Bienvenue cyclistes ?

Tout un accueil !

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Je ne pouvais pas laisser le blocage de la piste se poursuivre sans réagir. Dès mon retour, j’ai transmis une plainte au Ministère des Transports. J’ai également écrit pour quelques médias un texte présentant ce problème étrange rencontré sur un des principaux axes cyclables du Québec. Voici.

Bienvenue cyclistes ? Pas tous les jours.

Cyclotouriste de longue date, je viens enfin de parcourir Le Parc linéaire interprovincial Petit Témis qui relie Edmunston NB à Rivière-du-Loup Qc, une magnifique balade vélo de 134 km. Mais les gens de la région évitent une partie de la piste, car il y a un os.

Entre St-Honoré-de-Témiscouata et St-Louis-du-Ha ! Ha !, la piste est fermée : il y a de gros travaux sur l’autoroute 85. Pour les contourner, une navette est offerte… cinq jours par semaine, soit du jeudi au lundi. Or, une semaine compte bel et bien sept jours !

Mardi dernier, j’ai bien vu les panneaux annonçant la fermeture avant d’arriver devant une barrière et des cônes oranges. Je n’ai vu aucune indication de détour, et pour cause : il n’y a pas de détour. Il n’est pas recommandable de rouler sur une autoroute en travaux, même si certains y vont à leurs risques.

J’ai fait quelques appels. À la navette, une boite vocale, pas de retour. À Québec 511 (Transport Québec), une préposée un peu désemparée m’indique que ce ministère ne s’occupe pas des vélos (quelqu’un s’est trompé de siècle ?) et, en désespoir de cause, me donne le numéro de la municipalité. À la municipalité, ce sont les vacances, il ne reste qu’une boite vocale. Heureusement, la Sûreté du Québec est là. Un agent se rend sur place et demande un véhicule de l’entrepreneur pour me faire franchir quelques kilomètres, même si ce n’est pas sa responsabilité. Bravo et merci !

Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Mercredi matin, j’ai croisé plusieurs voyageurs au long cours : quelques québécois, un allemand, un couple parti de Toronto vers Moncton, un jeune homme pédalant de Vancouver jusqu’à Terre-Neuve. Aucun ne mesurait le problème, plusieurs ne comprenaient pas le français. Je leur ai fait part de mon expérience et de la solution utilisée.

Si rien n’est fait, des voyageurs seront mal pris et à grand risque deux jours par semaine, alors que la navette existe. En attendant d’établir un nécessaire vrai détour vélo, la navette doit rouler tous les jours dès mardi prochain. Point.

Deux jours plus tard, j’ai appelé le numéro de la navette. On m’a indiqué que le service était maintenant disponible sept jours par semaine, ce qui a été confirmé le lundi 28 juillet par un communiqué du Ministère. Est-ce grâce à ma plainte, à des pressions de la SQ ou aux deux ? Peu importe : les cyclistes pourront passer en sécurité. C’est quand même étonnant : ce chantier s’étire de 2022 à 2027, et ce n’est que maintenant que la navette roule tous les jours de l’été.

Malheureusement, la piste sera à nouveau complètement fermée à partir du 1er septembre ; il faudra donc s’assurer d’un détour sécuritaire d’ici là. Donc, encore à suivre.

Les derniers kilomètres

Un joli camping

St-Honoré-de-Témiscouata > Rivière-du-Loup >> Montréal – 55 km
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Mercredi. La nuit s’annonçait froide, elle a tenu promesse : mon thermomètre a affiché un tout petit 10°. Au matin, le soleil a tout réchauffé puisque la journée s’annonce parfaite. Quand je me lève vers 8h15, Simon est déjà parti. Sous le soleil, le site reste enchanteur. Je me prépare tranquillement pour cette dernière journée vélo – déjà ! 

En début de journée, je croise plusieurs cyclistes au long cours : quelques québécois, Tobin, de Hambourg (Allemagne), Sue et Don, pédalant de Toronto à Moncton, ainsi que Rudy, traversant de Vancouver à St-Jean Terre-Neuve. Aucun ne soupçonne le blocage de la piste, alors je leur fais part de la solution expérimentée hier.

La piste progresse principalement en forêt, avec quelques passages près de routes. Quelques jolis lacs et un autre camping avec cascade enjolivent le trajet. En approchant de Rivière-du-Loup, les cyclistes récréatifs se font plus nombreux – je regonfle le pneu d’un vélo électrique.

Les bâtiments, routes et autres aménagements se multiplient, on devine puis observe les montagnes de Charlevoix et le fleuve. En entrant en ville, je perds brièvement la piste mais la retrouve facilement.

Une bonne descente passant devant l’hôpital, puis je retrouve l’info touristique et ma voiture. Tout est en ordre, bien sûr. Je charge mon matériel, j’installe mon vélo sur le toit, je change de vêtements. Il est temps d’acheter un peu de nourriture et de prendre la route sous la chaleur et un ciel voilé.

Peu après, à l’entrée de Notre-Dame-du-Portage, j’arrête pour manger en admirant le majestueux fleuve et les montagnes de l’autre rive. Je roule pour un bout de temps sur la pittoresque route 132, puis je rallie l’autoroute après Rivière-Ouelle. Quelques recharges et plusieurs kilomètres plus loin, je suis de retour à la maison… avant de repartir dans deux jours ! 

km jour : 55,2
km total : 349
départ / arrivée : 9 h 30 / 13 h 30
temps de trajet : 2:38
vitesse moyenne : 21,0
vitesse maximale : 66

Dépasser les obstacles

On va où ?

Parc du Lac Témiscouata >  St-Honoré-de-Témiscouata – 61 km
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Mardi. Nuit excellente, fraîche et sèche, comme prévu. Ciel constellé d’étoiles, mais le village de Cabano éclaire assez pour ne pas avoir besoin de la frontale dans ma tente. Au matin, il ne fait que 13° dans la tente, mais le ciel est parfait. J’examine les cartes pour décider du programme de l’avant-midi. À 8h, je suis sur mon vélo, mais je laisse l’essentiel de mon bagage au camping.

Je prend la route d’accès qui monte doucement dans une vallée. Elle est lisse, parfaite, puisqu’elle est fermée en hiver. Je n’y croise que quelques véhicules SÉPAQ, dont celui de M. Jean, capitaine de la navette. Après 9 km, je prends à droite. Il y a une bonne descente, puis une abrupte montée, mais je n’ai pas à me rendre en haut maintenant puisqu’il y a le stationnement pour la boucle de la Montagne du Chert, mon objectif pour tout de suite.

C’est une jolie balade en forêt, mais presque sans points vue. Il y a un petit belvédère, puis on devine le Grand Lac Touladi à travers les branches, mais sauf par une fugace éclaircie il faut se contenter d’une belle marche avec à l’occasion un peu de boue.

De retour à mon vélo, je prends la route vers l’entrée St-Juste. Je termine la montée à 13%, suivie d’une descente à 17% et de quelques autres autour de 15%. Ça descend vite, avec une pointe mesurée à 66 km/h ! Après un pont sur la Rivière Touladi, je dois prendre à droite. Surprise ! Sur 6 km, je roule sur du mauvais gravier, avec des côtes ravinées et de la planche à laver. Ça brasse ! Seul réconfort, quelques framboises juteuses.

Toute mauvaise chose a une fin – je l’espère, et c’est le cas ici. Un pont suspendu, qui se marche mais est trop étroit pour se croiser, retraverse la Rivière Touladi. Ensuite, je retrouve une bonne piste cyclable en poussière de roche qui me ramènera au camping.

Après une petite pause près d’une anse, mon vélo émet un fort bruit métallique. Qu’est-ce que c’est ? Diagnostic : le frein avant. Je n’ai que ma pompe, des rustines et mes mains, le reste est dans la tente. Je mets mon vélo à l’envers sur une table, puis je démonte les étriers avant. Le ressort qui éloigne les plaquettes du disque est tout tordu, et les plaquettes sont grugées. Ces dernières me servent d’outil pour plus ou moins redresser le ressort, je peux tout remettre en place et rouler en sécurité. Ouf !

J’avais envisagé revenir sur mes pas pour prendre l’autre traversier, il n’en est plus question. Je réserve un passage sur la navette, je prépare mon matériel en vitesse et je suis au quai 10 minutes avant le départ, à nouveau en compagnie de M. Jean. Toutes les places sont occupés, mais le lac est plus tranquille qu’hier. Traversée à nouveau très plaisante.

En arrivant à Cabano, je prends enfin le temps de manger avant de repartir sur la piste, toujours très agréable.

Devant moi, un cycliste chargé que je rattrape à l’ancienne gare. David est venu d’Ottawa à vélo, mais il vient de faire un mauvais détour sur des routes de gravier sans aucune indication puisque la piste est fermée à St-Honoré. Il se reposera ce soir au Parc. Plus loin, une affiche orange confirme la fermeture et annonce une navette du jeudi au lundi. Nous sommes mardi, la planification du chantier est clairement déficiente. 

Arrivé sur place, c’est le cul-de-sac : une solide barrière et aucun détour proposé. Il faut trouver une solution. J’appelle d’abord le numéro sur l’affiche : répondeur, pas de retour d’appel. Ensuite, la ligne d’aide du ministère des Transports. Me suis-je trompé siècle ? Ils ne s’occupent pas de vélo (ce n’est pas du transport ?) sauf, visiblement, pour fermer des pistes. La préposée me donne le numéro de la municipalité : le répondeur me souhaite de bonnes vacances. Étape suivante : la SQ, police provinciale. Eux sont efficaces : un agent posté à Cabano me rappelle rapidement, il me fait préciser ou je suis et vient me rejoindre. Il arrive en même temps qu’une camionnette de l’entrepreneur. Bingo !

C’est Carl, un superviseur, qui m’amène avec mon vélo de l‘autre côté du chantier. Il n’y a pas de détour suggéré car il faudrait passer sur l’autoroute, ce que font les cyclistes quand il n’y a pas de navette. Petit suivi à prévoir…

La fin du trajet d’aujourd’hui est sans histoire. Personne sur la piste, ça monte tranquillement pas vite, une petite cascade égaie le chemin. J’attends le prochain site favorable.

Il est là : une table, des plateformes de tente, un foyer, et un autre cycliste, Simon, de Rimouski. C’est son premier voyage à vélo mais il est un randonneur aguerri. Demain, il ira au Parc du Lac Témiscouata. Beau programme, je peux lui fournir quelques indications pratiques pour passer la barricade. 

Comme il y a quelques moustiques, nous ne veillons pas tard. J’écris le journal, j’appelle mon frère et à 22h15 c’est prêt pour dormir, avec le chant du ruisseau tout près et un ciel constellé d’étoiles qui fêtent la Voie Lactée. Demain, déjà, dernier jour de cette courte aventure.

Dans le Parc
km jour : 30,5
km total : 263
départ / arrivée : 8 h 00/ 13 h 45
temps de trajet : 2:19
vitesse moyenne : 13,2
vitesse maximale : 66

Cabano (navette) > St-Honoré-de-Témiscouata
km jour : 30,8
km total : 293
départ / arrivée : 14 h 15 / 18 h 15
temps de trajet : 2:22
vitesse moyenne : 13,0
vitesse maximale : 24

Au parc du Lac Témiscouata

Lac Témiscouata, vu du sentier de la Montagne-du-Fourneau

Lac Témiscouata (Dégelis) > Parc du Lac Témiscouata – 35 km
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Lundi. Les bruits de la nuit ont été multiples : les vagues et le vent se sont effacés, les huards ont chanté de temps en temps, et vers 1h une solide averse s’est mise à tambouriner sur la tente, heureusement toujours étanche malgré les années. Vers 7h15, l’équipe d’entretien m’a réveillé en faisant un peu de ménage. Elle est efficace, les installations sont exceptionnellement propres.

Je m’organise tranquillement, la tente est assez sèche quand je débute ma journée de vélo vers 8h30.

C’est frais, avec un mélange soleil et nuages et un solide vent du nord-ouest qui souffle dans ma face. Comme je ne vais pas loin aujourd’hui, aucun problème. En revanche, je garde ma veste pendant tout le trajet.

Entre le lac et la montagne, cette partie de la piste est magnifique. Comme il n’y a pas de route, il n’y a aucune construction ; surtout, une succession de tranchées creusées à la dynamite et de ponts offrent de superbes points de vue. Évidemment, c’est encore assez tranquille puisqu’il est tôt.

Après quelques kilomètres, il y a un chapelet de chalets tout au long de la berge puisqu’il y a une route. C’est moins sauvage, malheureusement.

À Notre-Dame-du-Lac, le premier village, j’arrête au quai du traversier que je prévois prendre demain. Plusieurs chalets plus loin, j’arrive à Cabano, où je prendrai une navette vers le parc. Après un arrêt à l’épicerie, j’appelle pour réserver mon passage. Comme je suis 10 minutes en retard pour celui de 10h45, je prendrai le suivant, à 13h15. J’ai donc le temps de me balader le long de la berge – un homme est en planche à voile, les conditions sont excellentes. Je reviens vers le parc pour m’installer à l’ombre et à l’abri du vent pour écrire un peu jusqu’à l’heure du repas.

J’arrive au quai du traversier une bonne demi-heure en avance. Malgré le vent froid et quelques gouttes, c’est vraiment joli. La navette l’Épinoche est un gros ponton aménagé avec un toit souple, des supports à vélo et des banquettes toutes occupées. Jean, le capitaine, nous avise que ça pourrait brasser avec le vent et les vagues, mais c’est finalement plutôt facile.

Mon voisin est très sympathique et intéressant. Jean-François est en vacances en famille – avec sa femme et trois filles de 5 à 13 ans – mais sa voiture est en réparation pour deux jours à cause d’un problème de freins collés. Il vient de la laisser au garage et rentre au camping à vélo. Il a hâte de la changer mais ils viennent de faire des travaux majeurs et urgents à la maison. Il garde un excellent moral, la traversée passe vite.

Tout près du quai, il y a un poste d’accueil. Comme je suis à vélo, je n’avais pas à réserver et j’ai une place garantie. Les sites « Bienvenue cyclistes » sont à environ un kilomètre, au bout d’un chemin de gravier et près d’un ancien quai. C’est parfait : il y a des tables, une super toilette sèche, une armoire en métal à l’abri des animaux gourmands et une jolie plage. 

Je m’installe mais renonce à la baignade : c’est pas chaud. En revanche, il y a le sentier de la Montagne-du-Fourneau qui semble intéressant. Cette boucle de 5,8 km monte en forêt jusqu’à un spectaculaire point de vue. C’est ravissant… et ça fait changement. J’y croise Jean-François et ses deux plus jeunes, mais avec une poussette il a renoncé, une excellente idée.

Au retour, une petite averse m’accueille. Quand elle se termine, je fais un aller-retour à vélo vers ma tente pour pouvoir enfin prendre une douche, qui s’impose après ces quelques jours. Le bloc sanitaire est assez loin dans le camping. En y entrant, j’ai une question et l’homme qui y répond a de la conversation. Il a 10 ans de plus que moi mais reste passionné de randonnée malgré les limites qui s’installent. Il est aussi passionnément en opposition au gouvernement du pays voisin – il n’est pas le seul. Après la douche, une autre averse passe. Une famille avec deux très jeunes fils est à la vaisselle, c’est à nouveau une belle rencontre.

De retour au camping, c’est l’heure de cuisiner, d’admirer le coucher du soleil et de rentrer sous la tente vers 20h45. Un peu d’écriture alors que la noirceur est tombée, et je me prépare pour une nuit froide sous un ciel dégagé – pour le moment -, à nouveau bercée par les vagues toutes proches. Vive la nature !

km jour : 36,8
km total : 232
départ / arrivée : 8 h 30 / 11 h 00
temps de trajet : 2:41
vitesse moyenne : 13,7
vitesse maximale : 32

Du lac au fleuve au lac

Lac Témiscouata, près du camping improvisé

Pohénégamook > Edmundston > Lac Témiscouata (Dégelis) – 125 km
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Dimanche. Finalement, les trains aussi se reposent. J’ai donc pu dormir sans eux. Je m’éveille vers 5h, après une bonne nuit. Un coup d’œil sur la météo prévue me convainc de ranger mon campement sans attendre que la tente ne soit mouillée. Elle ne reçoit que quelques gouttes. À 6h, je prends la route sous un ciel bien gris, mais sans la pluie qui reste plus au nord. 

Si tôt un dimanche matin, c’est vraiment tranquille. Petite pause pour la crème solaire et un plein d’eau à Rivière-Bleue, le premier village. Je longe longuement le bien nommé mais rarement visible Lac Long.

Ce n’est pas un pays riche, comme attesté par des maisons souvent décrépites et parfois abandonnées. Après 40 km, j’arrive au Nouveau-Brunswick et la route est désormais numérotée 120.

Le premier village est Lake Baker, lieu de villégiature. Le grand lac, environné de montagnes, est magnifique, et les maisons clairement plus luxueuses.

Quelques bonnes descentes – entrecoupées de montées, quand même – me mènent au fleuve Saint-Jean, un des principaux cours d’eau de la province. Nous sommes loin de l’embouchure, mais il est déjà majestueux.

Étonnamment, il fait presque beau, avec de bonnes percées de soleil. Comme la circulation est plus dense sur une route pas vraiment large, j’allume mon feu rouge clignotant. 

En entrant à Edmundston, un homme m’interpelle. Ayant déjà participé au GDPL, Patrick reconnaît mon maillot. Sympathique rencontre entre cyclistes. Je rejoins la piste cyclable vers 11h50 – 12h50 heure du Nouveau-Brunswick. Comme j’avais vérifié d’avance la configuration des lieux, je me repère facilement.

J’arrête pour un petit pique-nique. Un garçon d’environ 12 ans se joint à moi : Yahya est passionné de vélo et très serviable. Il me parle de quelques aventures sur deux roues – un voyage d’Edmundston à Montréal avec son père, et un accident sérieux duquel il est sorti blessé avec un vélo détruit. Il me guide vers l’épicerie, puis nous reprenons nos routes respectives. 

Près de la ville, les vélos sont assez nombreux, presque tous électriques et conduits par des retraités, mais bientôt je suis presque seul. La piste de poussière de roche qui longe la rivière Madawaska et l’autoroute est facile – c’était un chemin de fer -, mais je garde un œil sur la météo et le ciel.

Quand l’averse arrive, je suis installé à une table de pique-nique couverte, le luxe. Robert, un homme du coin en vélo électrique, se joint à moi pour profiter de l’abri. Une autre agréable rencontre qui se termine quand le soleil se met à briller de tous ses feux dans un ciel bien bleu. L’averse a quand même duré une heure.

Peu après, je suis de retour au Québec. La piste aux longues lignes droites a quitté la rivière mais pas la bruyante autoroute. Le premier village est Dégelis. J’y fait le plein d’eau et regarde la météo : dans un peu plus d’une heure, une autre averse s’annonce. Aux abris ! Après 20 minutes, je trouve le site parfait : loin de l’autoroute, près du Lac Témiscouata avec plage de galets, table protégée, espace plat pour la tente, que demander de plus ?

Je mange, j’explore un peu, et la pluie commence à la minute prévue. C’est le temps de rédiger le journal en tout confort et bien au sec, accompagné par le chant des huards.

Après la pluie, je retourne évidemment au bord du lac, puis il est temps de monter la tente, de ranger le campement et de m’installer pour la nuit.

À 20h30, je suis dans mon fidèle abri de toile, avec comme environnement sonore le doux bruit des vagues sur les galets. Loin des routes, des trains et des autres machines, on est si bien !

km jour : 122,9
km total : 195
départ / arrivée : 6 h 05 / 17 h 15
temps de trajet : 7:43
vitesse moyenne : 15,9
vitesse maximale : 56

Quelques jolies côtes

Sur la Route des Frontières

Rivière-du-Loup > Pohénégamook – 75 km
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Vendredi 18. J’arrive en fin d’après-midi chez ma sœur Lucie. Comme elle habite en Beauce, nous ne nous voyons pas si souvent, chaque occasion est une joie mutuelle. Évidemment, nous discutons voyage – elle arrive d’un spectaculaire trek au Tibet -, mais j’ai aussi la chance de croiser son fils Émile, un jeune homme aux nombreux projets. Une très belle rencontre, comme toujours.

Samedi. La nuit a été excellente, bercée par le chant de la rivière qui s’est quand même calmée après ses récents débordements. Je me lève vers 7h, mon neveu Émile est déjà parti à vélo vers Québec où il rejoindra des amis pour 100 km de plus. Ça va rouler !

Après une douche, puis un agréable petit déjeuner avec Lucie, je prends la route – en voiture – vers 8h30. Le ciel est voilé, il fait environ 20°, ce sera ainsi toute la journée. Si la circulation est plus dense qu’à l’habitude, le trajet est facile à part un bouchon causé par des travaux. Je suis à Rivière-du-Loup vers 11h. 

Je branche ma voiture à une borne, bientôt rejoint par deux autres électromobilistes. J’essaie pour la première fois la fonction Autocharge qui fonctionne parfaitement. Je mange en chargeant, j’arrête à l’épicerie puis je stationne à l’info-touriste où ma voiture passera ces quelques jours. Des gouttes passent rapidement, il est 12h45 quand je commence au sec le vrai voyage.

Je démarre en longeant le fleuve sur quelques kilomètres. En arrivant à l’embranchement vers Notre-Dame-du-Portage, village avec une seule rue entre mer et falaise, une bonne averse. Je me réfugie sous une tonnelle avec deux dames en vélo électrique. C’est sympathique mais bref  : nous repartons après 10 minutes. Je traverse le ravissant village avant de retrouver la route 132. J’y croise Gervais, cycliste parti ce matin de Québec et en route vers Natashquan. Il profite du vent de dos – que j’ai dans la face – pour accumuler les kilomètres. Nous nous ressemblons pour les projets sur deux roues.

Peu avant St-André-de-Kamouraska, je prends à gauche sur la route des Frontières (289) qui me mènera jusqu’au Nouveau-Brunswick… si j’appuie sur les pédales. Ça commence par une solide montée jusqu’à l’autoroute puis jusqu’à St-Alexandre-de-Kamouraska. J’y croise trois cyclistes légers, les derniers de la journée. Ensuite, je suis en forêt pour quelques heures de montée vallonnée. Ma moyenne baisse radicalement.

La circulation est modérée, la chaussée est souvent bonne, parfois passable, et les accotements sont rares. Je longe brièvement le lac Morin, grand, assez sauvage et agrémenté de quelques gouttes sans conséquences. Ensuite… ça monte toujours.

Je rejoins enfin un sommet, à environ 430 m, puis ça commence à vraiment descendre. Avec des pointes régulières à 50 km/h, et même un maximum à 57 km/h, la moyenne remonte tandis que je descends vers Pohénégamook, lac et village. J’admire le paysage, je fais le plein d’eau et je croise près du lac une jeune famille installée ici le temps de reconstruire un pont.

La journée est bien avancée, il est temps de planter la tente. Une halte routière fera très bien l’affaire. Elle offre des tables, des poubelles avec une section recyclage – pas besoin de chercher un bac – et un coin de gazon discret pour ma tente. Repas rapide et simple, vaisselle sous quelques gouttes et moustiques envahissants, je suis bien heureux de me réfugier sous mon fidèle abri de toile. Voisinage imprévu, deux trains passent tout près, leur vacarme pas vraiment atténué par la végétation. Quand ils s’éloignent, il reste le bruit de la route, mais c’est la routine en camping sauvage. À 21h, le journal est achevé, la nuit est presque tombée, c’est le temps de dormir pour être en forme pour la journée pluvieuse qui s’annonce.

km jour : 72,7
km total : 72
départ / arrivée : 12 h 45 / 18 h 45
temps de trajet : 4:39
vitesse moyenne : 15,6
vitesse maximale : 57

Le Petit Témis – 2025

Le Lac Témiscouata

En cet été 2025, pas de grand voyage, mais plusieurs activités et petites sorties. En revanche, j’avais bien besoin de faire quelques kilomètres sur mon vélo même si j’avais peu de jours consécutifs disponibles. J’ai décidé de faire une balade en territoire nouveau : la piste cyclable du Petit Témis, maillon de la Route Verte qui permet de faire une bonne partie du tour du Québec. Ça semblait facile, mais il y a eu quelques imprévus…

Quelques jolies côtes
2025-07-19 > Pohénégamook – 75 km

Du lac au fleuve au lac
2025-07-20 > (Dégelis) – 125 km

Au parc du Lac Témiscouata
2025-07-21 > Parc du Lac Témiscouata – 35 km

Dépasser les obstacles
2025-07-22 > St-Honoré-de-Témiscouata – 61 km

Les derniers kilomètres
2025-07-23 > Rivière-du-Loup – 55 km

Bienvenue cyclistes ?
Un petit suivi…

De Lyon à la maison

> Aéroport >>> Montréal – 35 km
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Lundi. Comme d’habitude, je me lève quelques minutes avant que sonne mon alarme. Une heure plus tard, je suis en route. Ce matin, il fait beau et frais, c’est donc très confortable. Aussi, l’itinéraire est simple et l’algorithme ne m’a préparé aucune mauvaise surprise.

Au début, je traverse un long chantier, mais qui laisse une place aux vélos, puis je profite de bonnes pistes cyclables. Le dernier tiers du trajet est sur une route assez passante et sans accotement, alors mon clignotant rouge reprend du service. J’arrive sans encombre après 21 km et 1 h 45 de trajet.

L’aérogare est moderne et lumineuse avec ses grands murs vitrés. Le comptoir d’information me donne une pièce en plastique pour déverrouiller un chariot, puis je m’installe dans un coin plus tranquille pour tout mettre en sacs, une affaire de 45 minutes. C’est l’heure d’enregistrer mes bagages, sans aucune difficulté. Quand je ramène la pièce de plastique, la dame est toute étonnée : ça n’était jamais arrivé.

Peu après, je rencontre Gilbert, québécois d’origine africaine, et nous restons ensemble pour la suite des étapes, soit une bouffe d’aéroport, la douane, les contrôles de sécurité et l’attente avant l’embarquement. Il est de très agréable compagnie, alors le temps passe vite et bien.

À l’appel de ma section, je me dirige vers l’avion et mon siège. Je suis avec Sarah, qui revient à la maison avec son conjoint et leurs trois enfants après trois semaines dans leurs familles en France et des vacances en Corse. Traductrice dans le milieu artistique, vivant sans voiture, intéressée aux enjeux de société et de langue, nous avons beaucoup de sujets intéressants pour nos échanges.

Après le repas d’avion – c’est encore pire qu’un repas d’aéroport -, je fais une sieste assez inconfortable mais nécessaire. Je réussis à mettre le journal à jour juste avant que l’avion amorce sa descente vers un Montréal pluvieux.

Nous touchons le sol alors que les fenêtres se couvrent d’une pluie abondante. L’avion s’immobilise au milieu de rien, et nous attendons plusieurs minutes qu’une passerelle soit installée. C’est un autobus qui nous mène à une entrée de l’aérogare et à une longue marche dans un dédale de corridors. Contrairement à nos craintes, les formalités se font rondement, avec une attente minimale. Je trouve un petit coin un peu plus tranquille pour remettre mon vélo sur ses roues.

Quand j’émerge à l’extérieur, c’est gris et froid, mais la pluie est très faible. Je rejoins la piste cyclable de l’aéroport, puis celle de la rue Donegani que j’utilise pour aller travailler.

Agréable surprise : la piste cyclable très détériorée du boulevard Des Sources a été élargie et repavée. J’arrive chez moi sans encombre, mais il est déjà 19 h 40, soit 1 h 40 du matin dans mon corps. Comme prévu, ma maison n’a subi aucun dommage lors des pluies torrentielles des dernières semaines.

Je passe rapidement à l’épicerie, et en soirée j’appelle ma sœur – décalage oblige, j’ai quelques ratés dans la séquence des idées… Je me couche à l’heure habituelle afin de reprendre rapidement pied dans ce fuseau horaire. Bonne nuit en perspective, rêves de voyage à prévoir. Quel bonheur de pouvoir ainsi vivre et rencontrer dans notre monde !

km jour : 32,8
km total : 1335
départ / arrivée : 8 h 00 / 9 h 45 – 19 h 40 (1 h 40…)
temps déplacement : 2 : 10
vitesse moyenne : 15,2
vitesse maximale : 55

Les aléas du train

> Nevers >> Lyon – 50 km
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Dimanche. Nuit courte, mais réparatrice : je m’éveille avant la sonnerie du réveil. Si l’intérieur de la tente est préservé, le double toit est dégoulinant même si la pluie cesse tranquillement. Le temps reste gris et frais.

Au programme : rangement du campement, déjeuner, salutations, puis vélo : je suis en route à 10 h, avec une veste.

Je détricote le trajet d’hier, d’abord celui en voiture avec Paul et Grégoire, puis celui à vélo. Toutefois, je ne laisse pas l’algorithme me ramener sur l’invraisemblable détour d’hier : je reste sur les routes. C’est vallonné, toujours bien joli malgré la grisaille, agréable, mais sans aucun autre vélo.

Je rejoins une route plus importante que je laisse pour les berges de la Loire. J’arrive à la gare une bonne heure avant le train prévu, qui a même la bonne idée de se présenter quai 1, donc sans franchissement de voie – ici, c’est compliqué avec les tunnels et les escaliers.

J’entre dans le train, il n’y a pas vraiment de place. Le contrôleur essaie d’en trouver, puis me demande si j’ai une réservation vélo : comme le site Web ne le mentionnait pas pour ce trajet, je n’étais pas au courant. Je reste sur le quai. Mauvaise situation.

Je me dirige rapidement vers le guichet. Mon billet est perdu, et la préposée cherche longuement une option. Aucun trajet direct n’est disponible, il me faudra passer par Dijon avant de revenir à Lyon en ajoutant quelques heures et plusieurs Euros au trajet. À prévoir : une lettre à la SNCF, qui semble considérer les vélos comme une nuisance et l’information comme… rien.

En attendant le prochain train, un couple de cyclistes m’interpelle : François et Florence bourlinguent aussi avec vélos et étaient présents hier soir. Encore du bon monde : bonne route !

Dans le train pour Dijon, il y a une montagne de bagages hétéroclites dans l’espace vélo : un groupe de jeunes revient d’une colonie de vacances près de Toulouse. Un peu de réorganisation permet de caser mon vélo et mes sacs.

Au début du trajet, je suis avec Martine, qui marche sur des itinéraires spirituels et revient de la Via Francigena, un Compostelle italien bien moins fréquenté que son célèbre frère. Elle s’intéresse aux valeurs dans la définition de l’identité personnelle. 

Rapidement, la conversation change de direction avec les jeunes qui papillonnent tout autour. Accompagnés par leurs moniteurs récemment sortis de l’adolescence, dont une Lucie bien heureuse de sa première expérience de camp, plusieurs de ceux-ci vivent en foyers de groupe et sont très curieux et heureux d’être accueillis. Quand d’autres cyclistes arrivent, nous nous livrons à une réorganisation en règle de tout l’espace.

Tout le monde descend à Dijon, le terminus. J’ai le temps requis pour bien me préparer pour le train suivant, je réussis même à engouffrer une petite quiche de gare. 

À bord du train vers Lyon, nous sommes six cyclistes pour trois espaces vélo, c’est à nouveau un travail de collaboration qui permet de bien nous organiser. Ce dernier train est le plus confortable de tous ceux de cet été et nous dépose au cœur de Lyon vers 20 h 45. 

Au départ, j’avais penser m’installer dans un camping, mais celui de Lyon est à l’opposé de l’aéroport, et pas mal loin. J’avais donc opté pour l’auberge de jeunesse, un excellent choix dans les circonstances. J’y suis en 30 minutes, mais au moins trois heures plus tard que prévu…

Adrien, qui m’accueille et qui passera la nuit, est très sympathique. Il me propose un dortoir plus petit – bonne idée – et me donne accès à un atelier pour y sécher ma tente encore détrempée.

Je ne veille pas tard. La nuit dernière a été courte, et la journée un peu complexe. Nous sommes cinq dans notre dortoir, mais c’est un lieu de silence alors je n’aurai rien connu de mes colocataires d’une nuit. De toute façon, je tombe de sommeil.

km jour : 48,9
km total : 1302
départ / arrivée : 10 h 00 / 13 h 25 – 21 h 25
temps déplacement : 3 : 25
vitesse moyenne : 14,4
vitesse maximale : 46
auberge : 26 €

Laure et Gabriel

> St-Saulge >> Château de Mont – 35 km
Sommaire

Samedi. Le camping était bruyant, ou plutôt la mobylette qui pétaradait tout autour un peu trop tard. J’avais l’impression que c’était pour le plaisir de déranger par le bruit. Autrement, la nuit a été excellente, et comme souvent je suis éveillé un peu avant l’alarme.

Au lever du jour, il reste un peu de soleil, mais ça ne dure pas : les nuages envahissent rapidement tout le ciel. Ce matin, pas de douche : la porte pour y accéder est brisée, mais surtout j’aimerais bien faire le trajet avant la pluie annoncée en mi-journée. Je suis en route dès 8 h 30, en ayant pris le temps de saluer Thomas et de payer ma nuit.

L’algorithme me guide sur de petites routes, de plus en plus petites. Devrais-je lui faire confiance ? Je risque. La petite route devient une route fermée aux voitures, puis en gravier correct, puis en gros gravier inconfortable. Si la tendance se maintient… et elle se maintient : la dernière section avant la vraie route est étroite, très érodée, impraticable, il faut y marcher difficilement en guidant le vélo. Décidément, cet algorithme ne sera pas ma référence la prochaine fois.

Je retrouve les routes normales, assez vallonnées, pas très rapides mais agréables. J’arrive à St-Saulge vers 11 h 30, sans que la pluie ne soit encore là. J’approche de l’église, j’entends de la musique. La chorale répète, c’est magnifique. Gabriel arrive en même temps, nous sommes bien heureux de nous retrouver lors de cette journée bien spéciale. J’entre mon vélo dans l’église, ils sont tous là à chanter, c’est le chœur des anges. 

Rapidement, je repars en voiture avec Gabriel vers le château où aura lieu la noce afin de prendre une bonne douche et un bref repas en excellente compagnie.

Un peu plus tard, une autre voiture me ramène à l’église et nous nous préparons pour une célébration imprégnée de joie, de simplicité, évidemment d’émotion, et d’une musique exceptionnelle : aujourd’hui, la chorale montréalaise se surpasse. 

Il y a des averses éparses. Je ne suis pas du tout motivé à pédaler sous la pluie pendant une heure encore, mais Paul a la grande voiture de ses parents. Le vélo y entre facilement, ainsi que les bagages, Grégoire et moi. Nous sommes donc rapidement et confortablement sur place.

En plus du château, il y a une grande tente permanente capable d’accueillir tous les invités – nous sommes environ 150 – et un champ où monter nos petites tentes. Des gens sont venus de partout en France et d’ailleurs : il y a même Vincent, un collègue québécois de Laure ayant fait ce bref voyage uniquement pour l’occasion – c’est mon premier québécois depuis le départ.

Il y a aussi un petit groupe de musiciens – trois guitaristes, un bassiste et un percussionniste – dont l’un est garçon d’honneur et qui présentent un répertoire de musique latine. Venus de Lausanne, Los Azulejos sont excellents et très sympathiques. Nous profitons de leur musique et de délicieuses entrées. Nous avons aussi un photographe très dynamique qui prends de nombreuses images en souriant.

Le début de la soirée est marqué par des messages des parents, des fratries et d’amis des mariés. Ils sont bien préparés, bien livrés et permettent de connaître un peu plus les racines de nos amis. Plus tard, les plats principaux arrivent, bien appréciés, dans une atmosphère plutôt survoltée où la chorale est bien impliquée – parfois en chantant : lien vidéo.

Grégoire avait écrit un texte de circonstance sur la musique québécoise Les étoiles filantes. Avec une guitare empruntée et la chorale, c’est un beau moment pour les mariés et les invités – lien vidéo.

En soirée, c’est bien sûr la danse qui prend la vedette. Les choristes sont aussi des danseurs  particulièrement compétents et énergiques. Je suis vraiment impressionné par un duo rock avec Paul et Anna, acrobatique et magnifiquement coordonné : parfois lancée en l’air, Anna virevolte littéralement, avec un grand sourire. Bravo !

La fête se poursuit une bonne partie de la nuit. De mon côté, je quitte vers 2 h et je m’installe dans ma tente, alors que le bruit de la pluie qui succède aux averses masque un peu la musique. 

km jour : 36,7
km total : 1253
départ / arrivée : 8 h 30 / 11 h 30
temps déplacement : 2 : 28
vitesse moyenne : 14,9
vitesse maximale : 50