Relais Nordik 1,1

Havre-St-Pierre > Relais Nordik
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Jeudi. Un soleil resplendissant se lève sur Havre-St-Pierre. Nous sommes debout aux alentours de 7 h. C’est la grasse matinée si on compare aux deux jours précédents. Le site est splendide mais la présence tenace des moustiques nous convainc rapidement de décamper tout de suite après la gymnastique et la douche.

Notre prochaine destination est le terrain du centre touristique de Havre-St-Pierre. Une fois de plus, nous faisons honneur à la bouffe de Jean, et particulièrement à ses muffins. Après le déjeuner, nous allons visionner un film sur les Îles Mingan pendant que Jacinthe sert de chien de garde pour le matériel répandu par terre tout en complétant les sacs de nourriture. Et c’est la préparation finale des bagages. Quel tour de force d’entrer du stock pour plus de deux semaines dans deux minuscu­les sacoches de vélo !

Nous nous rendons au quai pour l’embarquement. L’atmosphère est toute frétillante. On entend le ronflement des moteurs du « Nordik Express ». On observe l’immense grue qui manipule les gros conteneurs comme s’il s’agissait de simples blocs « Lego ». À la dernière minute, on nous annonce qu’il faut placer le plus possible de bagages dans un conteneur.

15 h 15, le navire quitte le port. Nous sommes environ 120 passagers à bord. Aussi étonnant que cela puisse paraître, quelques personnes que nous connaissons voyagent avec nous. Jean rencontre encore une fois une de ses amies, Roger trouve des gens du Patro de Montréal, Jean-Pierre trouve une amie de son père.

Nous nous installons par terre tout près des vélos pour déguster la bouffe végétarienne de Lyette. De nombreuses paires d’yeux nous observent plus ou moins discrètement. Des gens viennent nous voir pour nous connaître un peu plus. Certains se disent impressionnés par la qualité diététique de notre nourriture.

En fait, un des grands plaisirs du voyage est de développer des liens d’amitié avec les autres passagers. Pour s’en convaincre, il faut observer Réal à tout moment en train d’engager la conversation avec une nouvelle personne. On se demande si cet homme ne possède pas plusieurs langues car il parle continuellement depuis l’embarquement jusqu’à l’heure du coucher.

Le paysage est fabuleux. Baie-Johan-Beetz, la première escale, est un petit village tranquille à l’embouchure d’une rivière. Nous enfourchons les bicyclettes et en faisons rapidement le tour. Après un milieu de soirée plutôt tranquille, le bateau accoste à Natashquan aux alentours de 22 h 00. Nous en profitons pour faire une promenade nocturne à pied ou à vélo.

Nous nous endormons finale­ment dans le bercement de la mer. C’est une nuit repo­sante, sauf pour ceux qui doivent prendre des Gravols.

Roger

Havre-St-Pierre 1

Matane > Havre-St-Pierre
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Mercredi. Pas de crevettes, et plus personne de crevé. Une bonne nuit, ça fait beaucoup de bien. Elle a été courte, toutefois, car le lever avait été fixé à 5 h 45. Pourtant, les oiseaux nous avaient largement devancés… Douche générale, ramassage express, À 6 h 45, nous sommes sur le quai de Matane. Il fait très très beau, la mer est calme, et le bateau se présente peu après pour nous emmener à Godbout. La traversée sur cet immense vaisseau est sans histoire mais mémorable. La température est chaude, superbe, le soleil et le petit déjeuner nous réjouissent. L’arrivée à Godbout est spectaculaire. Wow !

Nous reprenons la route de la Côte-Nord, que nous avions contournée à cause des feux de forêt. Nous décidons de ne pas trainer et tenons parole jusqu’à… Port-Cartier. Nous arrêtons près de chutes grondantes pour 3 minutes et restons 30 minutes en admiration. Puis nous retournons dans l’enfance de Diane, née à Sept-Îles. La maison natale, le vieux quai, un copain d’enfance, une bonne amie… ouf ! Nous partageons la joie de Diane, et notre retard s’accentue sérieusement.

Nous reprenons la route après Sept-Îles et décidons de ne pas traîner (bis). Cette fois-ci, nous tenons vraiment parole… en silence. La Jeep devient dortoir. Par bonheur, je conduis et ne manque pas le paysage féerique. Nous faisons un petit arrêt à Longue-Pointe sur un belvédère face à l’île Nue, avec vue sur l’île aux Perroquets et Anticosti. Les souvenirs reviennent en masse, distraits par le passage d’un rorqual commun. Au passage de la Rivière Mingan, Vigneault chante «Jack Monoloy». Coïncidence heureuse. En fin d’après-midi, nous arrivons au Havre-St-­Pierre. Paul, militant péquiste de Parcs Canada, nous informe que le bateau sera en retard de quelques heures. Youppi ! Nous sommes en congé ce soir.

La pizza aux fruits de mer est excellente et Roger observe attentivement la serveuse sous l’œil inquiet de Jacinthe. (Voir Jacinthe pour une autre version.) Puis, après messe, marche et digestion (burp !), une réincarnation du frère Marie-Victorin nous informe au sujet de la flore des Îles Mingan puis sur le meilleur site pour le camping sauvage. Après avoir exploré les tours et détours d’un labyrinthe de roulottes, nous nous installons avec volupté pour la nuit.

Réal

Matane

Montréal > Matane
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Mardi. Ok ! Le bateau à pédales est parti. Oui, d’accord, il y en a un qui marche (cest moi), mais c’est un bateau qui est bien bâti, avec des membres solides.

Alors, ce matin, Diane doit me prendre et on rencontre tout le monde à 7 h 30 chez Jean-Pierre. C’est parfait, on est là à 8 h 30. Tout le monde est de bonne humeur, on s’affaire à installer les vélos. Lyette met du « tape » sur le réservoir de combustible, Jacinthe, voyant mes bottes de marche, passe proche de s’évanouir. La galère flotte bien, tout le monde est bien fatigué, semble-t-il, peut-être davantage Roger, vanné par son déménagement.

La route est bonne jusqu’à la halte routière avant Québec, puis jusqu’à Montmagny, sans toutefois que nous puissions trouver des piles pour lampes frontales. C’est à Rimouski qu’on va trouver ces fameuses piles. Belle arrivée à Matane, village que j’avais mal imaginé même dans mes pires… s’cusez…

Un bon souper de Chili Con Carne préparé par Jacinthe et Roger, et surtout de délicieuses fraises nappées de cassonade et de crème terminent cette journée agréable dont nous sortons fatigués, mais parce qu’on s’était fatigués avant. C’est énervant les départs.

Jean

P.S. Où sont les crevettes ?

Terre-Neuve à vélo – 1991

Thor, le Dieu tout-puissant des Vikings, décida de guider son meilleur équipage vers une contrée aussi froide que la Norvège et emplie de mystères… Leur but : découvrir ce qu’il y a de plus beau et s’en accaparer, si possible. Trois femmes aguerries et cinq hommes, les plus braves, partirent donc pour ne revenir que mission accomplie. Bravant glaces, pluies et vents terribles, ils mirent le cap sur cette Terre Neuve. On raconte qu’ils accostèrent au nord, quoique certains affirment une venue du sud. Quoiqu’il en soit, leur passage laissa certains artefacts, tout au long de la route jusqu’à l’étang Western Brook. Mais après, que se passa-t-il ? Où ont-ils été ? Ont-ils accompli la mission tel qu’exigé ? Récemment, on fit la découverte d’un document, non encore authentifié, relatant leur voyage. Des passages incroyables – erreurs de traduction ? – décrivent une partie de lépopée. La réponse à l’énigme s’y trouve peut-être. Aux lecteurs de juger !

Bon ! C’est un tantinet grandiloquent, mais c’est ainsi que débute le journal dune aventure aux nombreux rebondissements.

En fait, le nord de Terre-Neuve invite au voyage dans le temps avec les merveilles géologiques du Parc Gros-Morne, les surprises archéologiques de Port au Choix, l’Anse aux Meadows et Red-Bay, avec le pédalage rythmé par des paysages spectaculaires et presque vierges. Il y a aussi la nature avec ses cascades et ses cavernes de glace, ses montagnes, ses toundras et ses déserts, sa végétation tourmentée, sa mer omniprésente, magnifique et cruelle. Il y a l’humain avec des gens gentils, simples et généreux, avec des amis cyclistes qui se découvrent dans un quotidien exigeant mais stimulant, avec chacun en lui-même dans des heures de misère, de solitude, de partage et d’émerveillement. Magie du vélo.

Parfois éparpillés mais profondément unis, nous avons rempli yeux et cœurs. Selon nos modernes outils de cartographie, un peu moins de 300 km peuvent être confirmés, car cétait bien avant que la planète soit numérique.

Voyez larticle paru dans Vélo-Mag – mai 1992.

Matane
1991-07-02

Havre-St-Pierre
1991-07-03

Relais Nordik 1,1
1991-07-04

Relais Nordik 1,2
1991-07-05

Brig Bay
1991-07-06 – 23 km

Eddies Cove West
1991-07-07 – 51 km

Bellburns
1991-07-08 – 68 km

Shallow Bay
1991-07-09 – 57 km

Western Brook Pond 1
1991-07-10 – 26 km

Rocky Harbour 1
1991-07-12 – 32 km

Rocky Harbour 3 (Tablelands)
1991-07-14 – 27 km

Relais Nordik 2,1
1991-07-20

Havre-St-Pierre 2
1991-07-21

Godbout
1991-07-22

Montréal
1991-07-23

Nicolet / Montréal

Godbout > Nicolet / Montréal
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Dimanche. Dernière journée. On voudrait que l’aventure ne finisse pas, et pourtant elle achève. Profitons de ce qu’il en reste.

Ce matin, on se lève tôt, même si l’expérience est pénible. La fatigue se fait sentir, et de charmantes bestioles nous attendent à l’extérieur des tentes pour prendre leur petit déjeuner à nos dépens. Qu’importe… Le matériel est préparé et placé près des voitures. Le petit déjeuner est pris rapidement et joyeusement. Comme Jacinthe doit rentrer à La Tuque le soir même, elle héritera des bagages de tous, à l’exception d’un strict minimum, et j’aurai les passagers. Du bagage, elle en aura jusqu’au toit.

Anne et Marco nous quittent, heureux de leur camping et des rencontres, mais las des mouches noires. Puis nous laissons avec une émotion certaine Alain et Pierre-Luc qui prendront en avant-midi le traversier vers Matane pour un séjour en Gaspésie. Je les jalouse un peu, ils sont chanceux. Ils ont été de très agréables compagnons. La route commence.

Il avait été entendu que nous roulerions sans interruption. De fait, nous n’avons arrêté que trois fois avant Québec : plein d’essence à Forestville, traversier à Tadoussac et pause-santé à Baie-St-Paul. Ouf ! Les passagers sommeillent souvent, alors que les conducteurs admirent au passage des points de vue impressionnants sur le golfe, le fleuve et les montagnes. La circulation et la météo s’alourdissent progressivement, et bientôt le soleil nous quitte. C’est plus confortable, mais moins beau. Les petites voitures, surchargées, peinent dans les côtes. C’est un marathon.

À 15 h 30, nous débarquons chez la maman de Roger (papa est en voyage en France) pour un repas préparé avec amour. Les anecdotes fusent, entrecoupées de bâillements et de goinfreries. Le repas est excellent et abondant, marqué de gentillesse, de bonne humeur et d’un mémorable short cake aux fraises. La totale impossibilité d’en avaler plus met fin au repas, et après une laborieuse comptabilité, nous entamons la dernière partie du voyage. Tous les gestes et les pensées semblent ralentis : est-ce la fatigue ou le goût d’étirer l’aventure ? À Trois-Rivières, dans un beau stationnement de centre d’achats, nous nous séparons de Jacinthe. Tristesse contenue. Elle désire aller chez les siens à Nicolet, peut-être pour se reposer, sûrement pour ne pas être seule tout de suite. Merci, Jacinthe, t’es merveilleuse et magnifique.

Nous entrons à Montréal sous la pluie, par l’horrible chantier du boulevard Métropolitain et dans un trafic hypernerveux. C’est chaud, collant, étouffant. Jean, puis Roger, sont livrés à domicile. Louise est ensuite laissée chez Suzanne chez qui nous jasons un peu, puis avec Jean-Pierre nous finissons le déchargement chez lui. Il est attendu par sa mère, son frère et un gâteau d’anniversaire. Je rentre chez moi, et je tombe rapidement pour un repos bien mérité.

Nous avons fait bien du chemin, mais le voyage humain, intérieur, nous a menés encore plus loin. La magie des lieux, des personnes et du bon Génie des îles qui nous a toujours accompagnés, fait de ce voyage une des plus belles et fortes expériences de ma vie. Merci, Seigneur, de faire tout ce chemin avec nous.

Réal

Godbout

Île Quarry > Godbout
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Samedi. Première journée du retour. Nostalgiques, nous jetons un dernier regard sur l’île Quarry. Le bateau-taxi vient nous prendre et nous reprenons nos autos (que ça fait bizarre de conduire !). Prochaine étape : Godbout, où Alain et Pierre-Luc nous quitteront pour prendre le traversier vers la Gaspésie.

C’est une journée de contrastes. Lever sous la pluie, froid de canard, habillement de circonstance, comme en hiver. Puis, à Sept-Îles, gros soleil, chaleur torride qui nous fait suer à grosses gouttes en incitant pantalons et manches longues à prendre le bord. Il fait trop chaud. À Pointe-des-Monts, l’équipe fait un arrêt pour admirer le paysage. Il vente très fort, ce n’est pas particulièrement chaud, mais le spectacle des vagues venant se briser sur les rochers est saisissant.

Godbout, enfin. Les conducteurs sont fatigués. Nouveau campement. Tout le monde soupe et ensuite se disperse. Les une vont dormir, les autres marchent, puis terminent la journée par une prière. Anne et Marco, de Baie-Comeau, nous visitent. Ils campent avec nous cette nuit.

Déjà, l’aventure tire à sa fin. Nous aurions pu écrire des pages et des pages. Parfois, la fatigue était plus forte que l’inspiration. Mais la plus belle histoire, essentielle, ne s’écrit pas. C’est l’histoire intérieure de chacun. Nous en ressentons toute la richesse.

Jacinthe

Île Quarry 2

Île Quarry
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Vendredi. Toute cette journée se fait sous le signe de la fête dans la féerie de l’île Quarry. Comme nous sommes encore fatigués de la demi-nuit sur le bateau, le lever se fait plus tard qu’à l’habitude. Avec des mains de maîtres, Louise et Alain cuisinent des omelettes assaisonnées des multiples manières. Sitôt le déjeuner terminé, Jacinthe et Louise inventent un instrument de musique avec le foyer pour le feu et quelques et quelques morceaux de bois. C’est une batterie de percussions aux sons variés. Plusieurs d’entre nous improvisent donc un surprenant concert de percussions et de voix dans un rythme endiablé.

Dès que chacun est prêt, nous entreprenons le grand tour de l’île en suivant la grève. Le temps est ensoleillé et venteux. Nous passons notre temps à nous émerveiller devant la flore, la faune et la géologie de l’île. Les arrangements de fleurs et de rochers surpassent de beaucoup tout ce que les paysagistes montréalais auraient pu imaginer. Ici, la force de la vie est si puissante que les fleurs arrivent à pousser sur des pierres presque dénudées de terre. Les escargots et les huîtres peuplent le sol que nous foulons. Nous rencontrons plusieurs monolithes et nous explorons les débuts de «grottes» creusées dans les rochers par l’érosion. Trois carcasses de bébés phoques (probablement) sont trouvées sur la grève. La force des vagues est particulièrement impressionnante, surtout quand deux courants opposés se rencontrent à une pointe de l’île. Bref, on pourrait prendre plusieurs pages pour décrire ce que nous avons observé.

La journée n’était cependant pas sans action. Nous avons construit un totem avec des roches en forme de briques. Plusieurs ont ramassé et gardé avec eux les objets qui les fascinaient le plus. Plusieurs chants ont ponctué la journée. Un petit groupe a bien ri de Jean-Pierre en lui demandant de porter une roche apparemment très lourde. Cette roche était en réalité de la styromousse. Vers la fin de la randonnée, la gang se divise en deux. Alors que certains complètent le tour de l’île, d’autres piquent à travers par le sentier aménagé.

Nous entamons donc la préparation et la dégustation du souper : fettucini aux crevettes suivi d’une fondue au chocolat. Il faut dire que nous sommes affamés à la suite d’une grande journée de marche. Nous avons l’air d’une gang de goinfres en avalant la fondue au chocolat en vitesse accélérée en utilisant des mains toutes beurrées. Il faut dire que certains malins se sont amusés à enduire les mains des autres de chocolat. Résultat : nous sommes bien repus et les fonds de plats sont même difficiles à finir. La soirée se poursuit par la traditionnelle vaisselle et la longue préparation de la soirée. Certains préparent en secret la fête de Jean-Pierre, d’autres tentent de faire un feu potable au grand vent, d’autres prennent un temps de repos ou une marche.

Nous débutons donc le feu de camp marqué par les festivités de l’anniversaire de Jean-Pierre. Au son du « Mon cher Jean-Pierre », nous remettons au jubilaire une tasse de gamelle remplie de chocolat de fondue surmonté de chandelles qui n’ont jamais pu être allumées. Jean-Pierre reçoit ensuite son cadeau bien enveloppé et décoré d’un chou « scout ». C’est une casquette de Havre-Saint-Pierre et un laminé représentant un macareux. Réal, Jacinthe et Roger entonnent ensuite un chant qu’ils ont composé pour la circonstance. Le texte suit ci-dessous. Après le petit mot de Jean-Pierre, la soirée se poursuit dans les chants et la musique pour se terminer par la prière communautaire.

Roger

Ne te fie pas aux apparences, tu es vraiment unique,
Pendant le temps de nos vacances, tu as été magnifique,

Merci, merci, Jean-Pierre, de tant nous aimer,
Pour ton anniversaire, chacun te dit : «Je t’aime», je t’aime, je t’aime !

Le photographe infatigable, le cartographe zélé,
Toujours vaillant et serviable, est un ami adoré,

Chef cuisinier improvisé, pêcheur désespéré,
Pour des repas bien planifiés, on a été très gâtés,

Tu nous as bien organisés, tu avais tout étudié,
On t’a suivi sur les sentiers, ton rêve nous a entraînés,

Observateur, conciliateur, si proche, pourtant discret,
Tu as été un vrai leader, tu as bâti notre paix,

Tout en douceur, persévérant, et toujours étonnant,
Avec Diane, ton âme-sœur, tu nous ouvres grand ton cœur !

Voyez la vidéo tournée quelques années plus tard, après l’ajout du dernier paragraphe.

Île Quarry

Havre-St-Pierre > Île Quarry
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Jeudi. Après environ deux heures de léger sommeil sur un banc, je me réveille soudainement. La lumière du jour apparaît lentement, je me précipite sur le pont pour voir le lever du soleil. Le rose et le rouge à travers les nuages me rendent un peu nostalgique, la mer est calme, je distingue bien la terre ferme au loin. Je me recouche pour une heure, jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’on a déjà accosté. Je me lève aussitôt et je vais rejoindre mes amis. C’est maintenant très nuageux dehors et il pleut à verse. On décide ensemble de monter nos tentes juste à côté du centre d’accueil de Parcs Canada de façon à être sur place pour 9 h, heure à laquelle nous devons rencontrer nos amis de la Maison Blanche. Nous montons nos tentes en un temps record pour dormir très bien un bon deux heures.

À 8 h 59, le klaxon d’une auto nous annonce l’arrivée de Jean, Louise, Alain et Pierre-Luc. On décide ensemble du menu des prochains jours, puis les achats sont effectués. On va manger tous ensemble une pizza aux fruits de mer puis on se dirige rapidement vers le quai. Il fait beau soleil, mais il vente beaucoup, la mer est agitée. Je note une baleine tout près du quai. Deux petits bateaux nous amènent à travers les îles Mingan vers l’île Quarry. Il vente toujours fort. Dès l’arrivée, j’essaie d’installer ma tente. Je ne réussis pas à la placer où je le voulais : la force du vent arrache mes piquets, ma tente tend à s’envoler. On réussit à bien fixer toutes les tentes à l’aide de pierres et de cordes. On place les sacs à dos remplis de nourriture dans les arbres.

Nous partons visiter le centre de l’île par un chemin écologique. Nous traversons une immense tourbière très marécageuse. Ce n’est pas venteux au centre de l’île. Nous revenons rapidement au campement pour préparer le souper. Roger nous monte un feu, comme d’habitude. Nos quatre nouveaux amis veulent des nouvelles d’Anticosti, Jacinthe entreprend donc la lecture des premières pages de ce journal. Elle rit en lisant, autant que ses auditeurs. On est bien heureux.

La soirée se termine avec quelques chansons douces. À 23 h 55, Roger entame « Tout va changer ce soir » de Michel Fugain, on prolonge la chanson jusqu’à minuit, puis on me chante « Mon cher Jean-Pierre, c’est à ton tour… » Eh oui, c’est maintenant le 13 juillet, c’est maintenant ma fête. On chante aussi pour Jean-Luc, mon frère jumeau. J’apprécie ces instants et je suis content d’être avec mes amis, avec qui j’ai vécu de très belles choses depuis deux semaines. Les aurores boréales dansent dans le ciel, comme des feux d’artifice pour souligner ces moments importants. La fête ne se poursuit pas tard cependant car on veut bien profiter de notre journée de demain. Bonsoir.

Jean-Pierre

Port Menier, traversier

Kalimazoo > Port Menier, traversier – 70 km
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Mercredi. Dur de se lever, de se mettre en train. Il y a un peu de sable dans les rouages des corps, des cœurs et des vélos. Un peu d’huile appropriée est répandue sur les divers problèmes, et nous quittons le merveilleux Kalimazoo vers 11 h avec un pincement au cœur. Les côtes qui mènent à la route principale sont « quasi maso », et nous entreprenons notre dernière journée sur l’île enchanteresse.

Nous désirons revoir nos amis de Port-Menier, et c’est pourquoi nous décidons de prendre le premier camion pour le village. De toute façon, le soleil brûlant, les souvenirs des côtes vues en camion la semaine dernière et surtout un magnifique et puissant… vent de face, nous stimulent à ne pas trop pédaler. La décision de prendre le camion étant prise, il ne restait plus qu’à pédaler jusqu’à ce que… Côte après côte, avec vent et soleil, nous pédalons sans qu’arrive le fameux camion. Selon la carte, nous devons monter un peu, puis redescendre jusqu’au village.

Après un dîner, trois heures et demi et six million de côtes à monter, enfin un dix roues passe. Ce n’est pas pour nous. Finalement, il était temps quand est arrivé le fameux camion pour augmenter notre moyenne de dix à cent km/h. Il était conduit par un gentil monsieur, né sur l’île et travaillant pour la SEPAQ (comme la moitié des gens), peu jasant mais souriant et très doux, pas trop surpris par ces quatre excentriques.

Nous entrons au village avec une certaine nostalgie, déjà. Voici l’asphalte, la mer, le quai… et l’Écomusée où nous retrouvons avec grande joie notre ami Valère qui nous attendait. Notre visite est longue, car nous sommes plutôt lents. Le musée n’est pas grand, mais est très intéressant, on ose prendre le temps d’examiner les objets de la vie quotidienne, les fossiles, l’herbier, les photos, de regarder un vidéo sur Anticosti et le rêve de Menier, et bien sûr de rire avec Valère, Carole (voir mardi 3) et Steve, en racontant aventures et mésaventures. Valère nous offre de prendre une douche, il y en a quatre à l’Écomusée (centre communautaire). Ça fait un bien énorme, mais comme nous sommes sur Anticosti, l’eau reste froide. Brrr ! Mais finalement on s’habitue.        .

Après la visite « achats de souvenirs » au dépanneur, nous nous rendons chez Valère pour le souper (le plus étrange du voyage au point de vue gastronomique), nous voyons un renard, nous nourrissons un chevreuil dans nos mains, faisons une vaisselle dans une vraie maison (celle de son père qui passe l’été sur Jupiter). Quelle étrange sensation…

C’est Éric (voir mardi 3) qui nous voit débarquer sans prévenir tous les cinq dans sa roulotte pour jaser de tout et de rien, mais surtout de la vie de l’île, de ses coutumes, gens et lois bien particuliers. Trois chatons, nés le jour même, ont droit à quelques caresses avant que nous nous dirigions vers le quai avec Valère et Éric. Rires et émotions, goût de rester, comme si le rêve voulait continuer. Les préparatifs permettent une pesée des vélos chargés1 : Jean-Pierre, 65 livres ; Jacinthe et Roger, 70 livres chacun ; Réal, 75 livres, sans toute la nourriture… Ouf ! Heureusement, Éric nous aide à les embarquer, il est fort et gentil. Nous restons sur le quai jusqu’à la dernière minute, avec nos deux amis, la pleine lune et le vent. Instants précieux. Sur le bateau qui tangue de plus en plus sur une mer agitée, nous jasons longuement, avant de nous écrouler sur des lits improvisés. Le bateau et nos cœurs ont des mouvements étranges, mais la fatigue fait son œuvre. Adieu, Anticosti. Ou plutôt, au revoir !

Réal

  1. Jean-Pierre, 30 kg ; Jacinthe et Roger, 32 kg chacun ; Réal, 34 kg ↩︎

Kalimazoo

Camping Wilcox > Kalimazoo – 55 km
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Mardi. Super journée, qui commence par de la super brume épaisse. Lever à 7 h. Jean-Pierre s’active à préparer le déjeuner. Ce matin, nous décidons de battre notre record de vitesse pour ramasser nos affaires. Il faut y mettre une heure de moins pour commencer à pédaler assez tôt. Eh bien, croyez le ou non, à 9 h 30, nous sommes sur la route.

Nos projets pour la journée : trouver un « lift » pour aller admirer la Rivière Jupiter, ou, si ce n’est pas possible, pour aller à Kalimazoo. Jean-Pierre, particulièrement, tient beaucoup à voir Jupiter. Mais… La super pluie commence à tomber. Nous pédalons allégrement, en regardant passer les camions qui vont… dans l’autre sens. Nous avons bien espoir de nous sauver la côte MacDonald (une super grosse), mais les camions n’ont décidément pas l’idée de voyager dans le même sens que nous. Plus nous avançons, plus la pluie et les côtes deviennent supers. Roger et Réal chantent des chansons à répondre en montant les côtes, je les suis quand je réussis à les rattraper et à rattraper mon souffle. Si le soleil n’est pas là, c’est parce qu’il est jaloux de la lumière que nous transportons avec chaque tour de roue.

Depuis le début du voyage, il ne nous est pas arrivé une seule fois de manger sous la pluie. Nous ne voulons pas briser cette excellente habitude. Cependant, l’équipe a besoin de combustible. Il faut trouver un abri assez rapidement. Un super pont nous fournit un abri acceptable. Notre dîner a donc lieu sous ce pont, jusqu’au moment où un camion passe sans que nous ayons la chance de manifester notre présence. Jean-Pierre monte donc sur le pont pour éviter qu’un autre « lift » potentiel ne nous passe sous le nez.

Un camion passe enfin. Ils vont à Jupiter ! Mais nous sommes complètement trempés et aspirons à être un peu au sec. De plus, il nous faudrait revenir de Jupiter par nos propres moyens. Notre choix de destination se porte donc sur Kalimazoo. Aimablement, le conducteur nous propose de nous reconduire jusqu’au camping, même si ça le rallonge un peu. Nous montons tous dans la boite du camion, avec les vélos. Il fallait nous voir chanter sous le vent et la pluie. Un vrai « show ». À Kalimazoo, nous pouvons profiter d’un petit camp pour nous mettre au sec. La chaleur nous amortis pas mal. Certains en profitent pour faire une sieste. Jean-Pierre va voir les chutes. Puis Roger, Réal et moi-même décidons d’aller nous baigner aux chutes. Le paysage est super : chutes sur fond de soleil. Mais l’eau est aussi super glaciale. Le moment du souper donne lieu à un certain mélange de gamelles et d’ustensiles. Des choses importantes semblaient avoir mystérieusement disparu. Le repas est, comme à l’habitude, excellent.

Jacinthe