El Camino Real

> Olema Campground (Olema) – 95 km
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Dimanche. Je me lève vers 8 h. La nuit a été paisible même si l’auberge est assez mal insonorisée. J’ai quand même pas mal de petites choses à faire – dont un courriel aux amis –, alors il est près de 11 h quand je prends finalement la route.

À l’auberge, on m’a conseillé de suivre « El Camino Real », une route ancienne qui mène plus facilement en ville. J’aime bien le nom du chemin ! Heureusement, c’est dimanche et il y a peu de circulation. En route, je fais quelques emplettes, soit un peu de nourriture et du carburant pour mon réchaud. La ville a un cachet européen avec ses édifices plutôt bas. Je suis assez impressionné par la végétation plus tropicale : en particulier, il y a régulièrement d’énormes arbres, de plusieurs mètres de diamètre, qui perdent leur écorce en grands lambeaux et semblent ne pas s’en porter plus mal, au contraire.

Je traverse une curieuse banlieue qui semble s’adresser plus aux morts qu’aux vivants : c’est une succession de cimetières, de salons funéraires, de fabricants de pierres tombales, etc. Bonjour l’ambiance !

La ville est vallonnée, mais le chemin que j’emprunte évite les plus importantes pentes. En approchant du centre, « El Camino Real » devient « Mission Road ». Avant de partir, j’avais repéré deux boutiques de vélo afin de m’y procurer une carte vélo du trajet.

Malheureusement, celle qui existe couvre un petit 200 km vers le nord – je la prends quand même, car elle est bien faite – et je dois en acheter une autre, pour automobiles, dans une station service. On me conseille aussi un itinéraire cyclable vers le « Golden Gate ».

Le trajet en rues partagées est bien balisé, très fréquenté, festif comme le « Central Park » de New-York, et mène au « Golden Gate Park ». Encore un petit bout sur route et je rejoins le parc « Presidio », une crête spectaculaire le long du Pacifique.

C’est là que se trouve l’accès sud pour le « Golden Gate ». Il y a foule et embouteillage, car le lieu est couru des touristes. Je prends par réflexe le trottoir du côté de la baie, qui offre les plus beaux points de vue malgré le brouillard qui masque le haut du pont. Au début, il y a une telle cohue que j’avance avec peine, mais c’est bien beau. En cours de traversée, le brouillard se lève pour de bon et c’est vraiment féerique.

À la sortie, une bonne descente me mène à Sausalito, qui a, elle, des allures de Côte d’Azur avec ses villas accrochées en amphithéâtre sur les montagnes. Les bouchons vers San Francisco font plusieurs kilomètres et bloquent la ville.

Je roule un bout au bord de l’eau, jusqu’à Marin City, puis j’entre dans les terres pour rejoindre la CA1, la route du bord de l’eau qui me guidera pour tout mon périple californien.

Surprise : une fourgonnette garnie de vélos arbore une plaque du Québec. La famille Duval – www.golesjambes.com – achève un périple de plusieurs mois. Partie de Saint-Jérôme en mars, cette famille avec quatre enfants entre 11 et 4 ans a roulé jusqu’en Floride, laissé la voiture à Los Angeles, pris l’avion vers l’Australie et revient vers le Canada en longeant le Pacifique. À suivre.

Je m’attaque ensuite à une route en lacets qui monte à 180 m puis redescend vers l’océan. Le trajet vers Stinson Beach est un véritable enchantement : la route est accrochée en haut des falaises, entre les montagnes pelées et la mer lumineuse.

Ensuite, c’est plus calme. Je longe le lagon de Bolinas, puis remonte en forêt vers une route plus bucolique. Selon la carte, il y a un camping à Olema. Il est très cher – 44 $ ! – mais il est près de 21 h. je plante ma tente, mange et prends une bonne douche, puis dodo. Il est minuit…

km jour : 95,9
km total : 114,1
départ / arrivée : 11 h 00 / 20 h 50
temps de trajet : 6 : 42
vitesse moyenne : 14,3
vitesse maximale : 59,6
camping : 44 $

S’envoler

> San Francisco – 20 km
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Samedi. Grand départ aujourd’hui. C’est toujours un marathon : tout doit être fin prêt, et c’est plus compliqué avec l’avion et toutes les formalités. Évidemment, il est préférable de ne rien oublier… En revanche, j’ai quand même eu le temps de voir des amis hier et ma mère ce midi. À 15 h, je prends la route à vélo.

Ce n’est pas loin, moins de 12 km, et il fait un temps splendide avec un bon vent d’ouest. Il y a même un petit bout de piste cyclable pour rejoindre l’aérogare. Après 35 minutes à peine, j’y suis.

Évidemment, il y a un peu de travail à faire : démonter le vélo, dégonfler les pneus, le ranger dans son sac et remplir l’autre sac avec tous les autres bagages. Heureusement, je suis pas mal habitué depuis l’Europe…

Je me dirige ensuite vers le comptoir d’Air Canada. Un gentil préposé m’aide à terminer l’enregistrement de mes bagages. Il y a quelques questions à propos de mon réchaud, mais finalement tout s’arrange.

Il me reste une heure avant d’accomplir les dernières formalités. J’en profite pour envoyer un courriel tout en mangeant ma carotte et ma prune que les USA ne veulent pas voir venir chez eux. Avant de monter à bord, j’appelle ma sœur Lucie.

À 18 h 25 précises, l’avion quitte la jetée internationale et 20 minutes plus tard nous quittons le sol. Je suis assis entre une jeune asiatique et une américaine qui arrive directement de la Grèce. Cette dernière est pas mal fatiguée : aujourd’hui, elle aura cumulé 16 heures d’avion et 11 heures de décalage. Évidemment, elle dort.

Avec les écrans individuels, les passagers entrent chacun dans leur bulle. De mon côté, je choisis le film « Gravity », qui a reçu de bonnes critiques. C’est l’aventure – invraisemblable mais magnifiquement filmée –, de deux astronautes essayant de survivre à la destruction de la station spatiale par un nuage de débris.

Ensuite, je débute le journal du voyage. Heureusement, mon ordi a une bonne batterie, car les prises de courant ne fonctionnent pas. Je profite en même temps de ma musique, plus à mon goût que celle de l’avion.

Alors que l’avion survole des lieux aux noms connus – le lac Michigan, Minneapolis, Denver, Salt Lake City –, mes deux voisines sont plus souvent endormies qu’éveillées. Nous traversons régulièrement de petites zones de turbulence, mais sans que ça dérange vraiment.

L’avion atterrit 30 minutes plus tôt que prévu. Je récupère facilement mes bagages et mon vélo, puis je le remonte, un bon travail. Il est intact, à l’exception du réflecteur de la roue arrière. Il est près de 23 h quand je prends la route, soit 2 h selon l’heure de mon corps.

Heureusement, ce n’est pas loin, le trajet est facile, joli et tout en piste cyclable. Je longe la Baie de San Francisco au milieu de végétaux assez différents de ceux de Montréal…

L’accueil au Red Roof Inn est courtois et efficace. En plus, je peux entrer mon vélo dans ma chambre, car les corridors sont remplacés par une galerie extérieure. Je m’installe rapidement : il est passé minuit, c’est pas mal tard…

km jour : 18,2
km total : 18,2
temps de trajet : 0 : 58
vitesse moyenne : 18,6
vitesse maximale : 32,6
auberge : 100 $

Côte ouest à vélo – 2014

La côte californienne

En été, l’appel de la route est irrésistible. Cette année-là, j’avais choisi l’ouest. Plus précisément, j’ai atterri à San Francisco, Californie, accompagné de mon fidèle vélo et de quelques bagages. Le plan était de suivre la côte du Pacifique jusqu’à Vancouver puis de traverser les montagnes Rocheuses jusqu’à Calgary. Je prévoyais une balade d’environ 3000 km, mais je n’avais pas acheté de billet d’avion pour le retour, restant libre d’aller où je voulais et de rentrer quand ça conviendrait. Si ce plan a été pas mal respecté, l’aventure était aussi au rendez-vous.

Notez que les photos sont à basse résolution. L’époque…

S’envoler
2014-07-05 > San Francisco – 20 km

El Camino Real
2014-07-06 > Olema C (Olema) – 95 km

Sonoma
2014-07-07 > Fort Ross – 95 km

Dans le brouillard
2014-07-08 > Van Damme SP (Mendocino) – 120 km

Les dunes et le compteur
2014-07-09 > Westport SB (Wesport) – 50 km

La vallée des arbres géants
2014-07-10 > Humbolt Redwoods SP (Weott) – 115 km

Séquoias et vaches 101
2014-07-11 > KOA Campground (Eureka) – 105 km

Petits détours
2014-07-12 > Elk Prairies Campground – 85 km

Les extrêmes
2014-07-13 > Harris Beach SP (Brookings) – 105 km

À perte de vue
2014-07-14 > Humbug Mountain SP (Port Orford) – 85 km

Vent de rencontres
2014-07-15 > Bullards B SP (Bandon) – 65 km

Des arbres et des arbres
2014-07-16 > Honeyman SP (Florence) – 115 km

Quelques belles vues
2014-07-17 > Beverly Beach SP (Newport) – 100 km

J’aime les petites routes
2014-07-18 > Cape Lookout SP (Netarts) – 105 km

Contourner les baies
2014-07-19 > Nehalem Bay SP (Manzanita) – 80 km

La traversée vers Washington
2014-07-20 > Cape Disappointment SP (Long Beach) – 105 km

C’est encore loin ?
2014-07-21 > Twin Harbors SP (Westport) – 135 km

La route est courte
2014-07-22 > Ocean City SP (Ocean City) – 65 km

Pluie sur la « Rain Forest »
2014-07-23 > Gatton Creek C (Quinault) – 80 km

Heureusement, des bouts de forêt
2014-07-24 > Bogachiel SP (Forks) – 105 km

La piste magique
2014-07-25 > Log Cabin Resort (Lake Crescent) – 80 km

Retour au pays
2014-07-26 > McDonald C (Sidney) – 80 km

Transports alternatifs
2014-07-27 > Bord de route (Horseshoe) – 65 km

Jusqu’au ciel ?
2014-07-28 > Riverside Resort (Whistler) – 110 km

Un congé pour marcher
2014-07-29 > Nairn Falls PP (Pemberton) – 35 km

Les montagnes et le lac
2014-07-30 > Cottonwood RP (Lillooet) – 80 km

Vers l’oasis
2014-07-31 > Marble Canyon PP (Pavilion) – 75 km

Pas d’eau dans le désert
2014-08-01 > Terminus Greyhound (Kamloops) – 130 km

Jasper et Athabaska
2014-08-02 > Honeymoon Lake (Parc Jasper) – 55 km

La vallée des glaciers
2014-08-03 > Ruisseau Rampart (Parc Banff) – 95 km

Eau et glace – un peu
2014-08-04 > Ruisseau Mosquito (Parc Banff) – 65 km

La belle vallée de la Bow
2014-08-05 > Wapiti C (Canmore) – 115 km

Sous un soleil ocre
2014-08-06 > Hôtel Acclaim (Calgary) – 125 km

L’avion, c’est compliqué
2014-08-07 > Maison (Montréal) – 15 km

Montréal

Godbout > Montréal
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Mardi. La journée débute avec un superbe soleil. Dans nos tentes, il fait chaud. Tout le monde est matinal, certains se lèvent à 6 h, d’autres à 7 h. Après un bon petit déjeuner, nous sommes tous prêts à l’heure. Le départ du camping se fait à 9 h pile, comme prévu. Félicitons-nous, car ça n’arrive pas souvent que nous partions juste à l’heure prévue.

Un petit arrêt sur le bord d’un lac et d’un précipice nous aide à apprécier nos derniers beaux points de vue de la mer sur la Côte Nord. Nous arrivons à Tadoussac sous la pluie. À Baie-Ste-Catherine, un diner « enchanteur » sur la galerie d’un immeuble qui ressemble à une école calme nos estomacs affamés. Mais pour les besoins d’évacuation, petit problème, il n’y a pas de toilettes, même à la Caisse Populaire. Le détour au restaurant du coin est obligatoire et peu apprécié. Roger et Jacinthe ne font pas ce détour et empruntent le chemin du sous-bois. Rien ne va plus quand nous décidons de partir, croyant Roger et Jacinthe aux toilettes du restaurant, alors qu’ils sont dans les bois. Nous les apercevons juste à temps. Nous ne partirions quand même pas sans eux.

Nous pouvons maintenant compter le nombre de bateaux utilisés pendant le voyage. Réal, Diane et Jean-Pierre ont emprunté 10 bateaux différents. Nous comptons 15 voyages en bateau si nous considérons les allers-retours sur un même bateau. Jacinthe, Roger, Jean et Lyette comptent 7 bateaux et Alain 2.

  • Traverse Matane – Godbout.
  • Nordik Express, navette Havre-St-Pierre – Blanc-Sablon, aller-retour.
  • Northern Princess, traverse Blanc-Sablon – St-Barbe, aller-retour.
  • Croisière du Western Brook Pond, aller.
  • Croisière du Western Brook Pond, retour.
  • Traverse Norris Point – Woody Point, aller-retour.
  • Bateau de pêche Sharky, Anse aux Meadows – Cape Onion.
  • Navette Red Bay – Saddle Island, aller-retour.
  • Le taxi des îles, Havre-St-Pierre – Petite ile au Marteau, aller-retour.
  • Traverse Tadoussac – Baie-Ste-Catherine.

À partir de La Malbaie, sans le savoir, les deux voitures se séparent et ne se revoient qu’à Montréal, chez Jean-Pierre. Dans une voiture, Diane et Réal choisissent le chemin qui longe le fleuve. Dans l’autre voiture, les autres prennent la route la plus directe. Nous (Diane et Réal) pensons les rejoindre mais ce n’est pas le cas. Nous attendons une demi-heure dans l’éventualité où les autres derrière nous nous attendent. Nous étant perdus de vue, nous ne savons pas si l’autre voiture est devant ou derrière nous.

Cette petite aventure clôt le voyage ? Eh bien non, jusqu’à la toute fin il y a des aventures… Après nos heureuses retrouvailles chez Jean-Pierre et le dépaquetage des voitures, nous nous rendons au restaurant pour souper. Nous frappons un nœud : le resto est fermé. Jacinthe et Roger, qui doivent nous rejoindre, n’arrivent pas. Nous allons ailleurs et prenons quand même un bon souper chinois autour d’une bonne table. Je suis avec Réal, Lyette, Alain et Jean, Jean-Pierre étant resté à la maison, question de se reposer pour le travail qui l’attend demain. Mais à la sortie, qui apercevons-nous ? Jacinthe, qui nous cherche depuis une heure. Elle a cherché l’adresse du resto, vu qu’il était fermé, sans voir le message que nous lui avions laissé, cherché dans tous les restos de la rue pour nous retrouver alors que nous avons fini de souper. Roger se repose, comme Jean-Pierre. Nous nous embrassons chaleureusement, contents d’être ensemble pour clôturer ce beau voyage.

Il est 23 h 30. Nous rêvons à nos lits en gardant en mémoire tous les merveilleux moments de ce voyage et le rythme de vie des voyageurs qui va nous manquer. Merci, Seigneur, de nous avoir fait connaître tant de belles richesses de la nature. Bénis chacun d’entre nous et ce beau voyage que tu nous as permis de vivre avec beaucoup de bonheur.

Diane

Godbout

Havre-St-Pierre > Godbout
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Lundi. Le lever est prévu pour 8 h ce matin. Jacinthe doit nous préparer le petit déjeuner pour 9 h, ce qui est fait. Bravo ! Le soleil brille et nous annonce une belle journée chaude, ça ne nous tente pas vraiment de partir car on aimerait tous profiter d’une partie de cette belle journée au « Hâvre », comme le dit Diane avec un accent typique.

Après quelques démarches et quelques contacts, on se trouve un bateau-taxi (eh oui, un autre bateau) pour aller à la Petite Île au Marteau. Nous y restons environ deux heures. C’est suffisant pour faire le tour de l’île en admirant les monolithes et le phare à l’extrémité ouest.

Là, c’est très venteux et j’ai apprécié mon coton ouaté, mon polar et mon coupe-vent. J’ai eu le temps de prendre quelques photos ; j’ai aimé aussi voir les vagues se briser sur les dalles de pierre.

De retour vers 14 h 30 au « Hâvre », Lyette fait une attaque de boulimie : un sunday au chocolat et un pogo relish ­moutarde précèdent les sous-marins du dîner du groupe. Il est près de 16 h, il est à peu près temps de partir. On embarque dans nos autos et on file. Mingan, Longue­-Pointe, Rivière-St-Jean… On fait un bref arrêt à Sept-Îles. Diane nous rappelle quelques anecdotes arrivées à tel ou tel endroit lorsqu’elle était plus jeune. Puis on repart. Jean tire de la patte, il est au restaurant à s’acheter des frites. Heureusement, il nous en offre quelques-unes. On arrive au camping de Godbout vers 21 h 30. Le souper est typique de l’endroit : spaghetti aux fruits de mer et shortcake aux fraises. Il ne fait pas froid et il y a peu de moustiques. Tous se couchent tôt pour une dernière nuit sous la tente.

Jean-Pierre

Havre-St-Pierre 2

Relais Nordik > Havre-St-Pierre
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Dimanche. Avons-nous vraiment dormi ? À 15 ou 20 sur le pont supérieur, installés le moins mal possible, avec l’escale, l’orage électrique, le bateau qui danse, les enfants qui courent, le sommeil a été ce qu’il a été. À 4 h 15, déjà, une magnifique boule orange surgit de l’horizon pour se réfugier dans les nuages. Comme elle, je me recouche vaillamment.

À 6 h 30, nous arrivons à La Romaine. Plusieurs sacs-à-dos, dont le mien, se réfugient dans un conteneur. L’avion accidenté est impressionnant, posé sur les conteneurs. Avec Jean-Pierre, Diane et Roger, ainsi que Daniel et Lucie, deux montréalais qui nous suivent depuis Pistolet Bay, nous visitons l’église amérindienne. Elle est étonnante, simple et ancrée dans les traditions catholiques et autochtones. Événement majeur : le bateau attend Diane, Roger et Jean-Pierre, car Diane a une crevaison et le bateau devance son départ. Ouf ! On a eu chaud.

Au milieu de l’avant-midi, nous visitons Kégaska. C’est charmant. Les rues sont faites de coquillages concassés, ce qui semble efficace. Devant l’église, un monument rappelle trois marins disparus en mer en 1983… Mer belle et cruelle. Puis la pluie recommence tranquillement. À Natashquan, je ne débarque pas, à la grande surprise de mes amis. Ou alors je préfère ne pas mouiller mes chaussures, ou alors je suis fatigué, ou alors les deux. Au retour, on me dit du bien de Natashquan, c’est mieux le jour que la nuit.

Le temps passe et repasse lentement. On lit, on jase un peu, Jean initie des jeux passionnants qui durent très peu, notre journal a un succès fou… La pluie parfois intense se complète de brume, ce qui nous vaut la compagnie de la sirène aux deux minutes. Je préfère d’autres sirènes. Quand est-ce qu’on arrive ? Quand est-ce qu’on mange ? Etc.

Mais toute mauvaise chose a une fin. À l’arrivée à Baie-­Johan-Beetz, nous finissons un excellent repas et le soleil brille pour nous permettre de nous dégourdir un peu. Havre-St-Pierre est proche, c’est l’heure du caucus pour coordonner les prochains jours. Un chocolat chaud nous rassemble au salon et l’ordre du jour chargé nous occupe un bon moment. Pendant que brume et pluie reviennent, nous pesons le pour et le contre d’une visite amicale aux macareux et aux monolithes des Îles Mingan.

La nuit tombe. Une éclaircie, un phare : c’est le Havre. Au cœur d’une activité fébrile, nous saluons nos amis du bateau, retrouvons nos autos et les chargeons. Nous nous dirigeons vers notre camping de l’autre fois et nous installons sous les étoiles dans des tentes détrempées. Après une tentative de caucus avortée pour cause de fatigue aiguë, le dodo est décrété et promptement réalisé.

Est-ce la fin de l’aventure ? Demain nous le dira…

Réal

Relais Nordik 2,1

Blanc-Sablon > Relais Nordik
Sommaire – voir le journal d’Alain ci-dessous

Samedi. C’est aujourd’hui qu’on prend le bateau pour le retour vers Havre-St-Pierre. Levés très tôt sous la pluie, nous nous pressons de plier bagages et de décamper, Lyette et Jean à pied (dernier kilomètre en voiture). Les bagages sont rapidement installés dans le conteneur. Réal m’avertit dans la salle d’attente que j’ai dix minutes pour y apporter mon sac-à-dos, j’arrive juste au moment où on s’apprête à le charger. Départ hâtif, un peu à regret.

Étant les premiers passagers, nous profitons de beaucoup d’espace, nous pouvons faire sécher du linge et nous étendre. Lyette et moi passons beaucoup de temps à paresser sur les banquettes. L’après-midi est plus rock’n’roll car beaucoup d’indiens embarquent à St-Augustin, et il y a beaucoup d’enfants sur le pont que nous occupons. Le voyage reste paisible et reposant avec la belle température. Le souper, fait de nombreux légumes et de jambon, est un vrai régal.

Pendant la soirée, Réal retrouve une petite fille blonde aux yeux bleus, Marie-France, rencontrée deux semaines plus tôt. Et vous savez combien Réal aime les enfants. Plus tard, on déménage nos pénates sur le pont supérieur pour s’éloigner des jeunes indiens qui s’amusent beaucoup et verbalisent encore plus. À Harrington Harbour, autour de minuit, Lyette voit une superbe aurore boréale colorée de vert. À cet endroit, l’épave d’un avion est chargée à bord. Le retour tranquille se continue.

Jean

Deer Lake >>> Montréal

Le vol de retour est doux. Je me sens rempli de tranquillité au-dessus de l’Atlantique. Mais qu’en est-il de mes compagnons de voyage, de Lyette ?

Vol de jour. Finie la nuit où les courriers risquaient leur vie. Cette vie, ma vie, est-elle désormais plus aisée, les hommes plus heureux ? La technologie douce du vélo m’a permis d’accueillir un pays par ses côtes, ses vents, ses sources bienfaisantes. Mes jambes ont été tantôt sauvages et hardies, tantôt faibles et plaignardes. Toujours je les ai écoutées, parfois, je les ai domptées, jamais je ne les ai heurtées. Hier, je me suis dépassé. Au-dessus de la montagne, j’ai contemplé mes désirs, mes accomplissements.

J’ai écouté autour, j’ai écouté le vent de mes expirations. Mon sang lentement se repose. Mon vélo pose fièrement.

Je me sens seul, l’amour est au loin, mais la montagne et les nuages me cajolent. Brièvement, cette nature redevient ma compagne. Je me revois vérifier Gontran (mon vélo) pour la descente vers Deer Lake : les bagages ne doivent pas dépasser afin de laisser mes roues libres. J’enfile mon fidèle anorak et je défie la route… La griserie de la vitesse vaut la sueur de la montée. Mon corps se voûte autour de mes poignées, le vent souffle autour de mes reins. 40, 50, 60 km/h ou plus, peu importe, le sourire est toujours le même.

Blanc-Sablon (Red Bay)

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risquerait fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
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Blanc-Sablon (Red Bay)

Vendredi. Nous nous réveillons sous les doux rayons du soleil. C’est très agréable. Il y a cependant beaucoup de moustiques. Ça nous aide à nous dépêcher pour partir. Nous nous rendons au quai pour voir si Lyette y est et pour essayer d’attraper un pouce pour Red Bay. Surprise ! Lyette est là ! Nous prenons quelques ententes : nous partons en équipes pour nous rendre à Red Bay. 1 : Jean-Pierre, Réal et moi. 2 : Lyette et Jean. 3 : Jacinthe et Roger.

Jean-Pierre, Réal et moi réussissons à nous rendre à Red Bay vers 13 h 30. Nous avons rencontré des gens extraordinaires en chemin, spécialement un homme de l’Anse-au-Loup qui a fait près de 25 km pour nous car, disait-il, il n’avait rien d’autre à faire.

À Red Bay, le paysage est fantastique. Nous dinons rapidement. Un autre joyeux tour de bateau nous permet de nous rendre faire une superbe visite sur l’Île Saddle où l’on fait des fouilles archéologiques sur la période des Basques, au XVI’ siècle. On y a découvert des ruines de fondoirs et des restes de marins qui traitaient la baleine. La visite se termine par le visionnement d’un film d’une heure. Un tour rapide du centre d’accueil nous aide encore à apprécier les lieux.

J’oubliais ! Je ne peux passer sous silence notre rencontre avec le directeur des fouilles archéologiques qui a eu l’amabilité de nous offrir un pouce, du pont de la Pinware River jusqu’à Red Bay. Il était accompagné d’une jeune femme qui travaillait dans le laboratoire que nous avons aussi eu la chance de visiter.

Nous rentrons à Blanc-Sablon dans le même pouce que Jacinthe et Roger. C’est tellement amusant de se retrouver dans la même voiture une autre fois ! Nous prenons un bon souper, mais cette fois-ci quelques-uns décident de se rendre dans la tente car nous avalons des moustiques pratiquement à chaque bouchée tellement il y en a ! Ce fut très agréable.

Nous partons ensuite vers Lourdes-de-Blanc-Sablon pour une messe à l’église Notre-Dame-de-Lourdes. Réal, Roger, Jean-Pierre et moi nous mettons en route à vélo, Jean se rend sur le pouce, Jacinthe et Lyette restent au camp pour prendre du repos. Après la belle messe, nous visitons rapidement le musée de la Basse Côte Nord et le sanctuaire marial près de l’église. Jean revient en marchant, nous reprenons nos bicyclettes. Ce sont nos derniers kilomètres de bicyclette de ce voyage rempli de belles découvertes.

Merci, Seigneur. Bonne nuit.

Diane

Blanc Sablon (Lourdes-de-Blanc-Sablon)

Vendredi. Après la rencontre au quai, Lyette et moi faisons du pouce dans le but de nous rendre à Red Bay. Malheureusement, après près d’une heure de vaines tentatives, nous décidons de nous rendre au musée local. Nous y feuilletons un album de photos très intéressant sur l’histoire de la région, mais nous refusons de payer 2$ pour visiter le musée. Peu après avoir terminé l’album, nous rencontrons Gilles Jones, responsable de l’exposition, qui accepte de nous conduire à Lourdes-de-Blanc-Sablon.

Nous visitons d’abord le sanctuaire Notre­-Dame-de-Lourdes. De cette colline, la vue est superbe. Après la descente, nous nous rendons manger au restaurant Anse-aux-Cailloux. Lasagne pour Lyette, pizza aux fruits de mer pour moi. Après le repas, nous allons admirer les canards et les oies qui se baignent dans un étang à l’arrière du restaurant.

Nous trouvons rapidement un pouce pour le retour. Nous nous rendons directement à l’Anse-au-Clair, où je reprends mes bagages laissés au « bed & breakfeast » où j’ai séjourné deux jours. De retour à Blanc-Sablon, nous faisons l’épicerie pour le souper de samedi puis rentrons tranquillement au campement en haut de la colline.

Jean

St-Barbe > Deer Lake

Vendredi. La Princesse du Nord s’en est allée. Ce matin. Je suis triste. Elle est partie sur ce bateau.

Voilà mon pouce, qui éponge ma douce nostalgie. Les Robidoux m’ont offert ce trajet jusqu’à l’étang Western Brook. Nous jasons botanique, petits-enfants, de tout et de rien. La distance se couvre en un dialogue. Peu après, je roule vers Rocky Harbour, vent dans les pédales, Patricia Kaas dans les oreilles, et soleil à mes côtés. Presque le paradis.

À Rocky Harbour, l’animateur du phare m’apprend que les vents tourneront en s’amplifiant, dixit la météo de demain. Moi qui désirais y passer la journée, je décide plutôt de filer droit sur Deer Lake, ma destination finale. Heureusement, mes jambes affrontent gentiment la route côteuse. J’ai peine à arrêter, rouler est hypnotisant.

Finalement, j’arrive à Deer Lake, en plein festival de la fraise, seul mais heureux. Du camping municipal de Nicholsville, je contemple le lac Deer et son village de 4000 habitants. La nuit s’installe à travers un ciel zébré de mauve miroitant sur l’eau. J’ai peine à distinguer les lumières naissantes car le rêve m’attire déjà !

Alain

Blanc-Sablon / St-Barbe

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risquerait fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
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St-Anthony > Blanc-Sablon

Jeudi. Le lever a lieu à 7 h. Pour la première fois du voyage, nous nous dépêchons de partir pour nous assurer d’être à temps à St-Barbe. C’est la seule fois où le lever tôt est nécessaire. À 8 h, les vélos sont parés. C’est le temps le plus beau de tout le voyage car nous le prenons pour regarder et sentir ce que nous voyons. Nous passons voir le musée qui est malheureusement fermé. Nous visitons rapidement la ville. À partir de 10 h, deux conducteurs de camions successifs nous conduisent à l’équipe de Diane.

Roger

Pistolet Bay > Blanc-Sablon

La nuit a été fraîche, mais très calme et réparatrice. Jean-Pierre, Diane et moi sommes d’excellente humeur et très en forme. Mais nous savons bien que le pouce est parfois difficile.

À 9 h, nous prenons la route. Il fait frais, c’est confortable pour pédaler, le soleil nous accompagne. Après le chemin de gravier et un petit bout d’asphalte, nous rejoignons la 430. Je roule les yeux rivés sur mon rétroviseur, et nous faisons signe à tous les véhicules qui semblent appropriés. Plusieurs arrêtent, même si souvent il n’en passe qu’un aux 15 minutes, mais aucun n’a assez de place pour nous et nos vélos. Vers midi, de côte en côte, de baie en ruisseau, nous pédalons toujours. Nous nous conditionnons physiquement et mentalement à pédaler jusqu’à St-Barbe (nous prévoyons dîner bientôt) lorsqu’un immense camion-remorque s’arrête juste devant sans que nous n’ayons rien fait. A-t-il des ennuis mécaniques ? Est-il en panne d’essence ? A-t-il été séduit par Diane ? Je m’approche pour étudier le phénomène et je découvre la cause de l’arrêt : une certaine Jacinthe.

Le camionneur qui les avait recueillis peu après St-Anthony nous accueille à notre tour. La joie est totale. Très rapidement (130 km/h) et agréablement, nous nous retrouvons à St-Barbe où, après dîner, discussion et plaisantes retrouvailles, nous prenons le traversier de 14 h 45, direction Blanc-Sablon.

La mer est calme, le soleil brille, la timonerie nous est ouverte, une baleine fait des folies alors que les icebergs ont beaucoup fondu. J’aime être en bateau, tout est parfait… mais nous n’avons pas de nouvelles de Jean et nous avons appris peu avant notre départ que Lyette et Alain ont arrêté à Port au Choix deux jours plus tôt. Où sont-ils ?

Jean nous attend au quai de Blanc-Sablon en sautant de joie. Arrivé hier après un voyage difficile sur le pouce, il a troqué sa tente pour un « bed & breakfeast » à l’Anse-au-Clair, premier village du Labrador. Il déborde de joie.

Après quelques formalités, nous nous dirigeons vers un camping qui domine Blanc-Sablon, la baie et la région. Il y coule une jolie et délicieuse cascade, il y a de la neige, des bécosses, des balançoires, des tables à pique-nique, et nous soupons allégrement dans une mer de maringouins voraces.

Après le souper, surprise, le traversier revient. Lyette a-t-elle soudoyé le capitaine ? Roger et Jean-Pierre vont enquêter. Jean nous quitte pour son gite. L’attente se prolonge… À la brunante, nos enquêteurs reviennent bredouilles : le bateau suspect est disparu, Lyette reste introuvable. Énigme…

Sur ce mystère impénétrable, chacun se dirige vers ses quartiers de nuit. Il est 22 h (T.N.) ou 20 h 30 (Qc). Il ne fait pas noir. Demain, nous irons peut-être à Red Bay, et nous nous reposerons sûrement. Bonne nuit.

Réal

Brig Bay > St-Barbe

Jeudi. Le réveil a lieu relativement tôt grâce au soleil qui augmente de minute en minute la température ambiante dans la tente. Objectif de la journée : atteindre St-Barbe et rejoindre le groupe (?). On doit tous prendre le traversier le 19.

Avant le départ, Alain en profite pour compléter son herbier photo et se régale d’une talle de cypripèdes jaunes, l’œil rivé à son appareil photographique.

En route ! On croise un « pond ». Une saucette pour le plaisir et pour le débarbouillage s’impose. Un rasage à froid, sans miroir, bravo, Alain ! On déjeune ensuite en se faisant sécher au soleil, tout en regardant les poissons sauter pour attraper les mouches. Yé pour les poissons !

On poste les dernières cartes postales. On redémarre. Bon vent, bonne route, St-Barbe en vue. Vu l’heure, on décide de pousser un peu plus loin pour observer les glaciers plus au nord. On aperçoit le traversier qui quitte pour Blanc-Sablon. Demain, ce sera à nous de l’emprunter. Pour l’instant, on vise Anchor Point. On dîne sur les marches d’une chapelle anglicane en observant la silhouette de glaciers au large. Le soleil est toujours au rendez-vous, le vent aussi, alors on reste très loin des 32° de Montréal (même heure, même date).

On rentre tranquillement à St-Barbe. On s’informe des heures du traversier pour demain lorsqu’on remarque un message à notre intention. Eh oui, déconfiture passagère, le groupe est déjà à Blanc-Sablon. Déception, car on se faisait une joie de se retrouver tous ensemble… Plan changé, message mal compris ? On se remet de cet imprévu en soupant au resto St-Barbe. Sympa. Morue qui fond dans la bouche. En placotant avec des gens de Ville Lasalle, on apprend qu’ils retournent vers Deer Lake demain matin. Le fameux pouce, enfin, est trouvé. Ce facteur de stress éliminé, Alain semble détendu, confiant de prendre l’avion tel que prévu, même s’il est un peu déçu de n’avoir pu saluer le groupe avant son départ.

Allez hop, au dodo. On se lève tôt demain matin. Lui part pour le sud de Terre-Neuve (Deer Lake) et moi pour l’ouest (Blanc-Sablon). Espérons que la mer sera douce pour moi comme le voyage l’a été dans l’ensemble. Tourlou.

Lyette xx

Pistolet Bay / St-Anthony / Brig Bay

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risquerait fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
Sommaire

Pistolet Bay (Anse aux Meadows) – 40 km

Mercredi. Avant de me lever, j’entends déjà les petites mouches danser entre ma tente et mon double toit. Je ne suis donc pas très encouragé à sortir de ma tente, mais il le faut. Le lever de notre petit groupe est prévu pour 7 h 30, tandis que Roger et Jacinthe préfèrent relaxer davantage ce matin.

Vers 9 h 30, nous partons. Le soleil se fait très présent. Le vent aidant, le kilométrage monte rapidement, nous voulons arriver à l’Anse aux Meadows le plus tôt possible.

Le paysage est différent, les arbustes sont très petits ou même absents sur les collines, puis rapidement on commence à voir des icebergs. Quel spectacle que de les observer à vélo ! On réussit à avoir un pouce pour les dix derniers kilomètres avec la petite-fille de M. Georges Decker, celui qui a conduit les archéologues aux vestiges vikings.

Le centre d’accueil est très intéressant. On y voit une exposition de petits objets vikings retrouvés sur le site, dont une broche pour attacher les manteaux et des clous confectionnés à la manière des Vikings du 11e siècle en Islande. Ni les Esquimaux ni les Indiens n’utilisaient ces objets. Nous dînons sur le bord de la mer juste en face de nombreux icebergs.

Après le dîner, nous visitons des reproductions des habitations vikings, dont une fonderie près d’une rivière qui prouve que les objets de métal étaient bel et bien fabriqués ici même.

Après notre visite, nous sommes plus ou moins tentés de revenir par la même route, surtout que le vent est assez fort. Nous nous dirigeons vers le quai du village pour essayer de trouver un pouce en bateau jusqu’à Cape Onion, ce qui diminuerait considérablement la distance à parcourir. L’idée est assez saugrenue, si bien que j’avais dit à Réal de penser à des choses plus sérieuses. Mais Diane se dirige tout droit vers deux pêcheurs pour leur demander un bateau et, surprise, ils acceptent sans hésiter. Dans 20 minutes, nous devons être au quai. Nous en profitons pour visiter le petit village de l’Anse aux Meadows (100 habitants). Nous sommes à l’heure au rendez-vous. Nous embarquons les vélos à bord du « Sharky » et nous voilà navigant entre les glaciers en direction de Cape Onion.

C’est comme un rêve pour nous trois de nous voir dans ce petit bateau avec deux jumeaux comme capitaines. L’un d’eux nous dit que la saison de pêche est désastreuse, n’ayant pas encore commencé à la fin juillet en raison des trop nombreux glaciers. Je prends quelques photos de glaciers. C’est merveilleux !

Puis, la mer devient plus houleuse, je me mets alors à penser aux nombreux marins morts noyés dont j’ai vu les tombes au cimetière la veille. Mais le temps est bon. Oups ! Un coup de vent et je perds ma casquette à l’eau. Le capitaine opère un demi-tour pour la récupérer.

Arrivés au village de Cape Onion, nous prenons la route de terre qui nous mènera 14 kilomètres plus loin au camping de Pistolet Bay. J’ai regardé tout au long de la route pour essayer de voir un orignal, mais malheureusement je n’en ai pas vu.

Arrivés au campement vers 19 h 30, nous préparons rapidement le riz indien. Les moustiques déclenchent une attaque en règle, nous devons abdiquer, nous décidons de manger tous les trois dans la tente. Nous décidons de nous coucher tôt ce soir, car nous nous lèverons tôt demain. Réal et moi sommes à peu près sur le point de nous coucher, mais Diane nous surprend tous les deux. Sa journée n’est pas terminée, elle veut se baigner au lac avant de se coucher. Ni Réal ni moi n’avions la force de l’accompagner. Le vent souffle fort, on peut entendre de nos tentes son bruit sourd venant de loin. Bonsoir.

Jean-Pierre

Pistolet Bay > St-Anthony (Anse-aux-Meadows) – 25 km

Mercredi. Étant donné l’heure tardive à laquelle nous sommes arrivés à Pistolet Bay hier, Roger et moi décidons de dormir plus longtemps que les autres. Vers midi, nous nous mettons en route vers l’Anse aux Meadows. Le gardien du camping passe près de nous avec son camion et offre de nous conduire à la fin de la route de gravelle. Nous acceptons avec joie, tout heureux de nous sauver de ces neuf kilomètres sans même l’avoir demandé. En pédalant vers St-Lunaire, nous laissons nos bagages près d’un petit lac, prévoyant nous lever tôt demain afin d’attraper notre pouce d’hier pour le retour. Nous savons qu’il quitte la région vers 7 h.

Très heureux de ne plus avoir de bagages, nous profitons pleinement du trajet. Il y a plusieurs côtes et le vent ne nous aide pas tellement, mais nous avons l’impression d’être dans un autre monde. Il fait beau. Il y a un ciel bleu comme nous n’en avons pas vu depuis longtemps et un soleil qui réchauffe jusqu’aux os (les nôtres sont tellement humides !). Ça fait du bien.

St-Lunaire. La route serpente entre de petites collines rocheuses recouvertes de lichens aux différents tons de vert. On dirait que tout le village est dehors pour profiter du beau temps. Nous croisons des tas de gens au passage. Ça et là s’ouvrent de petites baies où se prélassent les icebergs. Que de contrastes : le soleil de plomb, les gens en costume de bain et les icebergs éclatants de blancheur.

À tout moment, nous nous croyons arrivés. Mais non, l’Anse aux Meadows est toujours plus loin. Enfin, nous mettons pied à terre et retrouvons nos trois amis. Eux terminent la visite alors que nous la commençons. Au moment où Réal passe la porte pour quitter le centre, un drôle de bruit facilement reconnaissable attire son attention. Le pneu arrière de Roger se dégonfle. Réal cherche Roger pour l’en aviser et tente de réparer la crevaison. Tout semble sous contrôle. Nos amis nous quittent et nous poursuivons notre visite. Avec intérêt, nous entrons dans le monde des Vikings et nous laissons imprégner par la magie des lieux. Nous prenons notre temps. Un vent froid souffle de la mer. Je m’imagine le froid, la faim, le dur travail pour assurer sa subsistance…

Il faut pourtant prendre le chemin du retour. Mais… Roger découvre que la réparation n’a pas tenu, et que le pneu est à nouveau à plat. Je me sens nouille. J’ai oublié la pompe et la trousse de réparation à l’endroit où nous avons laissé nos bagages. Tristement, nous faisons un bout de chemin à pied. J’ai l’impression d’être au bout du monde, et d’en être prisonnière. J’avais tant voulu venir à l’Anse aux Meadows. Serait-ce que maintenant, je n’en pourrais plus partir ?

Sur la route, nous rencontrons un homme à l’allure un peu étrange, mais sympathique. Il nous baragouine quelque chose dans un langage que seuls les initiés peuvent décoder. Le seul mot que je réussis à comprendre est « pump ». À grands renforts de gestes, nous finissons par saisir qu’il en a une chez lui. Nous le suivons. Deux « pick-up » se pointent alors à l’horizon de cette route jusqu’à présent déserte. Voilà notre chance ! Je m’élance, manque le premier, mais réussis à arrêter le second.

Le conducteur est extrêmement sympathique et loquace. Quelques mètres plus loin, il fait aussi monter deux pouceux qui veulent aller à la 430, deux écossais. Le camion est plein. Deux personnes dans la boite, avec les sacs-à-dos et les vélos, deux autres à l’avant, avec le conducteur. Nous arrêtons au petit lac. « Il y a trop de mouches ici », dit notre conducteur. « Venez donc à St-Anthony avec moi ! »

St-Anthony. Nous n’espérions pas pouvoir y mettre les pneus. En deux temps trois mouvements, nous embarquons nos bagages. Les Écossais sont largués à l’embranchement de la 430, et nous voilà en route pour St-Anthony !

Jacinthe

En cours de route, le conducteur nous parle de sa ville. Il nous dit entre autres que M. Grenfell était un médecin célèbre qui a amélioré les conditions de santé des Terre-Neuviens. L’arrivée en ville est marquée par un certain choc culturel. Pour la première fois du voyage, nous rencontrons une lumière rouge. Il y a aussi un grand centre d’achats, un hôpital et un magasin où l’on répare les vélos. En fait, le conducteur (pour ne pas dire notre hôte) nous fait faire une visite guidée. Un musée, un hôpital, une statue, une pierre tombale et des drapeaux sont érigés en l’honneur du fameux docteur Grenfell. Le conducteur nous laisse au centre-ville. Après la réparation de la crevaison de Roger, nous dressons la tente à la Fishing Point, une pointe de toundra avec vue d’un côté sur les glaciers de l’Atlantique et de l’autre sur la baie autour de laquelle est bâtie la ville. Paysage paisible et enchanteur.

Comme il fait maintenant noir, qu’il n’y a pas d’eau potable à proximité, que nous n’avons pas de vache à eau, que nous sommes fatigués et qu’il est déjà 22 h, nous allons manger du poulet frit en ville pour souper. Le serveur veut connaître notre opinion sur l’indépendance du Québec. Endormissement paisible.

Roger

Port au Choix > Brig Bay

Mercredi. Il fait soleil, wow ! Devant nous, juste à l’extérieur de la tente, des fleurs dansent au vent et les sternes virevoltent toujours au large à la recherche des poissons. Une marche le long de la côte nous permet de découvrir des archéologues en pleine action. Ils sont à la recherche de vestiges des Indiens archaïques ou des esquimaux dorset. On nous présente les artefacts récoltés depuis le début de la journée : petits couteaux, lances, lames. Tous semblent s’amuser à gratter, à creuser, à trier.

Notre destination d’aujourd’hui est Plum Point. L’heure est déjà tardive, 16 h, et nous sommes toujours à Port au Choix. Tout à fait par « hasard », on rencontre devinez qui ? Oui, oui, M. et Mme House, qui s’empressent de nous mener à bord de leur « pick-up » jusqu’à dix kilomètres de Plum Point. Quel heureux hasard ! Est-ce réellement un hasard ? Avant Plum Point, on arrête au parc provincial de Three Mile Pond. Lyette brave le vent glacial et le soleil incertain en se baignant dans l’étang. Les maringouins voraces ajournent notre séjour dans ce parc.

La journée se termine par un repas au riz mexicain et fines herbes agrémenté de crevettes de Port au Choix ainsi que d’une soupe aux crevettes.

Alain