Lac Morin

> 100 km, jeudi.
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Départ selon le même horaire qu’hier, avec une variante : quelques gouttes de pluie pendant que je range l’intérieur de la tente. Aujourd’hui s’annonce très semblable à hier, à l’exception des quelques gouttes sans conséquences au matin. Donc, grand vent de face, c’est comme monter une côte de 100 kilomètres. Intense.

En route, je dois faire quelques petits ajustements au vélo : resserrer le porte-bagages avant, ajuster la tension d’un câble de dérailleur et retirer un caillou qui bloque une pédale.

Le cycliste du jour semble être un malheureux. Ce jeune homme, qui ne se lave sûrement pas souvent, a un vieux sac de couchage enroulé autour de la barre horizontale du vélo, monte les côtes à pied et a passé la nuit dans les toilettes des femmes. Souhaitons-lui de reprendre pied… 

En approchant d’une zone de travaux, un camion est arrêté : un de ses pneus est complètement déchiqueté, le conducteur attend du secours, peut-être de Montréal. Je contourne le camion, mais un véhicule arrive et je tente de revenir sur l’accotement en évitant un cône orange. Je n’évite pas le pare-chocs du camion. Chute sans gravité, je brise un porte-bouteilles. Zut !

Il faut quand même passer la zone de travaux. Le trajet des voitures est mouillé pour éviter la poussière, je passe surtout de l’autre côté des cônes. Plus loin, une équipe pose l’asphalte, c’est une circulation alternée derrière un véhicule d’escorte. Quand j’arrive, le signaleur bloque les autos le temps que je passe. Merci ! Le fonctionnement est le même lors d’un plus petit chantier en après-midi.

Il reste que le paysage est monotone, à l’exception du chapelet de jolis lacs, et que le vent rend chaque tour de pédale difficile même s’il fait très beau. Je dîne relativement tôt, à la Rivière des Outaouais. Bon choix, car ensuite, je ne trouve plus d’arrêt intéressant.

Autre enjeu : l’eau potable. Il n’y en a pas eu depuis Le Domaine, hier après-midi, je n’ai jamais trouvé de source, alors j’économise mes maigres ressources. Comme ce n’est pas trop chaud, environ 20°, ça va. 

J’arrive à un dernier poste d’accueil, à la fin du parc. Les préposés me remplissent une bouteille et me suggèrent de camper au Lac Morin. Le site est désaffecté, gratuit, et offre une splendide plage, mais est envahi de déchets. Même s’il est tôt, ce sera ici ce soir.

Quand j’y arrive, un couple danse et s’embrasse près du lac. Je les laisse à leurs amours et je m’installe. Après leur départ, je plonge dans le lac avec mes vêtements de vélo, question de laver tout ça. Au pied de ma corde à linge, de délicieux bleuets. Miam ! Popote, journal, tout est expédié rapidement. À 19 h 45, tout est fait, j’ai le temps de charger les photos et de faire quelques corrections au journal. Longue nuit fraîche et sèche en perspective. 

Km jour : 100,7
Km total : 481
Temps : 7:47
Maximum : 42
Moyenne : 12,9
Heures : 6 h 45 / 16 h 20

Lac Rapide

> 125 km, mercredi.
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Je souhaitais partir tôt, c’est un succès aujourd’hui : debout à 5 h 30, je suis en route à 6 h 45 pour reprendre le rythme vélo. C’est encore confortablement frais, mélange de soleil et de nuages pour la journée. La douce brise du matin forcit, et sans pause il me faut lutter contre un solide vent de face. Ma vitesse moyenne est bien en dessus de la moyenne.

Au moins, c’est simple côté cartographie : route 117, point. Désormais, il me faut gérer la circulation : elle est rapide et composée en grande partie de camions et de camionnettes, qui remorquent souvent roulottes et bateaux, mais les conducteurs sont remarquablement courtois. Il y a un large accotement, généralement en bonne condition mais parfois couvert de sable, de gravier ou de débris, ce qui m’oblige à rouler avec les voitures ; je fais de même lors des descentes rapides. Il y a aussi des bandes rugueuses médianes et latérales à considérer. Bref, la conduite demande de la vigilance.

Avant le Parc de La Vérendrye, quelques bâtiments et le village de Grand-Remous, installé autour d’une chute de la rivière Gatineau. C’est le temps de faire le plein d’eau et d’acheter un tout petit complément de bouffe. Je n’arrête pas à la jolie chute Quinn, que je connais déjà : je préfère rouler.

J’entre dans le Parc peu après 9 h 30. Pour le paysage, c’est essentiellement une route qui serpente, monte et descend entre deux murs de conifères sur des kilomètres et des kilomètres. De temps en temps, un joli lac sauvage s’offre à la vue. 

J’espère arriver au Chutes Roland pour manger, j’y suis enfin peu avant 13 h. Elles sont magnifiques sous le soleil. Comme l’endroit est prisé, il y a du monde. En particulier, un couple venu de Timmins, Ontario, a des vélos sur sa voiture. Ils m’offrent de petites tomates savoureuses et une poignée de cerises. Miam ! Il y a aussi un plus jeune couple avec deux adolescentes : Émilie et Michael, ainsi que Marianne, 15 ans, vont conduire Malorie, 13 ans, pour un camp de gymnastique d’une semaine. Famille sympathique et curieuse.

Je reprends la route, moins vallonnée mais tout aussi venteuse. Pause à l’aire de services Le Domaine pour refaire le plein d’eau potable, un besoin vital.

Je croise le cyclotouriste du jour, en fait le seul cycliste depuis l’entrée dans le Parc – il y en avait un le matin, et c’est tout. De retour de la Baie James, Fred cumule les kilomètres sur un vieux Mikado, un vélo classique de cyclo. Un vrai de vrai.

La journée achève, mon corps a besoin de repos. Le camping Lac Rapide offre maintenant un accueil ajusté aux cyclistes. Le site est parfait, au bord d’une baie de l’immense réservoir Cabonga, j’entends les huards en écrivant – mais aussi les voitures… 

Je m’installe, je mange, j’écris, et à 21 h 30 tout est accompli. Je prévois sortir du Parc dès demain, une grosse commande puisque le vent sera de retour et l’eau à trouver – si la source annoncée est toujours disponible, ce serait parfait. En attendant, dodo !

Km jour : 125,5
Km total : 380
Temps : 9:02
Maximum : 45
Moyenne : 13,9
Heures : 6 h 45 / 18 h 45
Camping : 20 $

Lac Gatineau

> 15 km, mardi.
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Encore une nuit à l’hôtel, lever vers 8 h 30. C’était confortable, mais c’est probablement la dernière ici : l’appareil photo est arrivé à Mont-Laurier et sera livré aujourd’hui ; normalement, la roue devrait être là dans la journée. En attendant, il fait et fera très chaud – prévision 31° thermomètre -, il y a des risques d’orages et de tornades dans le sud du Québec et le ciel est brouillé par la fumée des incendies, même si l’odeur n’est pas perceptible.

Matinée tranquille, à lire un peu. Je quitte la chambre vers 11 h 30, toujours en attente des livraisons. Je dîne dans la salle à manger en compagnie de quelques employés. À 12 h 45, mon téléphone sonne ; 10 minutes plus tard, je suis à la boutique. Danny installe les composants requis – pneu, chambre à air, disque de frein – pendant que je déballe l’appareil photo. Voilà que tout est revenu à la normale, je pourrai reprendre la route. 

En revenant à l’hôtel, je retrouve Robert qui est près du chemin avec son quadriporteur. J’ai l’occasion de mieux discuter avec cet homme qui a fait sa vie à force d’initiatives éclairées. En particulier, il a mis sur pied un service de livraison maintenant concentré sur le médical très utile dans la région. Il est de très agréable compagnie malgré deux AVC qui l’ont laissé handicapé.

De retour à l’hôtel, je me prépare soigneusement et je suis sur la route vers 15 h. Bien sûr, je sécurise l’appareil photo à la lumière des dernières expériences. Il ne pourra plus tomber jusqu’à la roue, mais je ne pourrai plus m’en servir en roulant. C’est préférable ainsi.

Aujourd’hui, il flotte un petit air d’apocalypse : le temps est très brumeux, le soleil est orangé, il y a maintenant une odeur de fumée et il fait trop chaud. Changements climatiques, feux et canicule, c’est une situation désagréable et inquiétante. Il faut en plus me réhabituer à côtoyer la circulation d’une grande route, heureusement sur de larges accotements assez propres.

Je choisis de ne pas aller très loin. Le camping du Lac Gatineau est à quelques kilomètres, des orages sont possibles en soirée, alors c’est ma destination. Sur place, j’hérite d’un cher coin de terrain à l’ombre mais sans rien, l’eau n’est pas potable, le bruit de la circulation est omniprésent et il faut payer pour la douche. Mémorable, pour de mauvaises raisons.

Je monte la tente en vitesse pour échapper aux bibittes, à la pluie qui semble s’approcher et pour écrire un peu. Vers 18 h, il y a du tonnerre et il fait presque nuit ; dehors, le ciel est d’un jaune inquiétant. La pluie commence… puis s’arrête après quelques gouttes. Tout ça pour presque rien.

Je peux tranquillement aller manger sur une table près du lac, puis je reviens à ma tente puisque la douche est occupée. Comme il est tôt, pas de problème pour attendre. Après la douche, dodo dans une tente à 28° et avec les bouchons d’oreilles, car les véhicules sont vraiment bruyant. Je souhaite partir tôt pour bien profiter de la belle journée qui s’annonce demain. Parc La Vérendrye, me voici !

Km jour : 13,7
Km total : 254
Temps : 0:57
Maximum : 33
Moyenne : 14,3
Heures : 15 h 00 / 16 h 10
Camping : 41$

Mont-Laurier 2

8 km, lundi.
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Levé à 7h45, je prends mon petit déjeuner à l’hôtel et après 6 minutes de vélo je suis à la boutique. Bien sûr, nous commandons une roue neuve qui devrait arriver d’ici deux jours – espérons demain. Donc, une deuxième nuit à l’hôtel. J’y reviens alors que tombent quelques gouttes sans conséquences.

Ensuite, je commande un nouvel appareil photo qui devrait arriver à la boutique de vélo d’ici deux jours – espérons demain. Le site de commande n’est pas si coopératif, mais ça finit par fonctionner. En attendant, il me reste le téléphone pour prendre quelques photos. Comme le radar météo voit venir une bonne averse, je reste sagement à ma chambre jusqu’au dîner.

Quand la pluie se termine, je pars marcher un peu. Il y a deux petites îles habitées sur la Rivière du Lièvre, et un parc sur l’Île Bell, mais c’est un petit parc avec quelques bancs et des balançoires. En revanche, j’y croise Robert sur son quadriporteur. Retraité et hémiplégique, il habite ici depuis des décennies et aime son coin. De retour à l’hôtel, une famille de Bretagne arrive. Ils profitent bien de leur voyage au pays. De mon côté, petite pause – sieste…

En fin d’après-midi, lentement et prudemment, je me risque à une balade vélo aux alentours sous la chaleur de la fin de l’après-midi. Je retrouve la Rivière Lièvre, une maison de mon enfance et mon école primaire de l’époque, les chutes, un joli sentier en pleine ville. 

Retour à l’hôtel. Afin de cuisiner mon souper, j’ai besoin d’un contenant pouvant aller dans le four à micro-ondes. La réceptionniste m’en prête un, et nous engageons la conversation plus avant. Technicienne en éducation spécialisée, Emmanuelle a surtout travaillé dans des organismes communautaires et s’intéresse aux jeunes. Comme c’est une partie importante de ma vie, c’est très intéressant.

Après le repas, petite marche de l’autre côté de la rivière, miroir en cette fin de journée. C’est ensuite le temps de compléter en musique un journal différent de ce que j’aurais imaginé, un journal de l’attente.

La soirée se termine en revoyant la vidéo Canada vertical qui relate une aventure plein air épique à laquelle avait participé Jacob, rencontré en Gaspésie il y a quelques années : la première traversée nord-sud du Canada à force humaine (ski, canot et vélo), 7600 km sur 8 mois, de l’île d’Ellesmere jusqu’à la pointe Pelée (Ontario). Ça aide à relativiser les défis que je me lance. En attendant, une autre nuit confortable s’annonce.

Km jour : 8,2
Km total : 241
Temps : 0:46
Maximum : 20
Moyenne : 10,7

Mont-Laurier

> 20 km, dimanche.
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Excellente nuit, à peine moins fraîche que la précédente. Je m’étais couché tôt, je me réveille une bonne demi-heure plus tard alors que la journée s’annonce à nouveau superbe. 

La piste est pratiquement déserte : je croise un chevreuil, deux cyclistes et un quatre-roues égarés. C’est un tunnel vert et lumineux, avec parfois des parois de roche de chaque côté. Il faut quand même surveiller, car elle est souvent abimée. Je prends une pause petit déjeuner au village Lac-Saguay. Pas d’eau disponible, mais j’ai ce qu’il faut pour me rendre à la source de Lac-des-Écorces.

Soudain, un nième gros cahot expulse mon appareil photo de sa pochette, qui se retrouve plié en deux dans les rayons de la roue avant. Bilan : au milieu du bois, un appareil photo détruit, trois rayons cassés et un vélo inutilisable. Je commence par récupérer les débris : la carte mémoire est là, mais la batterie a pris le bois. Heureusement, je suis intact, mais un peu mal pris. Bon. Que faire ?

La réponse arrive sur deux roues. Infirmière cadre dans un hôpital régional et maman de deux jeunes enfants, Audrey-Anne habite Rivière-Rouge et profite du beau temps. Sa voiture est à Lac Saguay. Elle pédale jusque là, puis reviens me prendre alors que je marche à côté de mon vélo handicapé vers puis sur le chemin Guénette. Direction Mont-Laurier en excellente compagnie afin de dénicher une roue ou, au pire, de la faire réparer. 

Mais nous sommes dimanche : les boutiques de vélo sont fermées, il ne reste que Canadian Tire qui n’a que ses vélos, mais pas de roues ni de rayons. Il faudra attendre à lundi, 9 h. Camper en centre-ville devant la boutique n’est pas une option intéressante, je me retrouve donc à l’hôtel en compagnie de mon vélo. Il est 11 h 30. Merci, Audrey-Anne : aujourd’hui, tu as été un ange, mon ange.

Il y a quand même des avantages à la situation : douche, lavage, recharge d’appareils et connexion Internet sont vraiment utiles. Si la plupart des commerces sont fermés, il reste l’épicerie… à environ une demi-heure de marche dans chaque sens sous 28°. Je prends le risque d’y aller avec mon vélo, lentement et sans charge à l’avant : succès. J’ai maintenant ce qu’il me faut pour me rendre à Senneterre, à environ 300 km d’ici.

Ce n’était pas le plan, mais comme j’ai accès à l’électricité et à Internet je peux mettre en ligne les premières pages du journal, ce qui occupe bien mon temps avant et après le souper pizza à un resto voisin – pas beaucoup d’options aux alentours…

Bien sûr, j’appelle mon ami Jean-Pierre, qui fête demain son anniversaire. Plus tard, avec mon frère Gaétan, toujours de bon conseil, nous discutons entre autres du remplacement de l’appareil photo.  

Avant le dodo, je prépare mes sacs pour être fin prêt demain matin. Ce sera une nouvelle aventure après une nuit confortable.

Km jour : 19,2 + 3,7
Km total : 229 + 232
Temps : 1:11 + 0:20
Maximum : 26
Moyenne : 16,2

Lac-Saguay

> 110 km, samedi.
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Nuit calme et froide, 12° dans la tente ce matin : j’ai apprécié mon chaud sac de couchage. Levé peu avant 6 h, je suis en route peu après 7 h. Je garde un peu mon polar puisque c’est encore froid, mais il fait un temps magnifique.

Au début, je suis presque seul. La piste traverse une dernière fois la Rivière du Nord, ici torrent, puis ça monte doucement avant une descente de près de 15 kilomètres autour de Saint-Faustin. 

Nous approchons de Mont-Tremblant et du très joli et touristique lac Mercier. Ici, il y a du monde : cyclistes de tout acabit, coureurs, marcheurs, patineurs, et autres. En restant vigilant, ça va bien.

Une toute jeune femme immobile contemple un chevreuil peu timide qui se régale à proximité. Pour aujourd’hui, c’est mon troisième sur quatre.

En arrivant à Labelle, j’ouvre mon téléphone pour indiquer à mon cousin René que je m’approche, mais comme prévu il a des visiteurs – ce sera pour une autre fois. J’ai aussi un appel de ma cousine Martine, qui sera au Lac-St-Jean en même temps que moi. À suivre.

Après Labelle, ça se calme sur la piste. Il y a des sections plus agricoles et le kilomètre 100 depuis Saint-Jérôme. En fin d’avant-midi, il y a un haut pont qui surplombe la Rivière Rouge et deux groupes de cyclistes qui s’y croisent par hasard. Je me propose pour prendre une photo de famille, habituellement plus satisfaisante que le traditionnel égoportrait. La conversation commence. Jean-Charles, en particulier, aimerait bien partir pour de longs trajets sur deux roues. Bel échange.

Alors que cette troupe reprend la piste, quelques canots passent le rapide sous le pont, puis arrive René qui achève une belle boucle sur deux roues. Enseignant, il se déplace à l’année sur son vieux vélo. Un autre passionné.

À la sortie du pont, quelques tables, il est temps de manger. Je me joins à trois jeunes femmes qui adorent leur premier voyage à vélo. Amies au secondaire, colocs pendant les études, Mélissa, Raphaëlle et Maïa entrent avec un certain vertige dans la vie professionnelle, mais y apportent leurs valeurs et leurs idées du monde dans lequel elles souhaitent vivre. Une autre très belle rencontre.

Maintenant, il est temps de rouler. J’avance tranquillement sur une piste souvent détériorée. En passant à Rivière-Rouge, je ne remplis pas mes gourdes car l’eau n’y est pas potable. C’est en arrivant à Nominingue que je trouve de l’eau.

Il y a aussi un dernier chevreuil, un pont et plein de gens qui batifolent à la plage en dessous. J’arrête, un homme est là et la conversation est lancée. Reynald, retraité, a décidé de se remettre en forme après un infarctus. Il est vraiment sympathique, c’est bien agréable. Roger et Michael, deux de ses amis, arrivent, ce qui relance la conversation. Il faut quand même repartir.

Au village, une petite équipe prépare le spectacle de ce soir. Sur scène, une femme à la guitare, ses trois filles de 9 à 14 ans environ chantent avec elle. Un homme gère le son avec une tablette, un autre sera sur scène ce soir mais sa guitare a un petit problème à régler. Ça s’annonce très bien comme spectacle, mais la route m’appelle.

En s’éloignant de Nominingue, il n’y a plus personne. Il y a quelques sites intéressants pour camper, mais il est tôt. Peu après 17 h, un site magnifique, semi-aménagé, près d’un lac sauvage. Ce soir, ce sera ici. 

Rien n’est parfait, on dirait. Les variations sur le thème du moustique abondent. Je cuisine rapidement avec polar, pantalons et moustiquaire, puis je me réfugie sous la partie moustiquaire de ma tente pour écrire à la clarté. Quelques cyclotouristes passent mais ne s’arrêtent pas.

21 h 15, tout est complété, la nuit n’est pas encore tombée mais la fraîcheur s’annonce. Le ciel est parfait.

Km jour : 109.8
Km total : 209 
Temps : 6:43
Maximum : 29
Moyenne : 16,3
Heures : 7 h 10 / 17 h 10

Sainte-Agathe

Rivière du Nord

> 100 km, vendredi.
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Grand départ pour un projet un peu fou. Chibougamau, c’est loin, mais je n’y étais jamais allé. Go pour une boucle d’environ 2000 kilomètres !

J’avais prévu partir hier, mais c’était le déluge alors que le beau temps s’installe pour quelques jours à partir d’aujourd’hui. Et pour le moment les nombreux feux qui dévastent le nord du pays ne menacent pas mon itinéraire. À suivre.

Je ne pars pas très tôt. Je me lève tard, et il reste quelques préparatifs. En particulier, je vide mon frigo dans mes bagages. C’est donc pas mal lourd. Les premiers tours de roues sont un peu instables, le temps de renouer avec cette conduite différente. 100 m, et c’est réglé.

Je prends d’abord le boulevard Gouin, puis je traverse Laval jusqu’à Ste-Rose, essentiellement sur pistes cyclables. Facile. À Rosemère et Sainte-Thérèse, c’est plus compliqué, mais je rejoins finalement la première partie de la piste du Petit Train du Nord.

Ici, elle longe plus ou moins la voie ferrée toujours utilisée, souvent sous les arbres. Je dois prendre une pause technique, car le support du garde-boue commence à frotter sur la roue arrière. C’est corrigé rapidement.

À Saint-Jérôme, il faut marcher pour rejoindre le kilomètre 0, car un spectacle est en préparation pour ce soir. Je reconnais la musique de Robert Charlebois. Ça risque d’être bien bon, mais je serai déjà ailleurs. 

J’ai déjà 54 kilomètres au compteur, et ça va très bien. Je replace la chaîne du vélo d’une jeune femme – plus facile avec des gants. À partir du Chemin des Hauteurs, la piste est en poussière de roche, ce qui est moins confortable et rapide. À Prévost, les travaux de pavage sont bien avancés, c’est tout neuf et bien agréable. À la gare, une femme fait des étirements un peu acrobatiques. Mélanie est pharmacienne en milieu hospitalier et adore son travail, mais est aussi férue de randonnée et s’intéresse aux valeurs. Belle pause.

Je retrouve la poussière de roche, mais aussi la Rivière du Nord qui magnifie le paysage. De plat en faux plat, ça monte pas mal et il y a du monde qui se déplace par toutes sortes de moyens.

Au kilomètre 36, changement radical d’ambiance : c’est Val Morin. la piste longe le Lac Raymond, haut lieu de villégiature. C’est très beau, même si j’ai parfois le soleil en plein visage, mais ce n’est pas un endroit pour y planter ma tente. 

Un peu plus loin, en arrivant à Sainte-Agathe, il y a un emplacement convenable avec un banc et à proximité de la rivière et de ses rapides. Il est grand temps. Je mange, je monte le camp et je fais deux appels. Il est 23 h 30, trop tard pour écrire. Dodo !

Km jour : 100,0
Km total : 100 
Temps : 6:56
Maximum : 32
Moyenne : 14,4
Heures : 11 h 30 / 20 h 20

Le Nord à vélo – été 2026

Projet un peu fou, peut-être : une boucle d’environ 2000 kilomètres dans la forêt, loin des villes mais près de la nature. À partir de Montréal, le plan est de passer par Senneterre, Chibougamau, le Saguenay-Lac-Saint-Jean avant de revenir à la maison. Comme toujours, il y aura des imprévus : dès le jour 3, j’ai été immobilisé. Mais l’aventure se poursuit.

C’est un plaisir d’écrire et aussi d’être lu. Merci de votre intérêt.

Sainte-Agathe
2026-07-10 – 100 km

Lac-Saguay
2026-07-11 – 110 km

Mont-Laurier
2026-07-12 – 20 km

Mont-Laurier 2
2026-07-13 – 8 km

Lac Gatineau
2026-07-14 – 15 km

Lac Rapide
2026-07-15 – 125 km

Lac Morin
2026-07-16 – 100 km

Lebel-sur-Quévillon
2026-07- 17 – 155 km

Lebel-sur-Quévillon 2
2026-07-18 – 2 km

Waswanipi
2026-07-19 – 135 km

Chibougamau
2026-07-20 – 115 km

Lac-Ashuapmushuan
2026-07-21 – 120 km

Saint-Félicien
2026-07-22 – 105 km

Lac-à-la-Croix
2026-07-23 – 70 km

La Baie
2026-07-24 – 105 km

De Lyon à la maison

> Aéroport >>> Montréal – 35 km
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Lundi. Comme d’habitude, je me lève quelques minutes avant que sonne mon alarme. Une heure plus tard, je suis en route. Ce matin, il fait beau et frais, c’est donc très confortable. Aussi, l’itinéraire est simple et l’algorithme ne m’a préparé aucune mauvaise surprise.

Au début, je traverse un long chantier, mais qui laisse une place aux vélos, puis je profite de bonnes pistes cyclables. Le dernier tiers du trajet est sur une route assez passante et sans accotement, alors mon clignotant rouge reprend du service. J’arrive sans encombre après 21 km et 1 h 45 de trajet.

L’aérogare est moderne et lumineuse avec ses grands murs vitrés. Le comptoir d’information me donne une pièce en plastique pour déverrouiller un chariot, puis je m’installe dans un coin plus tranquille pour tout mettre en sacs, une affaire de 45 minutes. C’est l’heure d’enregistrer mes bagages, sans aucune difficulté. Quand je ramène la pièce de plastique, la dame est toute étonnée : ça n’était jamais arrivé.

Peu après, je rencontre Gilbert, québécois d’origine africaine, et nous restons ensemble pour la suite des étapes, soit une bouffe d’aéroport, la douane, les contrôles de sécurité et l’attente avant l’embarquement. Il est de très agréable compagnie, alors le temps passe vite et bien.

À l’appel de ma section, je me dirige vers l’avion et mon siège. Je suis avec Sarah, qui revient à la maison avec son conjoint et leurs trois enfants après trois semaines dans leurs familles en France et des vacances en Corse. Traductrice dans le milieu artistique, vivant sans voiture, intéressée aux enjeux de société et de langue, nous avons beaucoup de sujets intéressants pour nos échanges.

Après le repas d’avion – c’est encore pire qu’un repas d’aéroport -, je fais une sieste assez inconfortable mais nécessaire. Je réussis à mettre le journal à jour juste avant que l’avion amorce sa descente vers un Montréal pluvieux.

Nous touchons le sol alors que les fenêtres se couvrent d’une pluie abondante. L’avion s’immobilise au milieu de rien, et nous attendons plusieurs minutes qu’une passerelle soit installée. C’est un autobus qui nous mène à une entrée de l’aérogare et à une longue marche dans un dédale de corridors. Contrairement à nos craintes, les formalités se font rondement, avec une attente minimale. Je trouve un petit coin un peu plus tranquille pour remettre mon vélo sur ses roues.

Quand j’émerge à l’extérieur, c’est gris et froid, mais la pluie est très faible. Je rejoins la piste cyclable de l’aéroport, puis celle de la rue Donegani que j’utilise pour aller travailler.

Agréable surprise : la piste cyclable très détériorée du boulevard Des Sources a été élargie et repavée. J’arrive chez moi sans encombre, mais il est déjà 19 h 40, soit 1 h 40 du matin dans mon corps. Comme prévu, ma maison n’a subi aucun dommage lors des pluies torrentielles des dernières semaines.

Je passe rapidement à l’épicerie, et en soirée j’appelle ma sœur – décalage oblige, j’ai quelques ratés dans la séquence des idées… Je me couche à l’heure habituelle afin de reprendre rapidement pied dans ce fuseau horaire. Bonne nuit en perspective, rêves de voyage à prévoir. Quel bonheur de pouvoir ainsi vivre et rencontrer dans notre monde !

km jour : 32,8
km total : 1335
départ / arrivée : 8 h 00 / 9 h 45 – 19 h 40 (1 h 40…)
temps déplacement : 2 : 10
vitesse moyenne : 15,2
vitesse maximale : 55

Les aléas du train

> Nevers >> Lyon – 50 km
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Dimanche. Nuit courte, mais réparatrice : je m’éveille avant la sonnerie du réveil. Si l’intérieur de la tente est préservé, le double toit est dégoulinant même si la pluie cesse tranquillement. Le temps reste gris et frais.

Au programme : rangement du campement, déjeuner, salutations, puis vélo : je suis en route à 10 h, avec une veste.

Je détricote le trajet d’hier, d’abord celui en voiture avec Paul et Grégoire, puis celui à vélo. Toutefois, je ne laisse pas l’algorithme me ramener sur l’invraisemblable détour d’hier : je reste sur les routes. C’est vallonné, toujours bien joli malgré la grisaille, agréable, mais sans aucun autre vélo.

Je rejoins une route plus importante que je laisse pour les berges de la Loire. J’arrive à la gare une bonne heure avant le train prévu, qui a même la bonne idée de se présenter quai 1, donc sans franchissement de voie – ici, c’est compliqué avec les tunnels et les escaliers.

J’entre dans le train, il n’y a pas vraiment de place. Le contrôleur essaie d’en trouver, puis me demande si j’ai une réservation vélo : comme le site Web ne le mentionnait pas pour ce trajet, je n’étais pas au courant. Je reste sur le quai. Mauvaise situation.

Je me dirige rapidement vers le guichet. Mon billet est perdu, et la préposée cherche longuement une option. Aucun trajet direct n’est disponible, il me faudra passer par Dijon avant de revenir à Lyon en ajoutant quelques heures et plusieurs Euros au trajet. À prévoir : une lettre à la SNCF, qui semble considérer les vélos comme une nuisance et l’information comme… rien.

En attendant le prochain train, un couple de cyclistes m’interpelle : François et Florence bourlinguent aussi avec vélos et étaient présents hier soir. Encore du bon monde : bonne route !

Dans le train pour Dijon, il y a une montagne de bagages hétéroclites dans l’espace vélo : un groupe de jeunes revient d’une colonie de vacances près de Toulouse. Un peu de réorganisation permet de caser mon vélo et mes sacs.

Au début du trajet, je suis avec Martine, qui marche sur des itinéraires spirituels et revient de la Via Francigena, un Compostelle italien bien moins fréquenté que son célèbre frère. Elle s’intéresse aux valeurs dans la définition de l’identité personnelle. 

Rapidement, la conversation change de direction avec les jeunes qui papillonnent tout autour. Accompagnés par leurs moniteurs récemment sortis de l’adolescence, dont une Lucie bien heureuse de sa première expérience de camp, plusieurs de ceux-ci vivent en foyers de groupe et sont très curieux et heureux d’être accueillis. Quand d’autres cyclistes arrivent, nous nous livrons à une réorganisation en règle de tout l’espace.

Tout le monde descend à Dijon, le terminus. J’ai le temps requis pour bien me préparer pour le train suivant, je réussis même à engouffrer une petite quiche de gare. 

À bord du train vers Lyon, nous sommes six cyclistes pour trois espaces vélo, c’est à nouveau un travail de collaboration qui permet de bien nous organiser. Ce dernier train est le plus confortable de tous ceux de cet été et nous dépose au cœur de Lyon vers 20 h 45. 

Au départ, j’avais penser m’installer dans un camping, mais celui de Lyon est à l’opposé de l’aéroport, et pas mal loin. J’avais donc opté pour l’auberge de jeunesse, un excellent choix dans les circonstances. J’y suis en 30 minutes, mais au moins trois heures plus tard que prévu…

Adrien, qui m’accueille et qui passera la nuit, est très sympathique. Il me propose un dortoir plus petit – bonne idée – et me donne accès à un atelier pour y sécher ma tente encore détrempée.

Je ne veille pas tard. La nuit dernière a été courte, et la journée un peu complexe. Nous sommes cinq dans notre dortoir, mais c’est un lieu de silence alors je n’aurai rien connu de mes colocataires d’une nuit. De toute façon, je tombe de sommeil.

km jour : 48,9
km total : 1302
départ / arrivée : 10 h 00 / 13 h 25 – 21 h 25
temps déplacement : 3 : 25
vitesse moyenne : 14,4
vitesse maximale : 46
auberge : 26 €