Chibougamau

> Chibougamau, 115 km
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Lundi. Comme toujours, je me lève tôt. La nuit a été la plus froide depuis le départ, il fait 8° dans la tente, encore moins dehors, et c’est très humide, même dans la tente. Je m’habille chaudement, mais mes mains sont ankylosées par le froid. Le brouillard est dense, c’est de toute beauté avec le jour qui se lève.

Je déjeune en compagnie de deux prospecteurs. Jeunes géologues venus de France et adorant vivre au Québec, Lukas et Siméon partent chaque jour en forêt pour récolter des échantillons permettant d’évaluer l’intérêt de mines potentielles. Comme c’est de l’or qu’ils cherchent, il suffit d’en trouver 25 g par tonne de minerai, mais leur sac de matériel pèse 20 kg, à trimballer hors sentier.

Je prends la route à l’heure habituelle. Au départ, je suis toujours chaudement habillé, pour une couple d’heures, et j’ai un feu rouge à l’arrière, même si les véhicules sont rarissimes. 

Le temps est beau et se réchauffe toute la journée, le vent est faible mais favorable, et la route… est égale à elle-même, soit un exercice de patience. Même si c’est un paysage sans vrai relief, il y a pratiquement toujours des montées et des descentes, alors je passe mon temps à jouer du dérailleur. 

Jusqu’à Chapais, peu à signaler, sauf la traversée de quelques rivières et un relief qui s’intensifie vers la fin. J’arrive à Chapais, première et seule agglomération du jour, peu après midi.

À l’entrée, un petit parc, une table abritée du gros soleil, c’est parfait. Une minute plus tard, un homme se joint à moi. Laurier m’avait vu arriver avec mon vélo chargé, et il en est lui même grand amateur. Dans quelques jours, il participera au Grand Tour, organisé par Vélo Québec. Il quitte, car sa conjointe pourrait s’inquiéter de son retard. Belle rencontre.

Un couple descend d’un motorisé avec deux chiens. Michel et Nathalie sont bien intrigués par mon voyage. Plus loin, après un arrêt à l’épicerie, un autre couple recharge sa voiture électrique à la borne rapide. Gustave et Élise reviennent d’un long périple et seront ce soir chez eux, à St-Félicien. Encore du bien bon monde.

Il faut repartir. Selon les conseils de Laurier et en fonction d’une météo pluvieuse pour plusieurs jours, je décide ne ne pas faire le détour vers Chibougamau, mais de bifurquer directement vers le Lac St-Jean. En attendant, il y a un bruit de frottement sur la roue arrière. J’arrête pour vérifier ce qui se passe. Contrairement à mes attentes, ce n’est pas l’ajustement du premier jour qui se serait déréglé, mais un boulon du garde-boue qui est desserré. Le problème est vite réglé. Et qui s’arrête ? Laurier, qui revient d’une petite balade de 50 km à vélo. Quel homme sympathique !

Cet après-midi, ça chauffe, et la circulation est bien plus dense, mais il reste pas mal de kilomètres et de côtes. À l’intersection des routes 113 et 167, un dépanneur/station service/motel. Comme j’en aurai pour deux ou trois jours sous la pluie pour rejoindre St-Félicien, et que je sens la fatigue après ces dures étapes, c’est ici que je passerai la nuit. Je pourrai en prime sécher – temporairement – ma tente trempée.

La chambre est encore bien moins chic que celle de Lebel-sur-Quévillon, mais ce ne sera que pour une nuit. Donc, douche, petit lavage, séchage de matériel, repas, journal, le temps passe vite. Je réussis à mettre en ligne les deux dernières journées alors que des sombres nuages, du tonnerre puis de la pluie préfigurent le programme des prochains jours. Il est 21 h 30. Dodo.

Km jour : 113,5
Km total : 886
Temps : 6 : 52
Maximum : 50
Moyenne : 16,5
Heures : 6 h 45 / 16 h 20

Waswanipi

> Waswanipi (Lac Renault), 135 km
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Dimanche. Levé à 6 h, bien avant que mon réveil sonne, je suis prêt à 6 h 30, mais la salle à manger n’ouvre qu’à 7 h. Le groupe de motocycliste est là aussi, ils rentrent en Abitibi après les vacances. Je suis en route à 7 h 30. C’est l’heure de pointe : six camionnettes de la Sopfeu passent en file.

Ce matin, c’est gris et froid, je garde même un manteau en plus du polar pendant 45 minutes, et le polar jusqu’à 14 h. À partir du milieu de l’avant-midi, il y a des percées de soleil, mais les nuages dominent. Le vent est généralement favorable, j’avance bien et je ne suis pas importuné par les insectes quand je n’arrête pas trop.

Ici, la route est une expérience. Habituellement, je vais quelque part, il y a des objectifs, des points de vue, quelque chose. Ici, rien : j’avance presque toujours dans un paysage similaire, ça monte ou descend tout le temps, il y a de longues lignes droites mais c’est tout. En général, la chaussée est récente et roulante, mais quelques sections sont plus anciennes, j’y pratique l’art du slalom entre les fissures. Pas vraiment d’accotement.

Quelques éléments brisent la monotonie : une spectaculaire et inquiétante zone brûlée ; quelques barrages de castors hyperactifs ; Miquelon et Desmaraisville, deux hameaux misérables ;  la rivière O’Sullivan, seule du jour avant Waswanipi, où je dîne assis sur une glissière de sécurité. Je ne trouve même pas de point d’eau potentiel, j’ai bien fait d’en prendre beaucoup ce matin.

À Waswanipi, village de la première nation cri, ça change. Il y a une belle rivière, c’est visiblement plus prospère, je peux faire le plein d’eau au dépanneur, il y a des gens et ils sont sympathiques, même si la langue française est inconnue ici : c’est l’anglais qui est la langue d’usage. J’ai une belle conversation avec Ronnie, 77 ans, survivant des écoles résidentielles et ancien policier, plutôt inquiet de ce qui arrive à sa terre.

Quelques kilomètres plus loin, du haut d’une bonne côte, je découvre le Lac Renault, premier de la journée. Tout à côté, le campement Mishtuk, un camp de travailleurs forestiers. Dominique, responsable – et cuisinier par défaut – achève un séjour de 60 jours avant de retourner chez lui, à Acton Vale. Il me confirme que je peux dormir près du lac, utiliser les sanitaires et une table à pique-nique. Parfait.

Peu après, un groupe de planteurs d’arbres est de retour de la forêt et des mouches. Parmi eux, Nasima, venu du Congo, est bien heureux que la journée soit terminée et me fait un excellent accueil.

Je cuisine, blindé contre les mouches, je monte la tente et m’y installe bien à l’abri pour appeler Kathleen, dont c’est l’anniversaire. J’écris et je dormirai très vite car la journée de demain s’annonce costaude : je veux arriver à Chibougamau, ou sinon à Chapais, avant le nouveau déluge annoncé à partir de demain soir. Il fait encore clair, la nuit sera froide, j’entends un ruisseau qui chante – quand il n’y a pas de voitures -, tout va bien.

Km jour : 135,5
Km total : 773
Temps : 8 : 21
Maximum : 54
Moyenne : 16,2
Heures : 7 h 30 / 17 h 15

Lebel-sur-Quévillon 2

> Lebel-sur-Quévillon 2, 2 km
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Samedi. Excellente et longue nuit, sans courbatures. Il est plus de 9 h quand je me lève. Le petit déjeuner du motel est simple mais copieux, il me fait office de brunch. La responsable m’indique que le motel sera fermé pour deux semaines à partir de demain soir, question d’accorder des vacances aux employés. Même s’il semble désert, il est habituellement bondé car utilisé par des travailleurs.

Dehors, comme prévu, il pleut à plein ciel, il fait environ 12°, tout est gris. C’est le temps de mettre à jour les photos, le journal puis le blogue, en musique bien sûr. En début d’après-midi, je profite d’une brève pause dans les précipitations pour passer à l’épicerie, je serai ainsi fin prêt pour partir demain matin. 

Donc, je passe une bonne partie de la journée à tranquillement mettre à jour le journal et le blogue, avec quelques petites marches quand la pluie cesse. C’est une journée de repos, avec un rythme bien différent de celles sur la route. J’ai quand même des voisins : plusieurs grosses motos sont stationnées au motel.

À l’épicerie, j’avais acheté un pâté. Il était bon… après avoir retiré un peu de moisissure sur le dessus. Pourtant, il était encore loin de sa date de péremption.

En soirée, j’appelle mon ami Samuel, lui qui avait déjà parcouru le trajet dans lequel je me suis lancé cet été. C’est toujours très intéressant, il est l’une des rares personnes à avoir cette expérience… et bien d’autres.

En soirée, le ciel se dégage, le vent souffle et la nouvelle lune se lève au-dessus du motel. Bien sûr, je ramasse le plus possible pour demain matin, dont la tente et le sac de couchage qui avaient eu le temps de bien sécher et de s’aérer. À 22 h 30, dodo !

Km jour : 1,8
Km total : 637
Temps : 0:08
Maximum : 25
Moyenne : 14,0

Lebel-sur-Quévillon

> Lebel-sur-Quévillon, 155 km
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Vendredi. Nuit fraîche, 10° dans la tente au matin. Contrairement à l’habitude, je n’ai pas très bien dormi : des courbatures m’ont empêché de trouver de position confortable. De plus, une voiture s’est arrêtée pendant quelques minutes à proximité. Je me lève donc un peu moins allègre. En revanche, le paysage de lumière et de brume est extraordinaire. Photos ! 

Je suis en route vers 6 h 45, comme d’habitude. Si c’est frais ce matin, le grand beau temps est là, et je n’ai plus à lutter contre le dur vent de face des derniers jours. Je quitte le Parc La Vérendrye, mais je poursuis sur la route 117 pour encore plusieurs kilomètres.

J’arrive enfin à l’intersection de la route 113 qui me guidera pour les prochains jours. Dès le départ, elle est plus agréable : beaucoup moins de circulation, doucement vallonnée, assez roulante avec un vent de dos ou de travers. Au début, il n’y a pas d’accotement, ce qui demande plus de vigilance.

À partir du Lac Tiblemont, le terrain est plutôt plat et l’accotement, souvent excellent, parfois problématique, est de retour pour le reste de la journée. En mi-journée, j’arrive à Senneterre alors que la météo reste magnifique.

C’est le moment de faire quelques mises à jour. J’achète et j’installe un nouveau porte-gourde – comme il est de qualité moyenne, il me faut bricoler un renforcement avec une sangle qui était incluse. Je passe aussi à l’épicerie et à l’info touristique, je dîne dans un parc près de la rivière Bell.

Je consulte la météo. Ouch ! Déluge prévu demain, pour toute la journée. Il est 14 h, je suis à 88 kilomètres de Lebel-sur-Quévillon. Le soleil se couche à 21 h, c’est difficile mais jouable. Il faudra forcer sur les pédales. Je pars. 

Le vent est bon, ça avance très bien, ma moyenne demeure bonne. Bon, la route demeure un peu monotone mais quand même agréable avec quelques plans d’eau qui enjolivent le trajet. En s’éloignant un peu de Senneterre, il n’y a plus aucun bâtiment. 

Soudain, sans aucune raison apparente, je commence à saigner du nez. Et ça coule ! Ça prend plusieurs minutes pour ralentir le flot suffisamment pour que le papier de toilette réussisse à limiter les dégâts. Je repars avec une narine bouchée et sanguinolente, mais il faut rouler. Après une heure, c’est enfin correct. Ouache ! 

Entre-temps, le ciel s’est couvert et la lumière est plus grise. Tiens ! Une halte routière près d’un lac. La pause est vraiment bienvenue. Je m’installe à une table, le motocycliste de la table voisine vient piquer une bonne jasette. Daniel est d’ici, il a à peu près mon âge mais pas la même forme – la cigarette n’aide pas. Il revient de visiter son père âgé à Senneterre. Nous passons une agréable demi-heure ensemble.

Il reste environ 40 kilomètres, c’est beaucoup, surtout que le relief devient plus intense. Il est temps d’arriver. Le premier motel, au bord du lac Quévillon, sera le bon. L’équipe d’accueil est constituée de quelques adolescents qui connaissent évidemment mon collègue Gaël, qui travaille à leur école. Je découvre ma chambre, moins chère et bien moins chic que celle de Mont-Laurier. Avec pareille météo, c’est quand même bien mieux ainsi.

Après la douche et un repas tout simple, j’appelle ma sœur Monique, chez qui je devrais arriver dans quelques jours. Nous nous donnons des nouvelles, nous discutons d’actualité. Au pays, les feux et la fumée sont au cœur des préoccupations, mais ne sont pas une menace immédiate pour moi. C’est toujours un plaisir de se parler, mais peu après il est grand temps de dormir.

Km jour : 154,5
Km total : 635
Temps : 9:13
Maximum : 45
Moyenne : 16,7
Heures : 6 h 45 / 19 h 45

Lac Morin

> Lac Morin, 100 km
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Jeudi. Départ selon le même horaire qu’hier, avec une variante : quelques gouttes de pluie pendant que je range l’intérieur de la tente. Aujourd’hui s’annonce très semblable à hier, à l’exception des quelques gouttes sans conséquences au matin. Donc, grand vent de face, c’est comme monter une côte de 100 kilomètres. Intense.

En route, je dois faire quelques petits ajustements au vélo : resserrer le porte-bagages avant, ajuster la tension d’un câble de dérailleur et retirer un caillou qui bloque une pédale.

Le cycliste du jour semble être un malheureux. Ce jeune homme, qui ne se lave sûrement pas souvent, a un vieux sac de couchage enroulé autour de la barre horizontale du vélo, monte les côtes à pied et a passé la nuit dans les toilettes des femmes. Souhaitons-lui de reprendre pied… 

En approchant d’une zone de travaux, un camion est arrêté : un de ses pneus est complètement déchiqueté, le conducteur attend du secours, peut-être de Montréal. Je contourne le camion, mais un véhicule arrive et je tente de revenir sur l’accotement en évitant un cône orange. Je n’évite pas le pare-chocs du camion. Chute sans gravité, je brise un porte-bouteilles. Zut !

Il faut quand même passer la zone de travaux. Le trajet des voitures est mouillé pour éviter la poussière, je passe surtout de l’autre côté des cônes. Plus loin, une équipe pose l’asphalte, c’est une circulation alternée derrière un véhicule d’escorte. Quand j’arrive, le signaleur bloque les autos le temps que je passe. Merci ! Le fonctionnement est le même lors d’un plus petit chantier en après-midi.

Il reste que le paysage est monotone, à l’exception du chapelet de jolis lacs, et que le vent rend chaque tour de pédale difficile même s’il fait très beau. Je dîne relativement tôt, à la Rivière des Outaouais. Bon choix, car ensuite, je ne trouve plus d’arrêt intéressant.

Autre enjeu : l’eau potable. Il n’y en a pas eu depuis Le Domaine, hier après-midi, je n’ai jamais trouvé de source, alors j’économise mes maigres ressources. Comme ce n’est pas trop chaud, environ 20°, ça va. 

J’arrive à un dernier poste d’accueil, à la fin du parc. Les préposés me remplissent une bouteille et me suggèrent de camper au Lac Morin. Le site est désaffecté, gratuit, et offre une splendide plage, mais est envahi de déchets. Même s’il est tôt, ce sera ici ce soir.

Quand j’y arrive, un couple danse et s’embrasse près du lac. Je les laisse à leurs amours et je m’installe. Après leur départ, je plonge dans le lac avec mes vêtements de vélo, question de laver tout ça. Au pied de ma corde à linge, de délicieux bleuets. Miam ! Popote, journal, tout est expédié rapidement. À 19 h 45, tout est fait, j’ai le temps de charger les photos et de faire quelques corrections au journal. Longue nuit fraîche et sèche en perspective. 

Km jour : 100,7
Km total : 481
Temps : 7:47
Maximum : 42
Moyenne : 12,9
Heures : 6 h 45 / 16 h 20

Lac Rapide

> Lac Rapide, 125 km
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Mercredi. Je souhaitais partir tôt, c’est un succès aujourd’hui : debout à 5 h 30, je suis en route à 6 h 45 pour reprendre le rythme vélo. C’est encore confortablement frais, mélange de soleil et de nuages pour la journée. La douce brise du matin forcit, et sans pause il me faut lutter contre un solide vent de face. Ma vitesse moyenne est bien en dessus de la moyenne.

Au moins, c’est simple côté cartographie : route 117, point. Désormais, il me faut gérer la circulation : elle est rapide et composée en grande partie de camions et de camionnettes, qui remorquent souvent roulottes et bateaux, mais les conducteurs sont remarquablement courtois. Il y a un large accotement, généralement en bonne condition mais parfois couvert de sable, de gravier ou de débris, ce qui m’oblige à rouler avec les voitures ; je fais de même lors des descentes rapides. Il y a aussi des bandes rugueuses médianes et latérales à considérer. Bref, la conduite demande de la vigilance.

Avant le Parc de La Vérendrye, quelques bâtiments et le village de Grand-Remous, installé autour d’une chute de la rivière Gatineau. C’est le temps de faire le plein d’eau et d’acheter un tout petit complément de bouffe. Je n’arrête pas à la jolie chute Quinn, que je connais déjà : je préfère rouler.

J’entre dans le Parc peu après 9 h 30. Pour le paysage, c’est essentiellement une route qui serpente, monte et descend entre deux murs de conifères sur des kilomètres et des kilomètres. De temps en temps, un joli lac sauvage s’offre à la vue. 

J’espère arriver au Chutes Roland pour manger, j’y suis enfin peu avant 13 h. Elles sont magnifiques sous le soleil. Comme l’endroit est prisé, il y a du monde. En particulier, un couple venu de Timmins, Ontario, a des vélos sur sa voiture. Ils m’offrent de petites tomates savoureuses et une poignée de cerises. Miam ! Il y a aussi un plus jeune couple avec deux adolescentes : Émilie et Michael, ainsi que Marianne, 15 ans, vont conduire Malorie, 13 ans, pour un camp de gymnastique d’une semaine. Famille sympathique et curieuse.

Je reprends la route, moins vallonnée mais tout aussi venteuse. Pause à l’aire de services Le Domaine pour refaire le plein d’eau potable, un besoin vital.

Je croise le cyclotouriste du jour, en fait le seul cycliste depuis l’entrée dans le Parc – il y en avait un le matin, et c’est tout. De retour de la Baie James, Fred cumule les kilomètres sur un vieux Mikado, un vélo classique de cyclo. Un vrai de vrai.

La journée achève, mon corps a besoin de repos. Le camping Lac Rapide offre maintenant un accueil ajusté aux cyclistes. Le site est parfait, au bord d’une baie de l’immense réservoir Cabonga, j’entends les huards en écrivant – mais aussi les voitures… 

Je m’installe, je mange, j’écris, et à 21 h 30 tout est accompli. Je prévois sortir du Parc dès demain, une grosse commande puisque le vent sera de retour et l’eau à trouver – si la source annoncée est toujours disponible, ce serait parfait. En attendant, dodo !

Km jour : 125,5
Km total : 380
Temps : 9:02
Maximum : 45
Moyenne : 13,9
Heures : 6 h 45 / 18 h 45
Camping : 20 $

Lac Gatineau

> Lac Gatineau, 15 km
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Mardi. Encore une nuit à l’hôtel, lever vers 8 h 30. C’était confortable, mais c’est probablement la dernière ici : l’appareil photo est arrivé à Mont-Laurier et sera livré aujourd’hui ; normalement, la roue devrait être là dans la journée. En attendant, il fait et fera très chaud – prévision 31° thermomètre -, il y a des risques d’orages et de tornades dans le sud du Québec et le ciel est brouillé par la fumée des incendies, même si l’odeur n’est pas perceptible.

Matinée tranquille, à lire un peu. Je quitte la chambre vers 11 h 30, toujours en attente des livraisons. Je dîne dans la salle à manger en compagnie de quelques employés. À 12 h 45, mon téléphone sonne ; 10 minutes plus tard, je suis à la boutique. Danny installe les composants requis – pneu, chambre à air, disque de frein – pendant que je déballe l’appareil photo. Voilà que tout est revenu à la normale, je pourrai reprendre la route. 

En revenant à l’hôtel, je retrouve Robert qui est près du chemin avec son quadriporteur. J’ai l’occasion de mieux discuter avec cet homme qui a fait sa vie à force d’initiatives éclairées. En particulier, il a mis sur pied un service de livraison maintenant concentré sur le médical très utile dans la région. Il est de très agréable compagnie malgré deux AVC qui l’ont laissé handicapé.

De retour à l’hôtel, je me prépare soigneusement et je suis sur la route vers 15 h. Bien sûr, je sécurise l’appareil photo à la lumière des dernières expériences. Il ne pourra plus tomber jusqu’à la roue, mais je ne pourrai plus m’en servir en roulant. C’est préférable ainsi.

Aujourd’hui, il flotte un petit air d’apocalypse : le temps est très brumeux, le soleil est orangé, il y a maintenant une odeur de fumée et il fait trop chaud. Changements climatiques, feux et canicule, c’est une situation désagréable et inquiétante. Il faut en plus me réhabituer à côtoyer la circulation d’une grande route, heureusement sur de larges accotements assez propres.

Je choisis de ne pas aller très loin. Le camping du Lac Gatineau est à quelques kilomètres, des orages sont possibles en soirée, alors c’est ma destination. Sur place, j’hérite d’un cher coin de terrain à l’ombre mais sans rien, l’eau n’est pas potable, le bruit de la circulation est omniprésent et il faut payer pour la douche. Mémorable, pour de mauvaises raisons.

Je monte la tente en vitesse pour échapper aux bibittes, à la pluie qui semble s’approcher et pour écrire un peu. Vers 18 h, il y a du tonnerre et il fait presque nuit ; dehors, le ciel est d’un jaune inquiétant. La pluie commence… puis s’arrête après quelques gouttes. Tout ça pour presque rien.

Je peux tranquillement aller manger sur une table près du lac, puis je reviens à ma tente puisque la douche est occupée. Comme il est tôt, pas de problème pour attendre. Après la douche, dodo dans une tente à 28° et avec les bouchons d’oreilles, car les véhicules sont vraiment bruyant. Je souhaite partir tôt pour bien profiter de la belle journée qui s’annonce demain. Parc La Vérendrye, me voici !

Km jour : 13,7
Km total : 254
Temps : 0:57
Maximum : 33
Moyenne : 14,3
Heures : 15 h 00 / 16 h 10
Camping : 41$

Mont-Laurier 2

Mont-Laurier, 8 km
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Levé à 7h45, je prends mon petit déjeuner à l’hôtel et après 6 minutes de vélo je suis à la boutique. Bien sûr, nous commandons une roue neuve qui devrait arriver d’ici deux jours – espérons demain. Donc, une deuxième nuit à l’hôtel. J’y reviens alors que tombent quelques gouttes sans conséquences.

Ensuite, je commande un nouvel appareil photo qui devrait arriver à la boutique de vélo d’ici deux jours – espérons demain. Le site de commande n’est pas si coopératif, mais ça finit par fonctionner. En attendant, il me reste le téléphone pour prendre quelques photos. Comme le radar météo voit venir une bonne averse, je reste sagement à ma chambre jusqu’au dîner.

Quand la pluie se termine, je pars marcher un peu. Il y a deux petites îles habitées sur la Rivière du Lièvre, et un parc sur l’Île Bell, mais c’est un petit parc avec quelques bancs et des balançoires. En revanche, j’y croise Robert sur son quadriporteur. Retraité et hémiplégique, il habite ici depuis des décennies et aime son coin. De retour à l’hôtel, une famille de Bretagne arrive. Ils profitent bien de leur voyage au pays. De mon côté, petite pause – sieste…

En fin d’après-midi, lentement et prudemment, je me risque à une balade vélo aux alentours sous la chaleur de la fin de l’après-midi. Je retrouve la Rivière Lièvre, une maison de mon enfance et mon école primaire de l’époque, les chutes, un joli sentier en pleine ville. 

Retour à l’hôtel. Afin de cuisiner mon souper, j’ai besoin d’un contenant pouvant aller dans le four à micro-ondes. La réceptionniste m’en prête un, et nous engageons la conversation plus avant. Technicienne en éducation spécialisée, Emmanuelle a surtout travaillé dans des organismes communautaires et s’intéresse aux jeunes. Comme c’est une partie importante de ma vie, c’est très intéressant.

Après le repas, petite marche de l’autre côté de la rivière, miroir en cette fin de journée. C’est ensuite le temps de compléter en musique un journal différent de ce que j’aurais imaginé, un journal de l’attente.

La soirée se termine en revoyant la vidéo Canada vertical qui relate une aventure plein air épique à laquelle avait participé Jacob, rencontré en Gaspésie il y a quelques années : la première traversée nord-sud du Canada à force humaine (ski, canot et vélo), 7600 km sur 8 mois, de l’île d’Ellesmere jusqu’à la pointe Pelée (Ontario). Ça aide à relativiser les défis que je me lance. En attendant, une autre nuit confortable s’annonce.

Km jour : 8,2
Km total : 241
Temps : 0:46
Maximum : 20
Moyenne : 10,7

Mont-Laurier

Mont-Laurier, 20 km
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Dimanche. Excellente nuit, à peine moins fraîche que la précédente. Je m’étais couché tôt, je me réveille une bonne demi-heure plus tard alors que la journée s’annonce à nouveau superbe. 

La piste est pratiquement déserte : je croise un chevreuil, deux cyclistes et un quatre-roues égarés. C’est un tunnel vert et lumineux, avec parfois des parois de roche de chaque côté. Il faut quand même surveiller, car elle est souvent abimée. Je prends une pause petit déjeuner au village Lac-Saguay. Pas d’eau disponible, mais j’ai ce qu’il faut pour me rendre à la source de Lac-des-Écorces.

Soudain, un nième gros cahot expulse mon appareil photo de sa pochette, qui se retrouve plié en deux dans les rayons de la roue avant. Bilan : au milieu du bois, un appareil photo détruit, trois rayons cassés et un vélo inutilisable. Je commence par récupérer les débris : la carte mémoire est là, mais la batterie a pris le bois. Heureusement, je suis intact, mais un peu mal pris. Bon. Que faire ?

La réponse arrive sur deux roues. Infirmière cadre dans un hôpital régional et maman de deux jeunes enfants, Audrey-Anne habite Rivière-Rouge et profite du beau temps. Sa voiture est à Lac Saguay. Elle pédale jusque là, puis reviens me prendre alors que je marche à côté de mon vélo handicapé vers puis sur le chemin Guénette. Direction Mont-Laurier en excellente compagnie afin de dénicher une roue ou, au pire, de la faire réparer. 

Mais nous sommes dimanche : les boutiques de vélo sont fermées, il ne reste que Canadian Tire qui n’a que ses vélos, mais pas de roues ni de rayons. Il faudra attendre à lundi, 9 h. Camper en centre-ville devant la boutique n’est pas une option intéressante, je me retrouve donc à l’hôtel en compagnie de mon vélo. Il est 11 h 30. Merci, Audrey-Anne : aujourd’hui, tu as été un ange, mon ange.

Il y a quand même des avantages à la situation : douche, lavage, recharge d’appareils et connexion Internet sont vraiment utiles. Si la plupart des commerces sont fermés, il reste l’épicerie… à environ une demi-heure de marche dans chaque sens sous 28°. Je prends le risque d’y aller avec mon vélo, lentement et sans charge à l’avant : succès. J’ai maintenant ce qu’il me faut pour me rendre à Senneterre, à environ 300 km d’ici.

Ce n’était pas le plan, mais comme j’ai accès à l’électricité et à Internet je peux mettre en ligne les premières pages du journal, ce qui occupe bien mon temps avant et après le souper pizza à un resto voisin – pas beaucoup d’options aux alentours…

Bien sûr, j’appelle mon ami Jean-Pierre, qui fête demain son anniversaire. Plus tard, avec mon frère Gaétan, toujours de bon conseil, nous discutons entre autres du remplacement de l’appareil photo.  

Avant le dodo, je prépare mes sacs pour être fin prêt demain matin. Ce sera une nouvelle aventure après une nuit confortable.

Km jour : 19,2 + 3,7
Km total : 229 + 232
Temps : 1:11 + 0:20
Maximum : 26
Moyenne : 16,2

Lac-Saguay

> Lac Saguay, 110 km
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Samedi. Nuit calme et froide, 12° dans la tente ce matin : j’ai apprécié mon chaud sac de couchage. Levé peu avant 6 h, je suis en route peu après 7 h. Je garde un peu mon polar puisque c’est encore froid, mais il fait un temps magnifique.

Au début, je suis presque seul. La piste traverse une dernière fois la Rivière du Nord, ici torrent, puis ça monte doucement avant une descente de près de 15 kilomètres autour de Saint-Faustin. 

Nous approchons de Mont-Tremblant et du très joli et touristique lac Mercier. Ici, il y a du monde : cyclistes de tout acabit, coureurs, marcheurs, patineurs, et autres. En restant vigilant, ça va bien.

Une toute jeune femme immobile contemple un chevreuil peu timide qui se régale à proximité. Pour aujourd’hui, c’est mon troisième sur quatre.

En arrivant à Labelle, j’ouvre mon téléphone pour indiquer à mon cousin René que je m’approche, mais comme prévu il a des visiteurs – ce sera pour une autre fois. J’ai aussi un appel de ma cousine Martine, qui sera au Lac-St-Jean en même temps que moi. À suivre.

Après Labelle, ça se calme sur la piste. Il y a des sections plus agricoles et le kilomètre 100 depuis Saint-Jérôme. En fin d’avant-midi, il y a un haut pont qui surplombe la Rivière Rouge et deux groupes de cyclistes qui s’y croisent par hasard. Je me propose pour prendre une photo de famille, habituellement plus satisfaisante que le traditionnel égoportrait. La conversation commence. Jean-Charles, en particulier, aimerait bien partir pour de longs trajets sur deux roues. Bel échange.

Alors que cette troupe reprend la piste, quelques canots passent le rapide sous le pont, puis arrive René qui achève une belle boucle sur deux roues. Enseignant, il se déplace à l’année sur son vieux vélo. Un autre passionné.

À la sortie du pont, quelques tables, il est temps de manger. Je me joins à trois jeunes femmes qui adorent leur premier voyage à vélo. Amies au secondaire, colocs pendant les études, Mélissa, Raphaëlle et Maïa entrent avec un certain vertige dans la vie professionnelle, mais y apportent leurs valeurs et leurs idées du monde dans lequel elles souhaitent vivre. Une autre très belle rencontre.

Maintenant, il est temps de rouler. J’avance tranquillement sur une piste souvent détériorée. En passant à Rivière-Rouge, je ne remplis pas mes gourdes car l’eau n’y est pas potable. C’est en arrivant à Nominingue que je trouve de l’eau.

Il y a aussi un dernier chevreuil, un pont et plein de gens qui batifolent à la plage en dessous. J’arrête, un homme est là et la conversation est lancée. Reynald, retraité, a décidé de se remettre en forme après un infarctus. Il est vraiment sympathique, c’est bien agréable. Roger et Michael, deux de ses amis, arrivent, ce qui relance la conversation. Il faut quand même repartir.

Au village, une petite équipe prépare le spectacle de ce soir. Sur scène, une femme à la guitare, ses trois filles de 9 à 14 ans environ chantent avec elle. Un homme gère le son avec une tablette, un autre sera sur scène ce soir mais sa guitare a un petit problème à régler. Ça s’annonce très bien comme spectacle, mais la route m’appelle.

En s’éloignant de Nominingue, il n’y a plus personne. Il y a quelques sites intéressants pour camper, mais il est tôt. Peu après 17 h, un site magnifique, semi-aménagé, près d’un lac sauvage. Ce soir, ce sera ici. 

Rien n’est parfait, on dirait. Les variations sur le thème du moustique abondent. Je cuisine rapidement avec polar, pantalons et moustiquaire, puis je me réfugie sous la partie moustiquaire de ma tente pour écrire à la clarté. Quelques cyclotouristes passent mais ne s’arrêtent pas.

21 h 15, tout est complété, la nuit n’est pas encore tombée mais la fraîcheur s’annonce. Le ciel est parfait.

Km jour : 109.8
Km total : 209 
Temps : 6:43
Maximum : 29
Moyenne : 16,3
Heures : 7 h 10 / 17 h 10