Brig Bay

Relais Nordik > Brig Bay – 23 km
Sommaire

Samedi. Réveil très matinal pour Jean-Pierre, Diane et Réal. Couchés au pont d’observation, leur sommeil est interrompu par l’arrivée de quelques voyageurs venus observer un soi-disant immense iceberg.

N’ayant pas été moi-même témoin oculaire de ce moment, je me dois de consulter plusieurs sources pour rapporter l’événement. Alors, mes différents informateurs s’entendent pour dire que l’iceberg en question est assez spectaculaire. Cependant, l’estimation de sa hauteur varie, selon les personnes, de 50 pieds à 300 pieds. Bon ! Croyez qui vous voulez !

Arrivée à Blanc-Sablon vers 7 h, comme prévu. Le bateau se fraie précautionneusement un chemin dans la glace qui envahit le port. Brrr ! ! ! Il fait froid… Il y a encore un peu de neige sur la côte. Il pleut. Ce n’est pas très accueillant. Puis c’est le débarquement. Nous retrouvons peu à peu tous nos morceaux. Une exception, cependant : Réal n’a plus ses gants de vélo. Perdus ? Volés ?

Une fois de plus, nous réorganisons le contenu de nos sacoches de façon à ce que nous puissions tout faire tenir sur les vélos. Certains d’entre nous ont ensuite le goût d’explorer un peu les environs. Jean-Pierre tient beaucoup à aller mettre les pieds (ou tout au moins les roues !) au Labrador. Diane, Roger et moi-même l’accompagnons. Réal, lui, part à la recherche de nouveaux gants de vélo. Lyette et Jean restent au quai et font du P.R. – Relations Publiques.

Le Labrador. Selon Jean-Pierre, c’est par là. Ouais. Mais par là il y a une espèce de grosse côte et on a le vent dans le visage. Ça ne sera pas facile. Ouais. Il pleut, il vente, il y a de la neige, de la glace, il fait froid, je monte une côte, sans mes bagages en plus (sous-entendu : qu’est-ce que ce serait avec !), j’en arrache et c’est le 6 juillet. J’ai un doute. Qu’est-ce que je fais ici ?

Finalement, victoire, nous atteignons le Labrador. De loin, nous apercevons les côtes de Terre-Neuve et le traversier qui s’en vient. Il ne pleut plus. le soleil se pointe. L’effort m’a réchauffée. La vie redevient belle. Nous redescendons.

Dans l’entrepôt du port, nous chargeons nos vélos et Jean se charge aussi. Comme prévu, Diane et Lyette sont déconcertées par la tenue de route de leur véhicule chargé. Lyette semble très sceptique sur sa capacité à conduire le dit véhicule. Nous pesons nos vélos, à côté d’un énorme quartier de viande, sur la balance de l’entrepôt. Les vélos et leurs charges pèsent de 80 à 100 livres1 ! ! ! Lyette est découragée : elle bat le record de poids.

Mais le plus spectaculaire de tous est sans aucun doute Jean. Il est chargé comme un mulet. Il a une envergure assez impressionnante. Si on additionne son poids et celui de son matériel, on atteint le chiffre impressionnant de 300 livres2 ! Le quartier de viande en plus, et la balance franchit le cap des 450 livres3 ! Heureusement, la viande restera ici, mais chacun de nous se demande comment il fera pour porter tout cela. Bonne chance, Jean !

Nous prenons place sur le traversier. Lyette ne réussit pas à enfourcher son vélo. Le doute grandit…

Selon quelques informateurs, la traversée du détroit de Belle-Isle n’est pas de tout repos, il parait qu’il vente beaucoup et que les vagues sont énormes. Le mal de mer semble fréquent chez les passagers, comme en témoignent la multitude de poubelles et de sacs prévus à cet effet. Pas rassurant ! Mais aujourd’hui, on prévoit une traversée tranquille.

Le bateau quitte le port peu après notre embarquement. Nous l’explorons. Il est très confortable. Il y a beaucoup de place pour relaxer, ce que certains d’entre nous ne manqueront pas de faire, question de regagner un peu de sommeil.

Le bateau traverse les glaces avec un peu moins de soins que le Nordik Express. Il fonce carrément dessus, ça brasse un peu. Et plus au large, c’est vrai qu’il y a de la vague. Ils disent pourtant qu’aujourd’hui c’est une belle journée… Je n’aimerais pas prendre ce traversier un jour de tempête.

Enfin, Terre-Neuve ! Quelques derniers ajustements, et nous voilà partis. Lyette finit par retrouver confiance en son vélo et en elle. Le convoi chambranlant prend la route. Nous laissons Jean au coin de la route.

Selon nos informateurs, toujours, la route devrait être assez planche, le vent acceptable et les moustiques absents. Ces informations s’avèrent relativement exactes. Les côtes, il y en a, mais des petites. Le vent, il y en a, mais dans notre dos. Çà nous donne des ailes et nous roulons à une allure fulgurante. Et les moustiques, il y en aura, mais… Bah !

Voilà que les négociations commencent pour l’emplacement d’un camping. Ce n’est pas évident. Nous n’avons pas tous les mêmes critères, et notre degré de fatigue est avancé. Enfin ! Nous nous installons sur une pointe, entre quelques arbres rabougris. Nous avons une vue superbe sur la mer. A six, l’installation du campement est assez rapide.

Jean-Pierre et Roger vont à la recherche d’eau potable. Ils s’arrêtent à une maison non loin de notre campement. Le propriétaire les accueille gentiment. « Où est le bain ? », demande Jean-Pierre, croyant pouvoir emplir la vache à eau plus rapidement. Mais la maison est minuscule, et il n’y a pas de bain. Avec un contenant, Roger et Jean-Pierre font la navette entre l’évier et la vache à eau qui est restée à l’extérieur. Ça prend un certain temps. Ils apprennent que leur hôte travaille à Labrador City et que ce n’est pas très accessible en venant de Terre-Neuve. Il vit avec son père de 78 ans, sa fille et son petit-fils. Paraîtrait que son père bûche beaucoup de bois, assez pour ne plus avoir à le faire lorsqu’il sera sur ses vieux jours…

Après le souper, Roger et moi convions le reste de l’équipe à venir se chauffer au feu de camp, dans un trou. Il aura fallu chercher pas mal pour trouver un endroit adéquat. Plus près des tentes, la végétation est trop sèche. Sur la plage, il vente énormément. Un trou probablement creusé mécaniquement nous coupe un peu du vent. Cependant, la fumée tourbillonne. Il n’est pas facile de rester près du feu sans pleurer… à cause de la fumée. Nous profitons de ce temps pour nous réchauffer et échanger sur notre vécu de groupe depuis le début du voyage.

Bien sûr, j’aurais pu écrire encore tant de choses, il y aurait tant à dire encore. Mais je laisse à notre mémoire le soin de conserver le reste. Puisse ces quelques souvenirs en faire jaillir d’autres !

Jacinthe

  1. 35 kg à 45 kg ↩︎
  2. plus de 135 kg ↩︎
  3. plus de 200 kg ↩︎

Relais Nordik 1,2

Relais Nordik
Sommaire

Vendredi. Bonsoir. J’écris cette belle page de journal bien assise à la cafétéria du Nordik Express, devenu notre petite maison depuis deux jours.

La journée débute très tôt avec l’arrêt du bateau à La Romaine à 5 h 30 ce matin. Réal, Jacinthe, Jean-Pierre et moi allons serpenter les petites rues de gravier du village avec nos bicyclettes. La visite est calme et très charmante.

Le déjeuner est pris ensemble, mais sans la présence de Lyette qui a passé une nuit peu reposante et qui profite de sa matinée pour récupérer et calmer ses maux de cœur.

Nous nous retrouvons quelques heures plus tard à Harrington Harbour. Encore un autre arrêt enchanteur. Avec nos bicyclettes, Réal, Jean-Pierre et moi allons nous promener sur les trottoirs de bois qui sont également les rues du village. C’est un endroit aussi très pittoresque avec son cachet de village de pêcheur.

Nous croisons de gros glaciers sur notre route vers Tête-à­-la-Baleine. C’est très beau un glacier. Et tout à-coup, c’est la mer de glaces. Ici et là, nous rencontrons des amas de glace plus ou moins gros, et parfois le bateau subit une secousse à sa rencontre avec un glacier. Nous souhaitions tellement les voir, et nous en voyons bien plus que nous ne l’espérions.

Ce sont des paysages différents que nous découvrons. Des rochers, de la mousse, de petits arbres, mais pas de grands arbres. Rendus à Tête-à-la-Baleine, nous faisons notre petite randonnée et le paysage est magnifique. Des îles, la mer, des glaciers, des petits lacs et l’amour d’un ami qui enveloppe mon cœur de bonheur. Une petite baignade dans la mer suffit pour faire réaliser à Jean-Pierre que cette eau est salée lorsqu’on y goûte !

Une dernière randonnée à La Tabatière nous confirme toujours la beauté du paysage de la Basse Côte-Nord. Toujours des amas de glace dans la mer. Ces petits arrêts sont très salutaires pour agrémenter et alléger la monotonie du voyage en bateau assis sur un banc.

Nous faisons un dernier arrêt à St-Augustin. Nous nous couchons. Terre-Neuve nous attend bientôt avec nos bicyclettes. Merci Seigneur pour cette belle journée !

Diane

Relais Nordik 1,1

Havre-St-Pierre > Relais Nordik
Sommaire

Jeudi. Un soleil resplendissant se lève sur Havre-St-Pierre. Nous sommes debout aux alentours de 7 h. C’est la grasse matinée si on compare aux deux jours précédents. Le site est splendide mais la présence tenace des moustiques nous convainc rapidement de décamper tout de suite après la gymnastique et la douche.

Notre prochaine destination est le terrain du centre touristique de Havre-St-Pierre. Une fois de plus, nous faisons honneur à la bouffe de Jean, et particulièrement à ses muffins. Après le déjeuner, nous allons visionner un film sur les Îles Mingan pendant que Jacinthe sert de chien de garde pour le matériel répandu par terre tout en complétant les sacs de nourriture. Et c’est la préparation finale des bagages. Quel tour de force d’entrer du stock pour plus de deux semaines dans deux minuscu­les sacoches de vélo !

Nous nous rendons au quai pour l’embarquement. L’atmosphère est toute frétillante. On entend le ronflement des moteurs du « Nordik Express ». On observe l’immense grue qui manipule les gros conteneurs comme s’il s’agissait de simples blocs « Lego ». À la dernière minute, on nous annonce qu’il faut placer le plus possible de bagages dans un conteneur.

15 h 15, le navire quitte le port. Nous sommes environ 120 passagers à bord. Aussi étonnant que cela puisse paraître, quelques personnes que nous connaissons voyagent avec nous. Jean rencontre encore une fois une de ses amies, Roger trouve des gens du Patro de Montréal, Jean-Pierre trouve une amie de son père.

Nous nous installons par terre tout près des vélos pour déguster la bouffe végétarienne de Lyette. De nombreuses paires d’yeux nous observent plus ou moins discrètement. Des gens viennent nous voir pour nous connaître un peu plus. Certains se disent impressionnés par la qualité diététique de notre nourriture.

En fait, un des grands plaisirs du voyage est de développer des liens d’amitié avec les autres passagers. Pour s’en convaincre, il faut observer Réal à tout moment en train d’engager la conversation avec une nouvelle personne. On se demande si cet homme ne possède pas plusieurs langues car il parle continuellement depuis l’embarquement jusqu’à l’heure du coucher.

Le paysage est fabuleux. Baie-Johan-Beetz, la première escale, est un petit village tranquille à l’embouchure d’une rivière. Nous enfourchons les bicyclettes et en faisons rapidement le tour. Après un milieu de soirée plutôt tranquille, le bateau accoste à Natashquan aux alentours de 22 h 00. Nous en profitons pour faire une promenade nocturne à pied ou à vélo.

Nous nous endormons finale­ment dans le bercement de la mer. C’est une nuit repo­sante, sauf pour ceux qui doivent prendre des Gravols.

Roger

Havre-St-Pierre 1

Matane > Havre-St-Pierre
Sommaire

Mercredi. Pas de crevettes, et plus personne de crevé. Une bonne nuit, ça fait beaucoup de bien. Elle a été courte, toutefois, car le lever avait été fixé à 5 h 45. Pourtant, les oiseaux nous avaient largement devancés… Douche générale, ramassage express, À 6 h 45, nous sommes sur le quai de Matane. Il fait très très beau, la mer est calme, et le bateau se présente peu après pour nous emmener à Godbout. La traversée sur cet immense vaisseau est sans histoire mais mémorable. La température est chaude, superbe, le soleil et le petit déjeuner nous réjouissent. L’arrivée à Godbout est spectaculaire. Wow !

Nous reprenons la route de la Côte-Nord, que nous avions contournée à cause des feux de forêt. Nous décidons de ne pas trainer et tenons parole jusqu’à… Port-Cartier. Nous arrêtons près de chutes grondantes pour 3 minutes et restons 30 minutes en admiration. Puis nous retournons dans l’enfance de Diane, née à Sept-Îles. La maison natale, le vieux quai, un copain d’enfance, une bonne amie… ouf ! Nous partageons la joie de Diane, et notre retard s’accentue sérieusement.

Nous reprenons la route après Sept-Îles et décidons de ne pas traîner (bis). Cette fois-ci, nous tenons vraiment parole… en silence. La Jeep devient dortoir. Par bonheur, je conduis et ne manque pas le paysage féerique. Nous faisons un petit arrêt à Longue-Pointe sur un belvédère face à l’île Nue, avec vue sur l’île aux Perroquets et Anticosti. Les souvenirs reviennent en masse, distraits par le passage d’un rorqual commun. Au passage de la Rivière Mingan, Vigneault chante «Jack Monoloy». Coïncidence heureuse. En fin d’après-midi, nous arrivons au Havre-St-­Pierre. Paul, militant péquiste de Parcs Canada, nous informe que le bateau sera en retard de quelques heures. Youppi ! Nous sommes en congé ce soir.

La pizza aux fruits de mer est excellente et Roger observe attentivement la serveuse sous l’œil inquiet de Jacinthe. (Voir Jacinthe pour une autre version.) Puis, après messe, marche et digestion (burp !), une réincarnation du frère Marie-Victorin nous informe sur la flore des Îles Mingan puis sur le meilleur site pour le camping sauvage. Après avoir exploré les tours et détours d’un labyrinthe de roulottes, nous nous installons avec volupté pour la nuit.

Réal

Matane

Montréal > Matane
Sommaire

Ok ! Le bateau à pédales est parti. Oui, d’accord, il y en a un qui marche (cest moi), mais c’est un bateau qui est bien bâti, avec des membres solides.

Alors, ce matin, Diane doit me prendre et on rencontre tout le monde à 7 h 30 chez Jean-Pierre. C’est parfait, on est là à 8 h 30. Tout le monde est de bonne humeur, on s’affaire à installer les vélos. Lyette met du « tape » sur le réservoir de combustible, Jacinthe, voyant mes bottes de marche, passe proche de s’évanouir. La galère flotte bien, tout le monde est bien fatigué, semble-t-il, peut-être davantage Roger, vanné par son déménagement.

La route est bonne jusqu’à la halte routière avant Québec, puis jusqu’à Montmagny, sans toutefois que nous puissions trouver des piles pour lampes frontales. C’est à Rimouski qu’on va trouver ces fameuses piles. Belle arrivée à Matane, village que j’avais mal imaginé même dans mes pires… s’cusez…

Un bon souper de Chili Con Carne préparé par Jacinthe et Roger, et surtout de délicieuses fraises nappées de cassonade et de crème terminent cette journée agréable dont nous sortons fatigués, mais parce qu’on s’était fatigués avant. C’est énervant les départs.

Jean

P.S. Où sont les crevettes ?

Terre-Neuve à vélo – 1991

Thor, le Dieu tout-puissant des Vikings, décida de guider son meilleur équipage vers une contrée aussi froide que la Norvège et emplie de mystères… Leur but : découvrir ce qu’il y a de plus beau et s’en accaparer, si possible. Trois femmes aguerries et cinq hommes, les plus braves, partirent donc pour ne revenir que mission accomplie. Bravant glaces, pluies et vents terribles, ils mirent le cap sur cette Terre Neuve. On raconte qu’ils accostèrent au nord, quoique certains affirment une venue du sud. Quoiqu’il en soit, leur passage laissa certains artefacts, tout au long de la route jusqu’à l’étang Western Brook. Mais après, que se passa-t-il ? Où ont-ils été ? Ont-ils accompli la mission tel qu’exigé ? Récemment, on fit la découverte d’un document, non encore authentifié, relatant leur voyage. Des passages incroyables – erreurs de traduction ? – décrivent une partie de lépopée. La réponse à l’énigme s’y trouve peut-être. Aux lecteurs de juger !

Bon ! C’est un tantinet grandiloquent, mais c’est ainsi que débute le journal dune aventure aux nombreux rebondissements.

En fait, le nord de Terre-Neuve invite au voyage dans le temps avec les merveilles géologiques du Parc Gros-Morne, les surprises archéologiques de Port au Choix, l’Anse aux Meadows et Red-Bay, avec le pédalage rythmé par des paysages spectaculaires et presque vierges. Il y a aussi la nature avec ses cascades et ses cavernes de glace, ses montagnes, ses toundras et ses déserts, sa végétation tourmentée, sa mer omniprésente, magnifique et cruelle. Il y a l’humain avec des gens gentils, simples et généreux, avec des amis cyclistes qui se découvrent dans un quotidien exigeant mais stimulant, avec chacun en lui-même dans des heures de misère, de solitude, de partage et d’émerveillement. Magie du vélo.

Parfois éparpillés mais profondément unis, nous avons rempli yeux et cœurs. Seulement 285 km pouvant être confirmés selon les algorithmes, mais cétait bien avant que la planète soit numérique.

Voyez larticle paru dans Vélo-Mag – mai 1992.

Matane
1991-07-02

Havre-St-Pierre
1991-07-03

Relais Nordik 1,1
1991-07-04

Relais Nordik 1,2
1991-07-05

Brig Bay
1991-07-06 – 23 km

Eddies Cove West
1991-07-07 – 51 km

Bellburns
1991-07-08 – 68 km

Shallow Bay
1991-07-09 – 57 km

Western Brook Pond 1
1991-07-10 – 26 km

Rocky Harbour 1
1991-07-12 – 32 km

Rocky Harbour 3 (Tablelands)
1991-07-14 – 27 km

Relais Nordik 2,1
1991-07-20

Havre-St-Pierre 2
1991-07-21

Godbout
1991-07-22

Montréal
1991-07-23

Nicolet / Montréal

15 juillet > Nicolet / Montréal
Sommaire

Dimanche. Dernière journée. On voudrait que l’aventure ne finisse pas, et pourtant elle achève. Profitons de ce qu’il en reste.

Ce matin, on se lève tôt, même si l’expérience est pénible. La fatigue se fait sentir, et de charmantes bestioles nous attendent à l’extérieur des tentes pour prendre leur petit déjeuner à nos dépens. Qu’importe… Le matériel est préparé et placé près des voitures. Le petit déjeuner est pris rapidement et joyeusement. Comme Jacinthe doit rentrer à La Tuque le soir même, elle héritera des bagages de tous, à l’exception d’un strict minimum, et j’aurai les passagers. Du bagage, elle en aura jusqu’au toit.

Anne et Marco nous quittent, heureux de leur camping et des rencontres, mais las des mouches noires. Puis nous laissons avec une émotion certaine Alain et Pierre-Luc qui prendront en avant-midi le traversier vers Matane pour un séjour en Gaspésie. Je les jalouse un peu, ils sont chanceux. Ils ont été de très agréables compagnons. La route commence.

Il avait été entendu que nous roulerions sans interruption. De fait, nous n’avons arrêté que trois fois avant Québec : plein d’essence à Forestville, traversier à Tadoussac et pause-santé à Baie-St-Paul. Ouf ! Les passagers sommeillent souvent, alors que les conducteurs admirent au passage des points de vue impressionnants sur le golfe, le fleuve et les montagnes. La circulation et la météo s’alourdissent progressivement, et bientôt le soleil nous quitte. C’est plus confortable, mais moins beau. Les petites voitures, surchargées, peinent dans les côtes. C’est un marathon.

À 15 h 30, nous débarquons chez la maman de Roger (papa est en voyage en France) pour un repas préparé avec amour. Les anecdotes fusent, entrecoupées de bâillements et de goinfreries. Le repas est excellent et abondant, marqué de gentillesse, de bonne humeur et d’un mémorable short cake aux fraises. La totale impossibilité d’en avaler plus met fin au repas, et après une laborieuse comptabilité, nous entamons la dernière partie du voyage. Tous les gestes et les pensées semblent ralentis : est-ce la fatigue ou le goût d’étirer l’aventure ? À Trois-Rivières, dans un beau stationnement de centre d’achats, nous nous séparons de Jacinthe. Tristesse contenue. Elle désire aller chez les siens à Nicolet, peut-être pour se reposer, sûrement pour ne pas être seule tout de suite. Merci, Jacinthe, t’es merveilleuse et magnifique.

Nous entrons à Montréal sous la pluie, par l’horrible chantier du boulevard Métropolitain et dans un trafic hypernerveux. C’est chaud, collant, étouffant. Jean, puis Roger, sont livrés à domicile. Louise est ensuite laissée chez Suzanne chez qui nous jasons un peu, puis avec Jean-Pierre nous finissons le déchargement chez lui. Il est attendu par sa mère, son frère et un gâteau d’anniversaire. Je rentre chez moi, et je tombe rapidement pour un repos bien mérité.

Nous avons fait bien du chemin, mais le voyage humain, intérieur, nous a menés encore plus loin. La magie des lieux, des personnes et du bon Génie des îles qui nous a toujours accompagnés, fait de ce voyage une des plus belles et fortes expériences de ma vie. Merci, Seigneur, de faire tout ce chemin avec nous.

Réal

Godbout

Île Quarry > Godbout
Sommaire

Samedi. Première journée du retour. Nostalgiques, nous jetons un dernier regard sur l’île Quarry. Le bateau-taxi vient nous prendre et nous reprenons nos autos (que ça fait bizarre de conduire !). Prochaine étape : Godbout, où Alain et Pierre-Luc nous quitteront pour prendre le traversier vers la Gaspésie.

C’est une journée de contrastes. Lever sous la pluie, froid de canard, habillement de circonstance, comme en hiver. Puis, à Sept-Îles, gros soleil, chaleur torride qui nous fait suer à grosses gouttes en incitant pantalons et manches longues à prendre le bord. Il fait trop chaud. À Pointe-des-Monts, l’équipe fait un arrêt pour admirer le paysage. Il vente très fort, ce n’est pas particulièrement chaud, mais le spectacle des vagues venant se briser sur les rochers est saisissant.

Godbout, enfin. Les conducteurs sont fatigués. Nouveau campement. Tout le monde soupe et ensuite se disperse. Les une vont dormir, les autres marchent, puis terminent la journée par une prière. Anne et Marco, de Baie-Comeau, nous visitent. Ils campent avec nous cette nuit.

Déjà, l’aventure tire à sa fin. Nous aurions pu écrire des pages et des pages. Parfois, la fatigue était plus forte que l’inspiration. Mais la plus belle histoire, essentielle, ne s’écrit pas. C’est l’histoire intérieure de chacun. Nous en ressentons toute la richesse.

Jacinthe

Île Quarry 2

Île Quarry
Sommaire

Vendredi. Toute cette journée se fait sous le signe de la fête dans la féerie de l’île Quarry. Comme nous sommes encore fatigués de la demi-nuit sur le bateau, le lever se fait plus tard qu’à l’habitude. Avec des mains de maîtres, Louise et Alain cuisinent des omelettes assaisonnées des multiples manières. Sitôt le déjeuner terminé, Jacinthe et Louise inventent un instrument de musique avec le foyer pour le feu et quelques et quelques morceaux de bois. C’est une batterie de percussions aux sons variés. Plusieurs d’entre nous improvisent donc un surprenant concert de percussions et de voix dans un rythme endiablé.

Dès que chacun est prêt, nous entreprenons le grand tour de l’île en suivant la grève. Le temps est ensoleillé et venteux. Nous passons notre temps à nous émerveiller devant la flore, la faune et la géologie de l’île. Les arrangements de fleurs et de rochers surpassent de beaucoup tout ce que les paysagistes montréalais auraient pu imaginer. Ici, la force de la vie est si puissante que les fleurs arrivent à pousser sur des pierres presque dénudées de terre. Les escargots et les huîtres peuplent le sol que nous foulons. Nous rencontrons plusieurs monolithes et nous explorons les débuts de «grottes» creusées dans les rochers par l’érosion. Trois carcasses de bébés phoques (probablement) sont trouvées sur la grève. La force des vagues est particulièrement impressionnante, surtout quand deux courants opposés se rencontrent à une pointe de l’île. Bref, on pourrait prendre plusieurs pages pour décrire ce que nous avons observé.

La journée n’était cependant pas sans action. Nous avons construit un totem avec des roches en forme de briques. Plusieurs ont ramassé et gardé avec eux les objets qui les fascinaient le plus. Plusieurs chants ont ponctué la journée. Un petit groupe a bien ri de Jean-Pierre en lui demandant de porter une roche apparemment très lourde. Cette roche était en réalité de la styromousse. Vers la fin de la randonnée, la gang se divise en deux. Alors que certains complètent le tour de l’île, d’autres piquent à travers par le sentier aménagé.

Nous entamons donc la préparation et la dégustation du souper : fettucini aux crevettes suivi d’une fondue au chocolat. Il faut dire que nous sommes affamés à la suite d’une grande journée de marche. Nous avons l’air d’une gang de goinfres en avalant la fondue au chocolat en vitesse accélérée en utilisant des mains toutes beurrées. Il faut dire que certains malins se sont amusés à enduire les mains des autres de chocolat. Résultat : nous sommes bien repus et les fonds de plats sont même difficiles à finir. La soirée se poursuit par la traditionnelle vaisselle et la longue préparation de la soirée. Certains préparent en secret la fête de Jean-Pierre, d’autres tentent de faire un feu potable au grand vent, d’autres prennent un temps de repos ou une marche.

Nous débutons donc le feu de camp marqué par les festivités de l’anniversaire de Jean-Pierre. Au son du « Mon cher Jean-Pierre », nous remettons au jubilaire une tasse de gamelle remplie de chocolat de fondue surmonté de chandelles qui n’ont jamais pu être allumées. Jean-Pierre reçoit ensuite son cadeau bien enveloppé et décoré d’un chou « scout ». C’est une casquette de Havre-Saint-Pierre et un laminé représentant un macareux. Réal, Jacinthe et Roger entonnent ensuite un chant qu’ils ont composé pour la circonstance. Le texte suit ci-dessous. Après le petit mot de Jean-Pierre, la soirée se poursuit dans les chants et la musique pour se terminer par la prière communautaire.

Roger

Merci, Jean-Pierre – chant d’anniversaire

Ne te fie pas aux apparences, tu es vraiment unique,
Pendant le temps de nos vacances, tu as été magnifique,

Merci, merci, Jean-Pierre, de tant nous aimer,
Pour ton anniversaire, chacun te dit : «Je t’aime», je t’aime, je t’aime !

Le photographe infatigable, le cartographe zélé,
Toujours vaillant et serviable, est un ami adoré,

Chef cuisinier improvisé, pêcheur désespéré,
Pour des repas bien planifiés, on a été très gâtés,

Tu nous as bien organisés, tu avais tout étudié,
On t’a suivi sur les sentiers, ton rêve nous a entraînés,

Observateur, conciliateur, si proche, pourtant discret,
Tu as été un vrai leader, tu as bâti notre paix,

Tout en douceur, persévérant, et toujours étonnant,
Avec Diane, ton âme-sœur, tu nous ouvres grand ton cœur !

Quelques années plus tard, après l’ajout du dernier paragraphe, ce chant a été enregistré pour Jean-Pierre. Voyez la vidéo.

Île Quarry

Havre-St-Pierre > Île Quarry
Sommaire

Jeudi. Après environ deux heures de léger sommeil sur un banc, je me réveille soudainement. La lumière du jour apparaît lentement, je me précipite sur le pont pour voir le lever du soleil. Le rose et le rouge à travers les nuages me rendent un peu nostalgique, la mer est calme, je distingue bien la terre ferme au loin. Je me recouche pour une heure, jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’on a déjà accosté. Je me lève aussitôt et je vais rejoindre mes amis. C’est maintenant très nuageux dehors et il pleut à verse. On décide ensemble de monter nos tentes juste à côté du centre d’accueil de Parcs Canada de façon à être sur place pour 9 h, heure à laquelle nous devons rencontrer nos amis de la Maison Blanche. Nous montons nos tentes en un temps record pour dormir très bien un bon deux heures.

À 8 h 59, le klaxon d’une auto nous annonce l’arrivée de Jean, Louise, Alain et Pierre-Luc. On décide ensemble du menu des prochains jours, puis les achats sont effectués. On va manger tous ensemble une pizza aux fruits de mer puis on se dirige rapidement vers le quai. Il fait beau soleil, mais il vente beaucoup, la mer est agitée. Je note une baleine tout près du quai. Deux petits bateaux nous amènent à travers les îles Mingan vers l’île Quarry. Il vente toujours fort. Dès l’arrivée, j’essaie d’installer ma tente. Je ne réussis pas à la placer où je le voulais : la force du vent arrache mes piquets, ma tente tend à s’envoler. On réussit à bien fixer toutes les tentes à l’aide de pierres et de cordes. On place les sacs à dos remplis de nourriture dans les arbres.

Nous partons visiter le centre de l’île par un chemin écologique. Nous traversons une immense tourbière très marécageuse. Ce n’est pas venteux au centre de l’île. Nous revenons rapidement au campement pour préparer le souper. Roger nous monte un feu, comme d’habitude. Nos quatre nouveaux amis veulent des nouvelles d’Anticosti, Jacinthe entreprend donc la lecture des premières pages de ce journal. Elle rit en lisant, autant que ses auditeurs. On est bien heureux.

La soirée se termine avec quelques chansons douces. À 23 h 55, Roger entame « Tout va changer ce soir » de Michel Fugain, on prolonge la chanson jusqu’à minuit, puis on me chante « Mon cher Jean-Pierre, c’est à ton tour… » Eh oui, c’est maintenant le 13 juillet, c’est maintenant ma fête. On chante aussi pour Jean-Luc, mon frère jumeau. J’apprécie ces instants et je suis content d’être avec mes amis, avec qui j’ai vécu de très belles choses depuis deux semaines. Les aurores boréales dansent dans le ciel, comme des feux d’artifice pour souligner ces moments importants. La fête ne se poursuit pas tard cependant car on veut bien profiter de notre journée de demain. Bonsoir.

Jean-Pierre