Lac Goth, Lac Brébeuf

Dimanche.
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Nuit parfaite, bien sûr, pour se préparer à cette deuxième journée de festivités familiales. En fin d’avant-midi, nous nous retrouvons tous au Lac Goth pour aller profiter du Lac Brébeuf, dans la ZEC voisine du même nom. Avec lunch, équipements de marche et de plage, deux voitures et un véhicule tout-terrain, c’est la – petite – aventure qui commence, sauf pour Yves, Agathe et Guy qui restent à la maison. 

Nous roulons quelques kilomètres, moitié asphalte, moitié gravier, puis nous entrons dans le bois. Alex pilote prudemment son VTT avec Caroline, Charlène et quelques bagages, les autres partent à pied sur le même sentier en forêt. C’est joli et facile, pas très long, pour aboutir sur une magnifique plage devant un panorama du même niveau.

Il fait très beau, la plage descend très lentement, alors il faut marcher un bon bout de temps avant de pouvoir nager. Depuis que nous avons quitté les voitures, les deux chiens sont surexcités. Nessie court à toute vitesse sur le sable et fonce directement sur la petite Charlène qui s’envole pour atterrir sur la tête. Ouch ! Pleurs de la victime, inquiétude de tous les adultes, mais finalement plus de peu que de mal. Ouf.

Nous passons du temps dans l’eau, dégustons le pique-nique, marchons, profitons du bon temps. En après-midi, la pluie s’approche sans nous rejoindre. Nous prenons tranquillement le chemin du retour, tout en cueillant quelques kilos d’un excellent champignon crabe qui abonde ici.

De retour au Lac Goth, les champignons sont nettoyés et pesés. Toutefois, des averses se succèdent, nous restons donc à l’intérieur, sauf Anouka et Caroline qui courent sous la pluie. Puis c’est un autre repas de fête, savoureux et abondant, en excellente compagnie : en notre absence, Yves n’avait pas chômé. La soirée s’étire dans la pénombre avant que tous se préparent pour la nuit. Monique, Katia et moi revenons chez ma sœur, nous ne veillons pas bien plus tard.

Lac Goth, Lac des Îlets

Samedi.
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Excellente nuit, bien sûr. Je n’ai même pas entendu le coq. Après un matin tranquille, nous nous rendons en voiture chez Yves, ex conjoint de ma sœur, mais avec qui elle est toujours restée en bons termes. Il y a du monde : leur fils Alex habite toujours là, mais finalise l’achat d’un chalet au bord d’un lac voisin – selon papa, le temps est venu pour que l’oiseau devenu grand quitte le nid – ; Anouka, sa conjointe Caroline et leur petite Charlène sont arrivées hier soir ; Liana et son fiancé Antoine se présentent en fin d’avant-midi et me demandent de présider leur mariage à l’été 2027 – j’y serai, bien sûr – ; Katia arrivera après son travail ; Agathe, soeur de Yves, et son conjoint Guy, ont leur roulotte juste à côté et participent aux réjouissances.

Comme il fait très beau et chaud, le lac a de nombreux adeptes. En début d’après-midi, nous partons en expédition vers le Lac des Îlets pour inspecter la nouvelle acquisition d’Alex. Il est très fier de ce chalet superbement situé dans un environnement sauvage. En revanche, il y aura beaucoup de travaux à prévoir, certains urgents, d’autres moins, un certains réaménagement, bref, des années de plaisir. Évidemment, il « bénéficie » de nombreux conseils, il y a même quelques architectes dans l’équipe. Il fera bien ce qui leur convient.

De retour chez Yves, le festin du soir se prépare avec enthousiasme et compétence. Nous réussissons à tous nous installer autour de la table à pique-nique pour un repas long, varié, copieux et délicieux. En soirée, un peu de pétanque, un feu pour ceux qui acceptent de donner un peu d’eux-mêmes aux voraces moustiques, refuge à l’intérieur pour les autres. En fin de soirée, certains dormiront sur place alors que Monique, Katia et moi revenons à la maison pour une autre nuit calme.

La Baie

> 105 km, vendredi.
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Il n’a pas fait froid, le ciel s’est bien couvert, mais le fort vent s’est mis de la partie, secouant violemment ma tente. Comme elle est bien costaude et bien ancrée, aucun problème. 

Je fais la grasse matinée jusqu’à 6 h. Comme le temps est douteux, je ramasse rapidement le campement, tout en gardant en place quelques piquets afin que la tente ne s’envole pas pendant le démontage. Je suis en route peu avant 7 h sous une pluie légère poussée par le vent.

La séquence plaine et petits ravins se poursuit jusqu’au village de Lac-à-la-Croix. Je peux déjeuner et faire le plein d’eau à l’Arboretum de la presqu’île Croft où je peux déjeuner confortablement et faire le plein d’eau. La pluie a cessé, mais il vente toujours et le ciel est bien bouché. Retour sur les chemins de campagne jusqu’à Hébertville et sa belle chute au cœur du village.

La section suivante est très agréable : la route longe de jolis lacs longilignes et offre des panoramas photogéniques jusqu’à l’intersection vers le Lac Kénogami. Pour un bon bout de temps, c’est une route en forêt sans points de vue, à l’heureuse exception d’un pont au-dessus d’une baie.

Je retrouve les habitations et la circulation sous un soleil de plus en plus généreux. Après un pont au-dessus de la Rivière au Sable, je tente de rejoindre la piste cyclable qui la longe et me retrouve dans une cour privée en suivant la carte. La maison est neuve, la piste a été déplacée, mais les nouveaux propriétaires ne sont pas dérangés par mon passage chez eux. Ils m’indique le bon accès – mise à jour à prévoir.

La piste est parfaite, bien pavée, serpentant calmement le long de l’eau. J’y arrête pour dîner confortablement. Plus loin, il faut bien la quitter pour traverser Jonquière, Arvida et Chicoutimi, le nez sur le téléphone pour démêler un trajet viable. C’est une succession de zones résidentielles, commerciales et industrielles, principalement sur piste cyclable, avec de nombreux changements de direction. Ça se termine par la célèbre et abrupte côte du boulevard de l’Université, avec une descente à près de 60 km/h et une montée à moins de 5 km/h. C’est du sport !

Je suis maintenant sur la route 372 que mène à La Baie. À nouveau, grosse descente rapide avant de rejoindre la dernière piste cyclable du jour qui longe le Saguenay à marée basse. C’est ravissant sous le beau temps. Je vais jusqu’au bout du quai pour admirer le paysage, et c’est aussi un lieu de rencontres bien intéressantes : un groupe de quatre cyclistes, deux habitués avec deux novices, un d’entre eux étant très impliqué dans un tour caritatif, puis un couple, Mario, ancien collègue de ma sœur, et Dany.

C’est parti pour la dernière portion du trajet, d’abord sur la route 170 qui longe ici le fjord, puis sur le Chemin de la Batture qui mène chez ma sœur après une dernière montée bien abrupte et la descente consécutive. Encore un dernier effort sur le chemin de gravier, et j’y suis. Ouf !

Comme prévu, Monique n’est pas encore arrivée, j’ai donc le temps de rentrer mon matériel et de prendre une bonne douche. C’est toujours un bonheur de se retrouver en personne, même si nous conversons régulièrement. 

Mais le temps passe vite, nous nous mettons rapidement à l’ouvrage. Pour moi, séchage de la tente et lavage des vêtement. Pour la maison, nous profitons de la lumière du jour pour trier la bouffe récupérée de l’épicerie et faire un ménage. Quand il fait nuit, nous mangeons en excellente compagnie et discutons, bien sûr. 

Demain, coup de chance, ce sera le rassemblement familial estival. En attendant, dodo !

Km jour : 105,8
Km total : 1288
Temps : 7 : 18
Maximum : 58
Moyenne : 14,5
Heures : 6 h 55 / 17 h 45

Lac-à-la-Croix

> 70 km, jeudi.
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Comme prévu, nuit fraîche et confortable, et déluge depuis le milieu de la nuit. Ce matin, il pleut encore abondamment, nous restons sagement à l’intérieur. Mes amis ont plusieurs questions à propos de leur voiture électrique, en particulier à propos des différentes applications de recharge. Nous en profitons pour configurer la fonction Autocharge, ce qui implique une petite visite humide à la borne rapide du centre-ville. Succès.

En fin d’avant-midi, au moment de l’excellent dîner, la pluie cesse. C’est le temps se ramasser et de charger le vélo pour reprendre la route, saluant mes nouveaux amis sous un ciel encore bien gris.

Aujourd’hui, le trajet est plutôt facile, puisque je roule sur la Véloroute des bleuets, un itinéraire cycliste réputé qui fait le tour du Lac Saint-Jean. Entre pistes séparées et rues, tout prévu et indiqué, sans toujours être parfait… Au début, c’est plus agricole ou forestier, longeant la rivière en la voyant à l’occasion.

Stéphane, un cycliste venu de Laval pour faire le tour du lac, est arrêté, tentant de remettre en place son pneu arrière après une crevaison, mais le pneu est si serré sur la jante que c’est presque mission impossible. À deux, nous en venons à bout de peine et de misère, mais la chambre à air s’est sûrement coincée au montage. Fin de trajet pour lui, à 20 km de l’arrivée. Il ne sera pas mal pris : un autre cycliste viendra le conduire en voiture à sa destination.

À Mashteuiatsh, fière communauté ilnu, le lac et la culture s’affichent dans toute leur splendeur et le beau temps revient en force. C’est ensuite Roberval, où une succession de parcs permettent de goûter l’immense lac. Samedi, ce sera l’arrivée de la traversée du lac par des marathoniens de la nage.

Les kilomètres qui suivent se font sur les rives, avec la voie ferrée, offrant constamment des points de vue magnifiques pour un trajet facile sons le grand soleil. À Val Jalbert, village abandonné devenu lieu touristique, je rencontre Claude, cycliste aussi, pour une pause conversation. 

Pour un bon bout, la piste devient plus complexe et pentue, avec même une section trop abrupte pour la plupart des cyclistes. Les paysages restent bien beaux, mais je travaille plus fort. À partir de Chambord, je suis sur un trajet nouveau pour moi, je ne suis pas déçu. 

La piste redevient facile en approchant de Desbiens et de la rivière Métabetchouan. Pause dans un petit parc avec une vue vers un horizon bleu sur bleu, puis traversée bien agricole jusqu’au village de Métabetchouan, où j’avais participé à un camp musical l’été dernier. Souvenirs.

Je quitte le lac pour me diriger vers Pointe-à-la-Croix par une plaine entrecoupée de petits ravins à grosses côtes. Il se fait tard, le jour baisse. À 20 h pile, j’arrête devant une maison. Par hasard, des gens sortent au même moment, et j’ai facilement la permission de m’installer pour la nuit entre les cordes de bois et les silos. Site parfait. Je monte le campement, je mange et j’appelle ma sœur pour confirmer mon arrivée demain soir. Tout est OK, sauf le journal qui accumule un peu de retard. Bonne nuit.

Km jour : 72,3
Km total : 1182
Temps : 4 : 43
Maximum : 57
Moyenne : 15,3
Heures : 12 h 30 / 20 h 00

Saint-Félicien

> 105 km, mercredi.
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Mercredi. Déluge à partir de 4 h. Quelques gouttes réussissent à pénétrer, ma tente commence probablement à vieillir, mais pas de conséquences importantes. Je l’avais placée avec la porte tout près de l’avant-toit du bâtiment, alors je peux circuler sans être vraiment mouillé. Je fais la grasse matinée jusqu’à 7 h.

Je commence par vider la tente sans la démonter, je place mes sacs dans la halte routière et je vérifie et corrige au besoin les photos. Il y a pas mal d’achalandage, les gens sont sympathiques et semblent peu étonnés de voir un cycliste s’abriter ici. Régis et Johanne, un couple de la région, restent un bon bout de temps à bavarder.

Surprise ! La pluie devient très faible. Je démonte la tente dont le double toit est bien trempé, je me prépare et je prends la route sous un léger crachin, feu arrière en fonction, bien plus tôt que prévu. Yé ! Comme Saint-Félicien est à tout juste 100 km d’ici, je devrais y arriver aujourd’hui, surtout que le vent est, miracle, de dos.

Bien sûr, la route est également à elle-même : des côtes et des côtes, de longues lignes droites, de gros véhicules, etc. Il y a une borne de recharge perdue en plein bois, et heureusement plusieurs lacs et rivières, c’est beau. Alors que la journée avance, la pluie cesse complètement, puis le soleil perce, ça se réchauffe, bref il fait de plus en plus beau.

Hier, mon frère avait vérifié l’itinéraire et avait annoncé la dernière et plus grosse montée du jour à 60 km de mon point de départ, c’était 60,0 km. Précis ! Bon, c’était le début de cette montée de 1,7 km, suivi d’autres de moindre importance. Ensuite, descente à près de 60 km/h, puis fin de la réserve faunique et retour de la campagne habitée. Au passage, j’achète un pot de miel bio pour mes hôtes de ce soir.

Après La Dorée, premier village depuis Chibougamau, c’est Saint-Félicien. Juste avant de traverser le pont, un jeune homme à vélo. Olivier s’intéresse sérieusement à voyager, il est curieux, intéressé et intéressant. Belle rencontre, encore.

C’est accompagné de quelques gouttes que j’arrive chez Gustave et Élise, mes hôtes pour ce soir – nous nous étions croisés à Chapais et ils m’avaient invité chez eux. Accueil parfait : c’est comme renouer avec une amitié de longue date. Nous nous installons confortablement, échangeons quelques nouvelles. Gustave est un fameux bricoleur, il a entre autres construit un hydroglisseur assez impressionnant.

Après un excellent repas tout simple et la mise au séchage de la tente dans le garage, nous partons découvrir Saint-Félicien en voiture. Gustave a travaillé pendant 30 ans à l’usine de pâtes et papier, dont la chaleur excédentaire chauffe les immenses serres à proximité. Il y a aussi les parcs, les services, l’immense église, la magnifique rivière Ashuapmushuan qui traverse la ville.

De retour à la maison, petite soirée tranquille à deviser, alors que nous avons bien des intérêts et des valeurs en commun. Je m’installe pour la nuit sur dans un gazebo bien fermé, mon sac de couchage n’étant pas adapté à la chaleur des maisons. Nuit très confortable en perspective, alors que la pluie s’annonce encore.

Km jour : 104,7
Km total : 1110
Temps : 6 : 02
Maximum : 63
Moyenne : 17,4
Heures : 9 h 20 / 17 h 30

Lac-Ashuapmushuan

> 120 km, mardi.
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J’étais déjà couché, mon frère et moi avons échangé quelques textos. Les voyages l’intéressent. Au matin, le départ a été rapide puisque presque tout était prêt.

En revanche, la journée s’annonce plutôt difficile : j’aurais une bonne distance à parcourir, j’ai un solide vent de face et le temps est à la pluie. Évidemment, la route 167 est semblable à la route 113, elle a simplement un autre numéro. Donc, toujours des côtes, paysages répétitifs, exercice de patience. Heureusement, il y a plusieurs lacs pour se rincer l’œil.

La carte radar annonce que la pluie s’approche. Vers 11 h, je mets mes couvre-chaussures ; vers 12 h, après le dîner au bord d’un petit lac, j’allume mon feu rouge pour être plus visible. Mais la pluie ne vient pas, ou si peu : seule une petite ondée, vers 14 h, mouille un peu mes sacs. La faible pluie intermittente ne vient qu’après 15 h 30, c’est bien mieux que le scénario prévu. Si j’ai bien compris, ça se passe surtout plus au nord. Tant mieux pour moi.

Pour l’essentiel, la route traverse la réserve faunique Ashuapmushuan, il y a donc quelques routes d’accès à la réserve en plus des habituelles routes forestières. La 167 est à voies simples, au besoin je vais dans le gravier pour laisser la place aux véhicules, particulièrement les camions. De temps, depuis que je suis sur route, des automobilistes m’encouragent par de petits coups de klaxon, c’est toujours apprécié.

Après une grosse montée dans un chantier à la circulation alternée, il est relativement tôt quand j’arrive à la halte routière suggérée par Laurier – un excellent conseil. Il y a de l’eau, des toilettes, une connexion WiFi et un bel espace derrière le bâtiment pour y monter la tente. La dame qui fait l’entretien des lieux deux fois par jour est très sympathique, elle fait ce travail tout en complétant des études et en gérant sa famille. 

Comme il ne pleut pas, je peux manger dehors et monter la tente dans de bonnes conditions. Quand j’y entre, je me transforme en tueur car de nombreuses petites mouches assoiffées de mon sang réussissent entrer aussi. Elles n’y survivent pas. 

En début de soirée, je m’installe pour écrire alors qu’une pluie fine crépite sur la toile secouée par le vent, mais celui-ci tombe un peu plus tard. Une bonne tente, c’est le bonheur confortable, mais heureusement qu’elle est bien montée et fixée. Avant le dodo, j’appelle mon frère Gaétan. De la forte pluie est attendue d’ici demain midi. À suivre, au sec si possible.

Km jour : 119,2
Km total : 1005
Temps : 8 : 55
Maximum : 51
Moyenne : 13,4
Heures : 6 h 45 / 16 h 20

Chibougamau

> 115 km, lundi.
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Lundi. Comme toujours, je me lève tôt. La nuit a été la plus froide depuis le départ, il fait 8° dans la tente, encore moins dehors, et c’est très humide, même dans la tente. Je m’habille chaudement, mais mes mains sont ankylosées par le froid. Le brouillard est dense, c’est de toute beauté avec le jour qui se lève.

Je déjeune en compagnie de deux prospecteurs. Jeunes géologues venus de France et adorant vivre au Québec, Lukas et Siméon partent chaque jour en forêt pour récolter des échantillons permettant d’évaluer l’intérêt de mines potentielles. Comme c’est de l’or qu’ils cherchent, il suffit d’en trouver 25 g par tonne de minerai, mais leur sac de matériel pèse 20 kg, à trimballer hors sentier.

Je prends la route à l’heure habituelle. Au départ, je suis toujours chaudement habillé, pour une couple d’heures, et j’ai un feu rouge à l’arrière, même si les véhicules sont rarissimes. 

Le temps est beau et se réchauffe toute la journée, le vent est faible mais favorable, et la route… est égale à elle-même, soit un exercice de patience. Même si c’est un paysage sans vrai relief, il y a pratiquement toujours des montées et des descentes, alors je passe mon temps à jouer du dérailleur. 

Jusqu’à Chapais, peu à signaler, sauf la traversée de quelques rivières et un relief qui s’intensifie vers la fin. J’arrive à Chapais, première et seule agglomération du jour, peu après midi.

À l’entrée, un petit parc, une table abritée du gros soleil, c’est parfait. Une minute plus tard, un homme se joint à moi. Laurier m’avait vu arriver avec mon vélo chargé, et il en est lui même grand amateur. Dans quelques jours, il participera au Grand Tour, organisé par Vélo Québec. Il quitte, car sa conjointe pourrait s’inquiéter de son retard. Belle rencontre.

Un couple descend d’un motorisé avec deux chiens. Michel et Nathalie sont bien intrigués par mon voyage. Plus loin, après un arrêt à l’épicerie, un autre couple recharge sa voiture électrique à la borne rapide. Gustave et Élise reviennent d’un long périple et seront ce soir chez eux, à St-Félicien. Encore du bien bon monde.

Il faut repartir. Selon les conseils de Laurier et en fonction d’une météo pluvieuse pour plusieurs jours, je décide ne ne pas faire le détour vers Chibougamau, mais de bifurquer directement vers le Lac St-Jean. En attendant, il y a un bruit de frottement sur la roue arrière. J’arrête pour vérifier ce qui se passe. Contrairement à mes attentes, ce n’est pas l’ajustement du premier jour qui se serait déréglé, mais un boulon du garde-boue qui est desserré. Le problème est vite réglé. Et qui s’arrête ? Laurier, qui revient d’une petite balade de 50 km à vélo. Quel homme sympathique !

Cet après-midi, ça chauffe, et la circulation est bien plus dense, mais il reste pas mal de kilomètres et de côtes. À l’intersection des routes 113 et 167, un dépanneur/station service/motel. Comme j’en aurai pour deux ou trois jours sous la pluie pour rejoindre St-Félicien, et que je sens la fatigue après ces dures étapes, c’est ici que je passerai la nuit. Je pourrai en prime sécher – temporairement – ma tente trempée.

La chambre est encore bien moins chic que celle de Lebel-sur-Quévillon, mais ce ne sera que pour une nuit. Donc, douche, petit lavage, séchage de matériel, repas, journal, le temps passe vite. Je réussis à mettre en ligne les deux dernières journées alors que des sombres nuages, du tonnerre puis de la pluie préfigurent le programme des prochains jours. Il est 21 h 30. Dodo.

Km jour : 113,5
Km total : 886
Temps : 6 : 52
Maximum : 50
Moyenne : 16,5
Heures : 6 h 45 / 16 h 20

Waswanipi

> 135 km, dimanche.
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Levé à 6 h, bien avant que mon réveil sonne, je suis prêt à 6 h 30, mais la salle à manger n’ouvre qu’à 7 h. Le groupe de motocycliste est là aussi, ils rentrent en Abitibi après les vacances. Je suis en route à 7 h 30. C’est l’heure de pointe : six camionnettes de la Sopfeu passent en file.

Ce matin, c’est gris et froid, je garde même un manteau en plus du polar pendant 45 minutes, et le polar jusqu’à 14 h. À partir du milieu de l’avant-midi, il y a des percées de soleil, mais les nuages dominent. Le vent est généralement favorable, j’avance bien et je ne suis pas importuné par les insectes quand je n’arrête pas trop.

Ici, la route est une expérience. Habituellement, je vais quelque part, il y a des objectifs, des points de vue, quelque chose. Ici, rien : j’avance presque toujours dans un paysage similaire, ça monte ou descend tout le temps, il y a de longues lignes droites mais c’est tout. En général, la chaussée est récente et roulante, mais quelques sections sont plus anciennes, j’y pratique l’art du slalom entre les fissures. Pas vraiment d’accotement.

Quelques éléments brisent la monotonie : une spectaculaire et inquiétante zone brûlée ; quelques barrages de castors hyperactifs ; Miquelon et Desmaraisville, deux hameaux misérables ;  la rivière O’Sullivan, seule du jour avant Waswanipi, où je dîne assis sur une glissière de sécurité. Je ne trouve même pas de point d’eau potentiel, j’ai bien fait d’en prendre beaucoup ce matin.

À Waswanipi, village de la première nation cri, ça change. Il y a une belle rivière, c’est visiblement plus prospère, je peux faire le plein d’eau au dépanneur, il y a des gens et ils sont sympathiques, même si la langue française est inconnue ici : c’est l’anglais qui est la langue d’usage. J’ai une belle conversation avec Ronnie, 77 ans, survivant des écoles résidentielles et ancien policier, plutôt inquiet de ce qui arrive à sa terre.

Quelques kilomètres plus loin, du haut d’une bonne côte, je découvre le Lac Renault, premier de la journée. Tout à côté, le campement Mishtuk, un camp de travailleurs forestiers. Dominique, responsable – et cuisinier par défaut – achève un séjour de 60 jours avant de retourner chez lui, à Acton Vale. Il me confirme que je peux dormir près du lac, utiliser les sanitaires et une table à pique-nique. Parfait.

Peu après, un groupe de planteurs d’arbres est de retour de la forêt et des mouches. Parmi eux, Nasima, venu du Congo, est bien heureux que la journée soit terminée et me fait un excellent accueil.

Je cuisine, blindé contre les mouches, je monte la tente et m’y installe bien à l’abri pour appeler Kathleen, dont c’est l’anniversaire. J’écris et je dormirai très vite car la journée de demain s’annonce costaude : je veux arriver à Chibougamau, ou sinon à Chapais, avant le nouveau déluge annoncé à partir de demain soir. Il fait encore clair, la nuit sera froide, j’entends un ruisseau qui chante – quand il n’y a pas de voitures -, tout va bien.

Km jour : 135,5
Km total : 773
Temps : 8 : 21
Maximum : 54
Moyenne : 16,2
Heures : 7 h 30 / 17 h 15

Lebel-sur-Quévillon 2

2 km, samedi.
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Excellente et longue nuit, sans courbatures. Il est plus de 9 h quand je me lève. Le petit déjeuner du motel est simple mais copieux, il me fait office de brunch. La responsable m’indique que le motel sera fermé pour deux semaines à partir de demain soir, question d’accorder des vacances aux employés. Même s’il semble désert, il est habituellement bondé car utilisé par des travailleurs.

Dehors, comme prévu, il pleut à plein ciel, il fait environ 12°, tout est gris. C’est le temps de mettre à jour les photos, le journal puis le blogue, en musique bien sûr. En début d’après-midi, je profite d’une brève pause dans les précipitations pour passer à l’épicerie, je serai ainsi fin prêt pour partir demain matin. 

Donc, je passe une bonne partie de la journée à tranquillement mettre à jour le journal et le blogue, avec quelques petites marches quand la pluie cesse. C’est une journée de repos, avec un rythme bien différent de celles sur la route. J’ai quand même des voisins : plusieurs grosses motos sont stationnées au motel.

À l’épicerie, j’avais acheté un pâté. Il était bon… après avoir retiré un peu de moisissure sur le dessus. Pourtant, il était encore loin de sa date de péremption.

En soirée, j’appelle mon ami Samuel, lui qui avait déjà parcouru le trajet dans lequel je me suis lancé cet été. C’est toujours très intéressant, il est l’une des rares personnes à avoir cette expérience… et bien d’autres.

En soirée, le ciel se dégage, le vent souffle et la nouvelle lune se lève au-dessus du motel. Bien sûr, je ramasse le plus possible pour demain matin, dont la tente et le sac de couchage qui avaient eu le temps de bien sécher et de s’aérer. À 22 h 30, dodo !

Km jour : 1,8
Km total : 637
Temps : 0:08
Maximum : 25
Moyenne : 14,0

Lebel-sur-Quévillon

> 155 km, vendredi.
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Nuit fraîche, 10° dans la tente au matin. Contrairement à l’habitude, je n’ai pas très bien dormi : des courbatures m’ont empêché de trouver de position confortable. De plus, une voiture s’est arrêtée pendant quelques minutes à proximité. Je me lève donc un peu moins allègre. En revanche, le paysage de lumière et de brume est extraordinaire. Photos ! 

Je suis en route vers 6 h 45, comme d’habitude. Si c’est frais ce matin, le grand beau temps est là, et je n’ai plus à lutter contre le dur vent de face des derniers jours. Je quitte le Parc La Vérendrye, mais je poursuis sur la route 117 pour encore plusieurs kilomètres.

J’arrive enfin à l’intersection de la route 113 qui me guidera pour les prochains jours. Dès le départ, elle est plus agréable : beaucoup moins de circulation, doucement vallonnée, assez roulante avec un vent de dos ou de travers. Au début, il n’y a pas d’accotement, ce qui demande plus de vigilance.

À partir du Lac Tiblemont, le terrain est plutôt plat et l’accotement, souvent excellent, parfois problématique, est de retour pour le reste de la journée. En mi-journée, j’arrive à Senneterre alors que la météo reste magnifique.

C’est le moment de faire quelques mises à jour. J’achète et j’installe un nouveau porte-gourde – comme il est de qualité moyenne, il me faut bricoler un renforcement avec une sangle qui était incluse. Je passe aussi à l’épicerie et à l’info touristique, je dîne dans un parc près de la rivière Bell.

Je consulte la météo. Ouch ! Déluge prévu demain, pour toute la journée. Il est 14 h, je suis à 88 kilomètres de Lebel-sur-Quévillon. Le soleil se couche à 21 h, c’est difficile mais jouable. Il faudra forcer sur les pédales. Je pars. 

Le vent est bon, ça avance très bien, ma moyenne demeure bonne. Bon, la route demeure un peu monotone mais quand même agréable avec quelques plans d’eau qui enjolivent le trajet. En s’éloignant un peu de Senneterre, il n’y a plus aucun bâtiment. 

Soudain, sans aucune raison apparente, je commence à saigner du nez. Et ça coule ! Ça prend plusieurs minutes pour ralentir le flot suffisamment pour que le papier de toilette réussisse à limiter les dégâts. Je repars avec une narine bouchée et sanguinolente, mais il faut rouler. Après une heure, c’est enfin correct. Ouache ! 

Entre-temps, le ciel s’est couvert et la lumière est plus grise. Tiens ! Une halte routière près d’un lac. La pause est vraiment bienvenue. Je m’installe à une table, le motocycliste de la table voisine vient piquer une bonne jasette. Daniel est d’ici, il a à peu près mon âge mais pas la même forme – la cigarette n’aide pas. Il revient de visiter son père âgé à Senneterre. Nous passons une agréable demi-heure ensemble.

Il reste environ 40 kilomètres, c’est beaucoup, surtout que le relief devient plus intense. Il est temps d’arriver. Le premier motel, au bord du lac Quévillon, sera le bon. L’équipe d’accueil est constituée de quelques adolescents qui connaissent évidemment mon collègue Gaël, qui travaille à leur école. Je découvre ma chambre, moins chère et bien moins chic que celle de Mont-Laurier. Avec pareille météo, c’est quand même bien mieux ainsi.

Après la douche et un repas tout simple, j’appelle ma sœur Monique, chez qui je devrais arriver dans quelques jours. Nous nous donnons des nouvelles, nous discutons d’actualité. Au pays, les feux et la fumée sont au cœur des préoccupations, mais ne sont pas une menace immédiate pour moi. C’est toujours un plaisir de se parler, mais peu après il est grand temps de dormir.

Km jour : 154,5
Km total : 635
Temps : 9:13
Maximum : 45
Moyenne : 16,7
Heures : 6 h 45 / 19 h 45