anses, mer qui frappe et éclate… Wow !

Au retour, Éric a laissé un message avec des brindilles. Nous l’avons manqué. C’est la seule fausse note d’une journée parfaite. Nous n’avons pas de nouvelles de nos amis. Où sont-ils ? Nous le saurons demain, j’espère. En attendant, la nuit sera de vent et de pluie, avec le bruit de la mer. Bonne nuit !

Réal

Rocky Harbour > Shallow Bay

Attablée à Shallow Bay (eh oui, on s’y retrouve), j’écris brièvement les événements du jour.

Partis de bon matin ( ? ! ?), vers 11 h, on se positionne pour attraper notre pouce à quatre roues. Direction grand nord ! Brian, bénévole au parc Gros Morne (rencontré au sommet du Gros Morne, justement) nous croise au volant de sa familiale. En s’arrêtant, il oblige un « pick-up » à s’arrêter également. Quelle chance ! Vélos d’un côté et gens de l’autre avec Brian, sauf moi qui socialise ( !) avec les heureux gagnants du transport de nos bécanes. Un pépin : ils ne dépassent pas St-Paul, près de Cow Head. On dîne donc bien peinards près du chemin (la 430). Beaucoup de va-et-vient au début, mais aucun prospect pour les « pouceux » que nous sommes. Pôvres, pôvres nous ! Par la suite, l’après-midi s’écoulant lentement, il n’y a plus de va et viens, plus de camions, c’est comme une panne sèche. En plus, ma chambre à air me lâche définitivement. Roger, à la rescousse ! Merci, Roger. On sait que nos amis Jean-Pierre, Diane et Réal se rendent directement à Port au Choix. Les chanceux, va !

Prenant les choses du bon côté, on décide de profiter du camping de Shallow Bay. On se déniche des langues de morue pour accompagner notre repas avec plein de légumes frais. Mmmm ! Souper tranquille. On l’apprécie.

Roger, repus (eh oui, il refuse même des frites imaginaires), nous quitte à vélo pour aller aux nouvelles du trio manquant. Après quelques délais, on apprend qu’ils ont été exaucés, qu’ils se trouvent à Port au Choix et ont déjà un pouce pour demain jusqu’à St-Anthony ! Non, mais vraiment !

Après discussion, on décide de changer notre stratégie et de tenter notre chance deux par deux demain matin (tôt) ! On se séparera la bouffe encore une fois. Bonne nuit, proches et éloignés amis.

Lyette xx

Rocky Harbour 3 (Tablelands)

Rocky Harbour (Tablelands)
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Dimanche. Journée de repos par excellence. C’est ce que se disent Lyette, Alain, Roger et moi-même. Pas d’heure, pas d’horaire, on prendra ça comme ça viendra.

Jean-Pierre, Diane et Réal ont d’autres projets. Diane et Réal commencent la journée par une messe chez les Anglicans. Ça ressemble beaucoup à nos messes. Quelques prières sont inversées, et c’est à peu près tout comme différence.

Aujourd’hui, les trois mousquetaires ont comme projet la visite de Green Gardens, à environ 18 kilomètres de notre campement. Pour ce faire, ils doivent prendre le traversier à Norris Point à 10 h. Les voilà sur leurs vaillants coursiers, traversant le vent et les côtes (les plus difficiles, paraît-il) pour arriver à temps. Peine perdue. Ils manquent le traversier et le rendez-vous fixé avec Jean. Patiemment, ils attendent donc le traversier de midi. Tout à fait par hasard, on ne sait vraiment pas pourquoi, ils retrouvent Jean de l’autre côté. Il avait lui aussi manqué le traversier de 10 h mais avait eu un « lift » pour faire le tour de Bonne Bay.

Considérant le temps qu’il leur restait et l’effort à fournir dans le vent et les côtes, nos amis modifient leur projet. Nouvelle destination : les Tablelands, montagnes de roches rouges, désertiques, où rien ne pousse, paysage lunaire, incroyable. Ils ont aussi vu une cascade extraordinaire. C’était, semble-t-il, inoubliable.

Lyette et Alain se lèvent vers midi, avec des fantasmes alimentaires. Ils décident donc d’aller faire un petit tour « en ville ». Ils visitent tous les endroits où l’on vend de la bouffe et des souvenirs. À ce que j’ai su, les achats ont commencé par des pamplemousses, des pêches, des raisins, des pommes, se sont poursuivis par du fromage (pas moisi, celui-là !), et, apothéose finale, des petits pains, des brioches et de la confiture de gadelles. Ils ont presque tout mangé, mais je sais que Lyette a toujours quelques petites surprises en réserve… Puis c’est l’achat d’une quantité impressionnante de cartes postales. Il pleut. C’est le temps d’en écrire un peu. Lyette et Alain terminent leur journée par une petite randonnée le long de la côte. Ils se rendent jusqu’au bout de la baie par un petit chemin de terre.

Pour Roger et moi, le lever a lieu vers 10 h. Très lentement, nous nous préparons à déjeuner. Ensuite, c’est le cérémonial de la douche. Qui connait bien Roger sait à quel point c’est important. Puis nous prenons un temps de prière et lisons les textes du jour. Ça nous endort un peu, alors nous décidons de faire une petite sieste. Vers 16 h, nous sortons à grand’ peine de notre torpeur pour aller faire un petit tour « en ville » nous aussi. Croisant au passage Lyette et Alain, nous partageons nos phantasmes alimentaires. Roger a le goût de manger des frites avec beaucoup de ketchup. Nous nous rendons donc à un petit restaurant suggéré par Alain. En amoureux, Roger et moi faisons le tour de Rocky Harbour.

Tous se retrouvent au campement vers 20 h 30. Pendant le souper, une discussion s’amorce pour savoir de quelle façon nous poursuivrons notre voyage. Nous décidons d’aller au nord, à l’Anse aux Meadows. Pour ce faire, nous devrons nous séparer en deux groupes et faire du pouce. Demain, une nouvelle aventure commencera !

Jacinthe

Rocky Harbour 2 (Gros Morne)

Rocky Harbour (Gros Morne)
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Samedi. C’est ma fête aujourd’hui. Quelle magnifique journée !

Le lever est prévu pour 7 h, car nous avons une grosse journée au programme : l’ascension du mont Gros Morne. Nous avons d’abord atteint le départ du sentier James Callaghan à vélo, une randonnée de 30 minutes. L’atmosphère est à la fête, le soleil et la chaleur aidant.

Les deux premières heures de randonnée pédestre sont assez faciles, mais ensuite c’est l’ascension finale, une heure de pente très raide à enjamber de grosses pierres. Le paysage de Bonne Bay, Rocky Harbour et la mer est fantastique.

Tout le monde enfile rapidement polars et pantalons longs, et nous restons en admiration devant ce paysage pendant environ deux heures. Certains se sont même endormis… Puis quelques pas de plus, nous allons admirer le merveilleux paysage de l’autre côté de la montagne : Ten Mile Pond, ses fjords, puis toutes les montagnes environnantes. Le vert de celles-ci est frappant avec le soleil qui plombe toujours. C’est un beau cadeau de fête que de voir ce magnifique paysage.

Il est 15 h 30, il faut malheureusement se résigner à descendre. La piste est longue mais pas difficile. Roger explique pendant une bonne partie du trajet la signification du « Ça », du « Surmoi » et du « Moi » selon Freud. Il va sans dire que nous nous sommes échangés des jeux de mots « Ça » lés.

Revenus au campement vers 20 h, c’est Alain qui a la charge du souper. C’est le soir des fameuses boulettes de soya, très bonnes au goût mais beaucoup trop longues à préparer.

Le dessert est spécial aujourd’hui : un pain à l’abricot couronné de crème glacée avec même des chandelles très longues et très effilées, bien entendu préparées par Diane. Les deux litres de crème glacée se sont mangés très rapidement, merci. On a ajouté un très beau couplet à la chanson « Merci Jean-Pierre », puis Roger, Jacinthe et Réal m’ont chanté une autre belle chanson. « Si je n’ai pas Jean-Pierre, je ne suis rien. Jean-Pierre prend patience, Jean-Pierre rend service, Jean-Pierre ne jalouse pas… »

La soirée se termine par de magnifiques aurores boréales, comme un feu d’artifices qui vient clore ma splendide journée de fête. Merci à Diane et à tous mes amis qui m’ont aidé à rendre cette journée merveilleuse.

Jean-Pierre

Ne te fie pas aux apparences, tu es vraiment unique,
Pendant le temps de nos vacances, tu as été magnifique,

Merci, merci, Jean-Pierre, de tant nous aimer,
Pour ton anniversaire, chacun te dit : «Je t’aime», je t’aime, je t’aime !

Le photographe infatigable, le cartographe zélé,
Toujours vaillant et serviable, est un ami adoré,

Chef cuisinier improvisé, pêcheur désespéré,
Pour des repas bien planifiés, on a été très gâtés,

Tu nous as bien organisés, tu avais tout étudié,
On t’a suivi sur les sentiers, ton rêve nous a entraînés,

Observateur, conciliateur, si proche, pourtant discret,
Tu as été un vrai leader, tu as bâti notre paix,

Tout en douceur, persévérant, et toujours étonnant,
Avec Diane, ton âme-sœur, tu nous ouvres grand ton cœur !

Voyez la vidéo tournée quelques années plus tard.

Rocky Harbour 1

Western Brook Pond > Rocky Harbour – 32 km
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Vendredi. Nous sommes déjà à la moitié du voyage.

Nous quittons notre campement féerique de Western Brook Pond à 11 h 30 en attendant toujours le soleil qui ne se pointe pas. Les nuages planent dans le ciel et nos espé­rances de beau temps sont légèrement déçues. Mais le soleil habite nos cœurs, nous avons vu un paysage unique et nous partons quand même heureux.

Nous prenons la route avec nos vélos pour Rocky Harbour, finalement sous les chauds rayons du soleil, après une séance de « dépaquetage » des sacs-à-dos et de « paquetage » des sacoches de vélo, sans oublier la séance de couture des cuissards de Roger par Jacinthe, question peut-être de la charmer, comme l’an dernier !

Des paysages extraordinaires nous attendent sur la route, avec la mer bleue et brillante qui s’enfonce dans les impressionnants fjords. Un arrêt au phare de Lobster Cove Head nous fait encore plus apprécier ce magnifique paysage. Chacun roule à son rythme, sans trop de pression, mais nous attendons toujours Lyette et Alain qui réparaient une crevaison sur la bicyclette de Lyette à notre départ. Malchance ? Lyette a eu une autre crevaison en chemin et cette aventure lui a coûté quatre rustines. Enfin, nous sommes tous ensemble et voilà que le gardien du phare reçoit un appel pour Jean-Pierre. Qui est au bout du fil ? Notre ami Jean, qui campe à Berry Hill. Il nous donne rendez-vous pour un souper de fruits de mer au sous-sol de l’église anglicane de la ville.

Nous profitons de l’occasion pour souligner l’anniversaire de Jean-Pierre qui aura lieu demain. C’est un souper exquis que nous avons tous bien apprécié malgré quelques péripéties comme la recherche des gants de vélo de Lyette. Elle croyait les avoir oubliés dans la salle à manger. Après quelques minutes de recherche infructueuse, où les retrouve-t-elle ? Dans le capuchon de son manteau !

Nous nous installons confortablement au camping qu’Alain avait utilisé lors de son voyage vers Shallow Bay. Lyette et Alain prennent leur douche, Jacinthe et Réal ont l’amabilité de faire trois brassées de lavage. Roger, Jean-Pierre et moi allons rejoindre Jean au feu de camp de Lobster Cove Head. Il y a une vue magnifique sur la mer que je savoure avec beaucoup d’émotion. La journée finit dans la paix avec les innombrables étoiles dans le ciel qui nous annoncent une journée magnifique pour demain, jour de la fête de Jean-Pierre et de l’escalade du mont Gros Morne.

Diane.

Cette page de journal fut écrite sur le sommet du mont Gros Morne, appuyée sur le dos de Réal, sous le regard merveilleux de Jean-Pierre. Merci, Seigneur, pour ces moments uniques.

Western Brook Pond 2

Western Brook Pond
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Jeudi. Lever au bout de l’étang Western Brook. Je ne dis pas que le soleil se lève car l’existence de cette mystérieuse créature est de plus en plus remise en cause. li pleut. Il pleut. Il pleut. Certaines éclaircies laissent croire que le temps va changer mais la pluie revient toujours de plus belle. Quoi faire aujourd’hui ? En fait, il n’y a pas d’activités communes comme tel, chacun occupant sa journée comme il l’entend. Quatre grands types d’activités ont lieu aujourd’hui : le dodo dans la tente, les escapades dans la nature, l’organisation du camp et les prises de décision en groupe.

Le dodo dans la tente est l’activité type du couple Alain / ­Lyette. Ça dort, ça dort, ça dort, on se demande s’ils sont toujours dans la tente ou s’ils ne sont pas plutôt partis dans la nature. Ils semblent avoir un horaire particulier car on les surprend à dîner dans l’heure qui précède le souper.

L’escapade dans la nature est typique de Réal. Tôt le matin, il part avec Jean-Pierre escalader une cascade. Tous deux explorent une caverne de glace dans laquelle ils peuvent se tenir debout.

Dans l’après-midi, Réal repart, avec Jacinthe et Roger cette fois. lis explorent une cascade à nulle autre pareille. L’escalade est telle qu’ils montent à l’intérieur du nuage et ne voient même plus le bas de la montagne.

Roger continue à faire des efforts indescriptibles pour convaincre Jacinthe qu’elle est la plus belle fille du monde, plus belle encore que les montagnes de conte de fée qui les entourent.

La dernière escapade à souligner est la fameuse partie de golf dans la tente entre Jean, Diane et Jean-Pierre. Il semble que Jean-Pierre est le premier à réussir ses 18 trous.

L’organisation du camp est marquée par deux activités particulièrement coriaces aujourd’hui : l’allumage du feu et le séchage du linge. Quel plaisir de faire un brasier avec un tas de branches détrempées ! Pour augmenter le niveau de plaisir, deux feux différents ont été allumés. Si certains aiment manger du jambon ou des saucisses fumés, ici nous avons droit aux vêtements fumés.

Dans l’abri sous roche où se trouvent les feux, la corde à linge est tendue directe­ment au-dessus des feux. Les bottines à l’envers accrochées sur une branche, c’est bien sûr la technique la plus efficace même si le dessous des bottines arrive directement sous le nez de Réal.

La décision sur l’heure où l’on quittera le site est sans contredit le défi le plus ardu à surmonter. À 13 h, le bateau ne vient pas. Il ne vient pas non plus à 14 h. Il vient à 15 h, mais seuls Réal, Jacinthe et Roger l’ont aperçu du haut de la montagne. Voulons-nous rester une journée de plus, OUI ou NON ? L’énigme a été résolue par Diane qui a brillamment affirmé sa personnalité. Elle a dit contre vents et marées qu’il fallait profiter une journée de plus du plus beau site du voyage.

La prise de décision a coûté quelques désagréments, comme par exemple de tout démonter le camp pour être prêts à l’arrivée du bateau, transporter les bagages au quai, charger les bagages dans le bateau, discuter avec le capitaine, décider aussitôt de rester sur place, décharger le bateau, ramener les bagages où ils étaient dans la demi-heure précédente, remonter les tentes et finalement déguster le souper préparé par Lyette et Alain. Que d’aventures pour décider de ne rien faire et de rester sur place !

Il pleut, il pleut, il pleut. C’est sur ce même thème que la journée se termine après une brève soirée autour d’un feu difficile à garder en vie, pendant que Lyette et Alain dorment toujours dans la paix d’un paradis détrempé.

Roger

Western Brook Pond 1

Shallow Bay > Western Brook Pond – 26 km
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Mercredi. Jean nous quitte en éclaireur, tôt le matin, vers l’étang Western Brook. Le temps clément de la nuit ne dure pas, une pluie légère s’installe. Notre but se trouve à 25 kilomètres du camping, ce qui représente une courte escapade d’ailleurs franchie avec aisance. On troque alors vélos pour sacs-à-dos vers un bateau. Nos vélos dormiront dans une ombre discrète.

Comment décrire la suite ? Le bateau nous transporte vers les superlatifs. L’étang Western est un fjord d’eau douce d’une beauté à couper le souffle. Des cascades surgissent des falaises, alimentées par des glaces que l’été ne chatouille qu’à peine. Les montagnes sont coupées telles qu’elles semblent monter vers l’infini. Ces 19 kilomètres de bateau nous étonnent à tout point de vue. Et que dire du terrain de camping ?

Le bateau nous laisse au bout de « l’étang » devant les autres touristes un peu ébahis. L’endroit est vraiment magnifique. Une chute d’eau virevolte sur le toit d’une montagne, là-haut. Plus bas, la brume s’engouffre à travers les dépressions des parois. L’eau miroitante se boit sans crainte. Une partie de l’équipe part en expédition vers le haut de la montagne, une autre vers une folle cascade. Du haut, on aperçoit ce que nulle peinture, nulle photo ne peut décrire !

Est-ce possible que devant tant de beauté les membres de l’expédition crurent avoir trouvé l’introuvable ? Présentèrent-ils devant Thor la requête de beauté ? Toujours est-il que de mauvaises langues affirment aujourd’hui que les fjords norvégiens seraient une copie d’un site de la Terre Neuve.

Alain

Shallow Bay

Bellburns > Shallow Bay – 57 km
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Mardi. Quelle nuit ! Bien au sec, à l’intérieur, tout le linge passé dans la sécheuse, nous avons reçu un accueil fantastique. Pour remercier nos hôtes, Max et Vivian House, nous leur remettons un petit mot (voir ci-dessous).

Après un petit déjeuner (4A) compact et plantureux, nous reprenons la route pour Shallow Bay où nous attendent Jean et Alain. Un bref rayon de soleil nous avait fait espérer une journée moins humide que la veille, mais le départ s’effectue à la pluie battante, et les vêtements si gentiment séchés sont mouillés en quelques minutes. Toute la journée, pluie et brume se relaient, entrecoupées de quelques accalmies. Et en prime, nous avons droit à un fameux vent de face qui a un sérieux impact sur les cyclistes instables que nous sommes. Lyette fait une chute, heureusement sans gravité (le sort s’acharne sur elle) et le casque de Roger, lentement desserré, s’envole sous une rafale pour rouler sur la route.

Les paysages sont toutefois grandioses. Souvent, nous longeons la mer, parfois sur des landes au sommet de falaises. Au loin, vers l’est, des montagnes abrutes et ensoleillées nous fascinent. Et toujours, la végétation fragile et tourmentée de ce dur climat nous montre la force de la vie. De plus, des groupes de moutons se promènent librement sur la route et dans la lande, obligeant parfois les rares automobilistes ou les trop nombreux camions à certaines prouesses pour les éviter.

À Daniel’ s Harbour, nous rencontrons à nouveau les très sympathiques House. Plus loin, loin, nous croisons deux cyclistes albertains qui visitent les Rocheuses, le Québec et les Maritimes cet été. Duke et Gail nous confirment à nouveau que Jean est bien vivant et qu’il abaisse tranquille­ment sa charge de nourriture à Shallow Bay. Après un bref et agréable échange, ils repartent vers le nord.

Nous dînons à The Arches, restes d’anciennes falaises creusées par la mer. Par bonheur, il ne pleut pas. Dans l’après-midi, nous arrêtons à Parson’s Pond pour acheter un souper de fête à l’usine de poisson et au magasin local.

Par la suite, la pluie et la brume viennent masquer les paysages, et l’entrée à Gros Morne est on ne peut moins spectaculaire. Mais nous sommes arrivés, Jean et Alain nous font un accueil super chaleureux. Tous deux vont très bien, même si Alain a travaillé fort pour pédaler jusqu’ici. Nous revoyons aussi Gilles et Marie, deux québécois rencontrés sur le Nordik Express, qui nous apprennent avoir passé trois jours à Blanc-Sablon, bloqués par les glaces.

Nous avons droit à des douches et à un abri cuisine avec poêle à bois. Les préparatifs du souper vont bon train sous la gouverne de Diane, maître-cuisinier. Au menu : bouillon de poisson, riz à l’oignon et à la morue fraîche, fondue au chocolat, le tout bien arrosé de vin et de joie. En soirée, le ciel se dégage, nous admirons les aurores boréales à partir de la plage. Nous décidons de nous lever tard demain, espérant retrouver le soleil. Mais un grand soleil intérieur nous habite, intensifié par la prière à trois dans la tente juste avant le sommeil. Merci, Seigneur.

Réal

Our friends, we’re keeping you in our hearts.

Because of you, tonight, we experienced a happy and fulfithing evening.

Six drowned, wicked persons (between frozen fish and soaked­to-the-bone cats), riding overpacked bicycles, spontaneously asked for your help, like a little roof over our heads to clear up our low spirits. Many would have been scared but not you. You welcomed us as part of your family with a remarkable home made dinner lot’s of warmth. You helped us get dried – hard job !

So much kindness made it easy to accept your big gifts. Today, we have been confronted with the worse and, after that, the best.

It’s so very touching, your hospitality, and we didn’t even earn it ! We will always remember you and what you did for us, and even if we cannot give you back the quarter of what you gave us, be assured that we’ll try to be like you because you’re a superb example to follow (tough act to follow but !… ).

Your house was like our home. So many thanks to you for this wonderful unbelievable evening, full of unexpected fun and happiness.

Lyette, Jacinthe, Diane, Réal, Roger, Jean-Pierre xxx

Sorry for the poor English, hope you will understand our feelings for you.

We will be back soon ! ! !

Nos amis que nous gardons dans nos cœurs.

Grâce à vous, nous avons vécu ce soir une expérience étonnante, riche et heureuse.

Six épaves, à mi-chemin entre le poisson congelé et le chat mouillé, ont vacillé sur des vélos surchargés pour vous demander un coin de garage pour reprendre leurs esprits. Beaucoup auraient eu peur, mais pas vous. Vous nous avez reçus comme si nous étions le Bon Dieu en personne, nous comblant de délices «home made», de chaleur, de séchage, et surtout d’une gentillesse qui nous rendaient heureux d’accepter tant de douceurs. Aujourd’hui, nous avons passé du pire au meilleur.

C’est très émouvant de vivre une telle hospitalité, que jamais nous n’avons méritée. Nous nous en souviendrons, et à défaut de vous rendre ce que vous avez donné, nous essayerons de vous ressembler un peu.

«Your house was like our home.» Merci pour notre meilleure soirée, pleine de bonheur et d’accueil.

Lyette, Jacinthe, Diane, Réal, Roger, Jean-Pierre xxx

Excusez notre anglais, nous espérons que vous saisirez nos sentiments.

A bientôt !

Bellburns

Eddies Cove West > Bellburns – 68 km
Sommaire – voir le journal d’Alain ci-dessous

Lundi. À 8 h, la montre de Roger sonne, c’est le temps. Tout le monde se lève tranquillement. Réal et moi allons prendre une agréable marche sur le quai du village où nous nous entretenons avec un pêcheur. Nous sommes de retour au campement, c’est le temps des céréales chaudes aux amandes. Shannon, un petit gars que nous avions rencontré la veille au soir, est là tout près de nous, il veut nous aider. Il m’aide à défaire la tente, il offre un stand à vélo à Roger, il me donne une plaque de Terre-Neuve comme je lui ai demandé, il donne au groupe son paquet de « Life-Savers ». Quelle hospitalité ! Avant de partir, je lui dis bonjour. Il me répond : « Not now. » Eh oui, il décide de nous suivre pendant quelques minutes.

La journée s’annonce douteuse en fait de température, mais nous espérons que peut-être il sera possible que les nuages se dispersent. Comme entendu, le premier arrêt se fait à la première rivière (East River) pour le bain collectif. Rare­ment me suis-je senti aussi bien après un bain. Je com­prends un peu Roger de tenir à son bain chaque matin. Puis de petites gouttelettes commencent à tomber. J’ai encore espoir que ce soit passager. Le dîner se prend à Hawke’s Bay, au sec heureusement.

Mais rapidement la pluie recommence et le vent se lève ; bref, de mauvaises conditions qui vont durer des minutes, des kilomètres, des heures. On ne voit plus la fin ; des côtes montent et descendent, suivies de plus grosses côtes ; la pluie s’intensifie, il est passé 18 h… On décide d’un commun accord de s’arrêter au plus vite, au prochain village… mais où est-il, ce village ? Se pourrait-il qu’il soit indiqué sur la carte et en fait disparu ? Finalement, au loin, je distingue une maison, puis d’autres maisons. Enfin, c’est Bellburns !

Lyette arrête à la première maison. Je serais personnellement enclin à arrêter au centre du village mais Lyette ne fait pas un tour de roue de plus. Elle dépose son vélo sur un poteau puis va cogner à la porte pour demander un peu d’hospitalité. Eh bien, c’est un rêve inimaginable qui commence, un conte de fée débute.

M. et Mme House nous accueillent dans leur maison, nous offrant leur sécheuse, nous demandant d’entrer toutes nos sacoches bien au sec.

Madame met six assiettes sur la table et commence à préparer un souper à l’orignal. Chacun a droit à deux bonnes assiettées, et, pour finir le plat, à un pot de confitures à la rhubarbe avec pain à volonté. Ce n’est pas tout : ils nous préparent six places à coucher. Après le souper, ils doivent quitter, mais ils nous invitent à rester dans leur maison bien au chaud.

La soirée est bien tranquille. Nous commençons tout juste à réaliser ce qui se passe. Comment se fait-il qu’un si grand bien nous arrive ? Y a-t-il quelqu’un là-haut qui l’ait voulu ? Merci.

Jean-Pierre

Dimanche. L’excitation du départ ! Je vis les petits stress qui me font désirer encore plus fortement le moment où je pédalerai enfin. J’embarque de justesse dans l’avion, et mon vélo itou. Pourquoi y avait-il tous ces gens en file devant le comptoir ? Mais voilà, je vole vers Deer Lake où j’espère découvrir des paysages magnifiques et sauvages, une partie de mon pays et des gens chaleureux. Petite crainte : comment se déroulera ce voyage en compagnie de six autres cyclistes à connaître ?

Mais Terre-Neuve me permettra de chasser toute urbanité de mon être. ADIEU patron, trafic, voitures, travail, téléphone, fax ; BIENVENUE vélo, liberté, amis, pays, et moi-même !

Eddies Cove West

Brig Bay > Eddies Cove West – 51 km
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Dimanche. Je reprends le flambeau pour décrire une autre belle journée, à la lueur du soleil couchant et du feu sur le bord de la grève construit à l’aide de cinq ou six garçons de 7 à 13 ans vivant à Eddies Cove West, notre lieu de repos pour la nuit. Mais allons-y par ordre chrono !

On s’était promis une nuit sans contrainte de temps et c’est ce qu’on a fait, avec un lever éparpillé, tout en douceur, au rythme de chacun. Roger se trouve un bain, à sa bonne habitude, mais quel vent frisquet ! Tour ce qu’il faut pour réveiller la compagnie ! Réal est déjà sur sa bicyclette, pour se réveiller ?

Diane, faisant lecture de l’Évangile du jour, mentionne avec St-Paul que « nos faiblesses sont en réalité nos forces ». Le déjeuner, omelette et pain au cheddar, achève de nous réconcilier avec une journée splendide. Atelier vélo pour mise au point, au poil ! Aux alentours de 13 h, heure locale, incroyable mais vrai, départ.

On roule bon train, agréablement. En pleine descente, un « Pow ! » retentissant, mon pneu avant éclate, déséquilibre, redressement, mon équilibre instable ( ! ) me permet (eh oui) de rester sur mon vélo. Stopper en pleine course avec deux cents quelques livres1 (mon poids inclus, évidemment) en mouvement et sauver le tout (coudes et genoux inclus) n’est pas évident. On répare, on repart.

À la rivière aux Castors où, nous dit-on, on voit souvent sauter les saumons qui remontent, on dîne en bonne compagnie. Un habitant des lieux nous accueille bien, nous offre même le café. La voisine, avec un accent réjouis­sant, ne peut nous offrir de remplir nos gourdes car son système de plomberie, de tuyauterie, est gelé. Elle croit qu’il devrait dégeler d’ici la fin juillet… On se régale d’un pain au millet et aux noix à la mode Roger. Sans égal à ce jour.

Et on repart. On longe la côte avec les falaises ennei­gées en enfilade d’un côté et la mer de l’autre. Les glaciers nous ont quittés, semble-t-il. On bronze allégrement, trop au gré de Diane et de Réal qui doivent se tartiner généreuse­ment joues et bout du nez avec le «Zincofax» de Jean-Pierre.

Vers 17 h ou 18 h, on commence à se dire qu’il faudrait se trouver un campement, Après maintes tergiver­sations de tou(te)s et chacun(e), on s’établit à Eddies Cove West, petit village charmant. On nous offre un champ face au quai. Les vaches nous passent sous le nez. Quel sans-gêne, quand même… se disent-elles peut-être, car c’est bien leur place, après tout. On apprécie l’hospitalité régionale. On retrouve même le monsieur (avec son père de 78 ans) qui avait donné de l’eau à Jean-Pierre et Roger hier. Quelle coïncidence de se revoir ici !

Le camp se monte en deux temps trois mouvements. Le souper est mené de façon expérimentée par Diane accom­pagnée de Jean-Pierre. On mange avec appétit. J’apprécie particulièrement que le vent (le froid) nous épargne ce soir. La preuve, je porte encore mes «shorts» au moment d’aller dormir.

Avant le coucher, on a droit à un magnifique feu, comme mentionné plus haut. C’est un instant privilégié pour moi, malheureusement un peu abrégé car je prends le temps de téléphoner à Alain qui se dit un peu fébrile avant son arrivée à Deer Lake. On discute, on revit quelques événements de la journée. Les moments forts, cocasses, imprévus, sont goûtés à nouveau. Les inévitables moments de frictions et de tensions sont mis de l’avant pour permettre à tous de bien les vivre. N’oublions pas le premier anniversaire de Roger et Jacinthe. Que de partage depuis un an. On est heureux pour eux. Ils nous livrent un beau témoignage de leur cheminement et nous reflètent la part que chacun des membres du groupe y a pris. Célébra­tion autour des textes du jour, de St-Paul (nos faiblesses sont en réalité nos forces) en particulier. Finalement, on se retire dans nos tentes. Le repos des guerriers, quoi. Les « lambineux » et les « placotteux » se couchent vers 1 h 30. Ouf ! Diane se paye le luxe d’un mal de mer à retardement.

Bonne nuit quand même. Tourlou à tous.

Lyette

  1. 90 kg ↩︎