Waswanipi

> Waswanipi (Lac Renault), 135 km
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Dimanche. Levé à 6 h, bien avant que mon réveil sonne, je suis prêt à 6 h 30, mais la salle à manger n’ouvre qu’à 7 h. Le groupe de motocycliste est là aussi, ils rentrent en Abitibi après les vacances. Je suis en route à 7 h 30. C’est l’heure de pointe : six camionnettes de la Sopfeu passent en file.

Ce matin, c’est gris et froid, je garde même un manteau en plus du polar pendant 45 minutes, et le polar jusqu’à 14 h. À partir du milieu de l’avant-midi, il y a des percées de soleil, mais les nuages dominent. Le vent est généralement favorable, j’avance bien et je ne suis pas importuné par les insectes quand je n’arrête pas trop.

Ici, la route est une expérience. Habituellement, je vais quelque part, il y a des objectifs, des points de vue, quelque chose. Ici, rien : j’avance presque toujours dans un paysage similaire, ça monte ou descend tout le temps, il y a de longues lignes droites mais c’est tout. En général, la chaussée est récente et roulante, mais quelques sections sont plus anciennes, j’y pratique l’art du slalom entre les fissures. Pas vraiment d’accotement.

Quelques éléments brisent la monotonie : une spectaculaire et inquiétante zone brûlée ; quelques barrages de castors hyperactifs ; Miquelon et Desmaraisville, deux hameaux misérables ;  la rivière O’Sullivan, seule du jour avant Waswanipi, où je dîne assis sur une glissière de sécurité. Je ne trouve même pas de point d’eau potentiel, j’ai bien fait d’en prendre beaucoup ce matin.

À Waswanipi, village de la première nation cri, ça change. Il y a une belle rivière, c’est visiblement plus prospère, je peux faire le plein d’eau au dépanneur, il y a des gens et ils sont sympathiques, même si la langue française est inconnue ici : c’est l’anglais qui est la langue d’usage. J’ai une belle conversation avec Ronnie, 77 ans, survivant des écoles résidentielles et ancien policier, plutôt inquiet de ce qui arrive à sa terre.

Quelques kilomètres plus loin, du haut d’une bonne côte, je découvre le Lac Renault, premier de la journée. Tout à côté, le campement Mishtuk, un camp de travailleurs forestiers. Dominique, responsable – et cuisinier par défaut – achève un séjour de 60 jours avant de retourner chez lui, à Acton Vale. Il me confirme que je peux dormir près du lac, utiliser les sanitaires et une table à pique-nique. Parfait.

Peu après, un groupe de planteurs d’arbres est de retour de la forêt et des mouches. Parmi eux, Nasima, venu du Congo, est bien heureux que la journée soit terminée et me fait un excellent accueil.

Je cuisine, blindé contre les mouches, je monte la tente et m’y installe bien à l’abri pour appeler Kathleen, dont c’est l’anniversaire. J’écris et je dormirai très vite car la journée de demain s’annonce costaude : je veux arriver à Chibougamau, ou sinon à Chapais, avant le nouveau déluge annoncé à partir de demain soir. Il fait encore clair, la nuit sera froide, j’entends un ruisseau qui chante – quand il n’y a pas de voitures -, tout va bien.

Km jour : 135,5
Km total : 773
Temps : 8 : 21
Maximum : 54
Moyenne : 16,2
Heures : 7 h 30 / 17 h 15