Montréal

Godbout > Montréal
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Mardi. La journée débute avec un superbe soleil. Dans nos tentes, il fait chaud. Tout le monde est matinal, certains se lèvent à 6 h, d’autres à 7 h. Après un bon petit déjeuner, nous sommes tous prêts à l’heure. Le départ du camping se fait à 9 h pile, comme prévu. Félicitons-nous, car ça n’arrive pas souvent que nous partions juste à l’heure prévue.

Un petit arrêt sur le bord d’un lac et d’un précipice nous aide à apprécier nos derniers beaux points de vue de la mer sur la Côte Nord. Nous arrivons à Tadoussac sous la pluie. À Baie-Ste-Catherine, un diner « enchanteur » sur la galerie d’un immeuble qui ressemble à une école calme nos estomacs affamés. Mais pour les besoins d’évacuation, petit problème, il n’y a pas de toilettes, même à la Caisse Populaire. Le détour au restaurant du coin est obligatoire et peu apprécié. Roger et Jacinthe ne font pas ce détour et empruntent le chemin du sous-bois. Rien ne va plus quand nous décidons de partir, croyant Roger et Jacinthe aux toilettes du restaurant, alors qu’ils sont dans les bois. Nous les apercevons juste à temps. Nous ne partirions quand même pas sans eux.

Nous pouvons maintenant compter le nombre de bateaux utilisés pendant le voyage. Réal, Diane et Jean-Pierre ont emprunté 10 bateaux différents. Nous comptons 15 voyages en bateau si nous considérons les allers-retours sur un même bateau. Jacinthe, Roger, Jean et Lyette comptent 7 bateaux et Alain 2.

  • Traverse Matane – Godbout.
  • Nordik Express, navette Havre-St-Pierre – Blanc-Sablon, aller-retour.
  • Northern Princess, traverse Blanc-Sablon – St-Barbe, aller-retour.
  • Croisière du Western Brook Pond, aller.
  • Croisière du Western Brook Pond, retour.
  • Traverse Norris Point – Woody Point, aller-retour.
  • Bateau de pêche Sharky, Anse aux Meadows – Cape Onion.
  • Navette Red Bay – Saddle Island, aller-retour.
  • Le taxi des îles, Havre-St-Pierre – Petite ile au Marteau, aller-retour.
  • Traverse Tadoussac – Baie-Ste-Catherine.

À partir de La Malbaie, sans le savoir, les deux voitures se séparent et ne se revoient qu’à Montréal, chez Jean-Pierre. Dans une voiture, Diane et Réal choisissent le chemin qui longe le fleuve. Dans l’autre voiture, les autres prennent la route la plus directe. Nous (Diane et Réal) pensons les rejoindre mais ce n’est pas le cas. Nous attendons une demi-heure dans l’éventualité où les autres derrière nous nous attendent. Nous étant perdus de vue, nous ne savons pas si l’autre voiture est devant ou derrière nous.

Cette petite aventure clôt le voyage ? Eh bien non, jusqu’à la toute fin il y a des aventures… Après nos heureuses retrouvailles chez Jean-Pierre et le dépaquetage des voitures, nous nous rendons au restaurant pour souper. Nous frappons un nœud : le resto est fermé. Jacinthe et Roger, qui doivent nous rejoindre, n’arrivent pas. Nous allons ailleurs et prenons quand même un bon souper chinois autour d’une bonne table. Je suis avec Réal, Lyette, Alain et Jean, Jean-Pierre étant resté à la maison, question de se reposer pour le travail qui l’attend demain. Mais à la sortie, qui apercevons-nous ? Jacinthe, qui nous cherche depuis une heure. Elle a cherché l’adresse du resto, vu qu’il était fermé, sans voir le message que nous lui avions laissé, cherché dans tous les restos de la rue pour nous retrouver alors que nous avons fini de souper. Roger se repose, comme Jean-Pierre. Nous nous embrassons chaleureusement, contents d’être ensemble pour clôturer ce beau voyage.

Il est 23 h 30. Nous rêvons à nos lits en gardant en mémoire tous les merveilleux moments de ce voyage et le rythme de vie des voyageurs qui va nous manquer. Merci, Seigneur, de nous avoir fait connaître tant de belles richesses de la nature. Bénis chacun d’entre nous et ce beau voyage que tu nous as permis de vivre avec beaucoup de bonheur.

Diane

Godbout

Havre-St-Pierre > Godbout
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Lundi. Le lever est prévu pour 8 h ce matin. Jacinthe doit nous préparer le petit déjeuner pour 9 h, ce qui est fait. Bravo ! Le soleil brille et nous annonce une belle journée chaude, ça ne nous tente pas vraiment de partir car on aimerait tous profiter d’une partie de cette belle journée au « Hâvre », comme le dit Diane avec un accent typique.

Après quelques démarches et quelques contacts, on se trouve un bateau-taxi (eh oui, un autre bateau) pour aller à la Petite Île au Marteau. Nous y restons environ deux heures. C’est suffisant pour faire le tour de l’île en admirant les monolithes et le phare à l’extrémité ouest.

Là, c’est très venteux et j’ai apprécié mon coton ouaté, mon polar et mon coupe-vent. J’ai eu le temps de prendre quelques photos ; j’ai aimé aussi voir les vagues se briser sur les dalles de pierre.

De retour vers 14 h 30 au « Hâvre », Lyette fait une attaque de boulimie : un sunday au chocolat et un pogo relish ­moutarde précèdent les sous-marins du dîner du groupe. Il est près de 16 h, il est à peu près temps de partir. On embarque dans nos autos et on file. Mingan, Longue­-Pointe, Rivière-St-Jean… On fait un bref arrêt à Sept-Îles. Diane nous rappelle quelques anecdotes arrivées à tel ou tel endroit lorsqu’elle était plus jeune. Puis on repart. Jean tire de la patte, il est au restaurant à s’acheter des frites. Heureusement, il nous en offre quelques-unes. On arrive au camping de Godbout vers 21 h 30. Le souper est typique de l’endroit : spaghetti aux fruits de mer et shortcake aux fraises. Il ne fait pas froid et il y a peu de moustiques. Tous se couchent tôt pour une dernière nuit sous la tente.

Jean-Pierre

Havre-St-Pierre 2

Relais Nordik > Havre-St-Pierre
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Dimanche. Avons-nous vraiment dormi ? À 15 ou 20 sur le pont supérieur, installés le moins mal possible, avec l’escale, l’orage électrique, le bateau qui danse, les enfants qui courent, le sommeil a été ce qu’il a été. À 4 h 15, déjà, une magnifique boule orange surgit de l’horizon pour se réfugier dans les nuages. Comme elle, je me recouche vaillamment.

À 6 h 30, nous arrivons à La Romaine. Plusieurs sacs-à-dos, dont le mien, se réfugient dans un conteneur. L’avion accidenté est impressionnant, posé sur les conteneurs. Avec Jean-Pierre, Diane et Roger, ainsi que Daniel et Lucie, deux montréalais qui nous suivent depuis Pistolet Bay, nous visitons l’église amérindienne. Elle est étonnante, simple et ancrée dans les traditions catholiques et autochtones. Événement majeur : le bateau attend Diane, Roger et Jean-Pierre, car Diane a une crevaison et le bateau devance son départ. Ouf ! On a eu chaud.

Au milieu de l’avant-midi, nous visitons Kégaska. C’est charmant. Les rues sont faites de coquillages concassés, ce qui semble efficace. Devant l’église, un monument rappelle trois marins disparus en mer en 1983… Mer belle et cruelle. Puis la pluie recommence tranquillement. À Natashquan, je ne débarque pas, à la grande surprise de mes amis. Ou alors je préfère ne pas mouiller mes chaussures, ou alors je suis fatigué, ou alors les deux. Au retour, on me dit du bien de Natashquan, c’est mieux le jour que la nuit.

Le temps passe et repasse lentement. On lit, on jase un peu, Jean initie des jeux passionnants qui durent très peu, notre journal a un succès fou… La pluie parfois intense se complète de brume, ce qui nous vaut la compagnie de la sirène aux deux minutes. Je préfère d’autres sirènes. Quand est-ce qu’on arrive ? Quand est-ce qu’on mange ? Etc.

Mais toute mauvaise chose a une fin. À l’arrivée à Baie-­Johan-Beetz, nous finissons un excellent repas et le soleil brille pour nous permettre de nous dégourdir un peu. Havre-St-Pierre est proche, c’est l’heure du caucus pour coordonner les prochains jours. Un chocolat chaud nous rassemble au salon et l’ordre du jour chargé nous occupe un bon moment. Pendant que brume et pluie reviennent, nous pesons le pour et le contre d’une visite amicale aux macareux et aux monolithes des Îles Mingan.

La nuit tombe. Une éclaircie, un phare : c’est le Havre. Au cœur d’une activité fébrile, nous saluons nos amis du bateau, retrouvons nos autos et les chargeons. Nous nous dirigeons vers notre camping de l’autre fois et nous installons sous les étoiles dans des tentes détrempées. Après une tentative de caucus avortée pour cause de fatigue aiguë, le dodo est décrété et promptement réalisé.

Est-ce la fin de l’aventure ? Demain nous le dira…

Réal

Relais Nordik 2,1

Blanc-Sablon > Relais Nordik
Sommaire – voir le journal d’Alain ci-dessous

Samedi. C’est aujourd’hui qu’on prend le bateau pour le retour vers Havre-St-Pierre. Levés très tôt sous la pluie, nous nous pressons de plier bagages et de décamper, Lyette et Jean à pied (dernier kilomètre en voiture). Les bagages sont rapidement installés dans le conteneur. Réal m’avertit dans la salle d’attente que j’ai dix minutes pour y apporter mon sac-à-dos, j’arrive juste au moment où on s’apprête à le charger. Départ hâtif, un peu à regret.

Étant les premiers passagers, nous profitons de beaucoup d’espace, nous pouvons faire sécher du linge et nous étendre. Lyette et moi passons beaucoup de temps à paresser sur les banquettes. L’après-midi est plus rock’n’roll car beaucoup d’indiens embarquent à St-Augustin, et il y a beaucoup d’enfants sur le pont que nous occupons. Le voyage reste paisible et reposant avec la belle température. Le souper, fait de nombreux légumes et de jambon, est un vrai régal.

Pendant la soirée, Réal retrouve une petite fille blonde aux yeux bleus, Marie-France, rencontrée deux semaines plus tôt. Et vous savez combien Réal aime les enfants. Plus tard, on déménage nos pénates sur le pont supérieur pour s’éloigner des jeunes indiens qui s’amusent beaucoup et verbalisent encore plus. À Harrington Harbour, autour de minuit, Lyette voit une superbe aurore boréale colorée de vert. À cet endroit, l’épave d’un avion est chargée à bord. Le retour tranquille se continue.

Jean

Deer Lake >>> Montréal

Le vol de retour est doux. Je me sens rempli de tranquillité au-dessus de l’Atlantique. Mais qu’en est-il de mes compagnons de voyage, de Lyette ?

Vol de jour. Finie la nuit où les courriers risquaient leur vie. Cette vie, ma vie, est-elle désormais plus aisée, les hommes plus heureux ? La technologie douce du vélo m’a permis d’accueillir un pays par ses côtes, ses vents, ses sources bienfaisantes. Mes jambes ont été tantôt sauvages et hardies, tantôt faibles et plaignardes. Toujours je les ai écoutées, parfois, je les ai domptées, jamais je ne les ai heurtées. Hier, je me suis dépassé. Au-dessus de la montagne, j’ai contemplé mes désirs, mes accomplissements.

J’ai écouté autour, j’ai écouté le vent de mes expirations. Mon sang lentement se repose. Mon vélo pose fièrement.

Je me sens seul, l’amour est au loin, mais la montagne et les nuages me cajolent. Brièvement, cette nature redevient ma compagne. Je me revois vérifier Gontran (mon vélo) pour la descente vers Deer Lake : les bagages ne doivent pas dépasser afin de laisser mes roues libres. J’enfile mon fidèle anorak et je défie la route… La griserie de la vitesse vaut la sueur de la montée. Mon corps se voûte autour de mes poignées, le vent souffle autour de mes reins. 40, 50, 60 km/h ou plus, peu importe, le sourire est toujours le même.

Blanc-Sablon (Red Bay)

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risque fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
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Blanc-Sablon (Red Bay)

Vendredi. Nous nous réveillons sous les doux rayons du soleil. C’est très agréable. Il y a cependant beaucoup de moustiques. Ça nous aide à nous dépêcher pour partir. Nous nous rendons au quai pour voir si Lyette y est et pour essayer d’attraper un pouce pour Red Bay. Surprise ! Lyette est là ! Nous prenons quelques ententes : nous partons en équipes pour nous rendre à Red Bay. 1 : Jean-Pierre, Réal et moi. 2 : Lyette et Jean. 3 : Jacinthe et Roger.

Jean-Pierre, Réal et moi réussissons à nous rendre à Red Bay vers 13 h 30. Nous avons rencontré des gens extraordinaires en chemin, spécialement un homme de l’Anse-au-Loup qui a fait près de 25 km pour nous car, disait-il, il n’avait rien d’autre à faire.

À Red Bay, le paysage est fantastique. Nous dinons rapidement. Un autre joyeux tour de bateau nous permet de nous rendre faire une superbe visite sur l’Île Saddle où l’on fait des fouilles archéologiques sur la période des Basques, au XVI’ siècle. On y a découvert des ruines de fondoirs et des restes de marins qui traitaient la baleine. La visite se termine par le visionnement d’un film d’une heure. Un tour rapide du centre d’accueil nous aide encore à apprécier les lieux.

J’oubliais ! Je ne peux passer sous silence notre rencontre avec le directeur des fouilles archéologiques qui a eu l’amabilité de nous offrir un pouce, du pont de la Pinware River jusqu’à Red Bay. Il était accompagné d’une jeune femme qui travaillait dans le laboratoire que nous avons aussi eu la chance de visiter.

Nous rentrons à Blanc-Sablon dans le même pouce que Jacinthe et Roger. C’est tellement amusant de se retrouver dans la même voiture une autre fois ! Nous prenons un bon souper, mais cette fois-ci quelques-uns décident de se rendre dans la tente car nous avalons des moustiques pratiquement à chaque bouchée tellement il y en a ! Ce fut très agréable.

Nous partons ensuite vers Lourdes-de-Blanc-Sablon pour une messe à l’église Notre-Dame-de-Lourdes. Réal, Roger, Jean-Pierre et moi nous mettons en route à vélo, Jean se rend sur le pouce, Jacinthe et Lyette restent au camp pour prendre du repos. Après la belle messe, nous visitons rapidement le musée de la Basse Côte Nord et le sanctuaire marial près de l’église. Jean revient en marchant, nous reprenons nos bicyclettes. Ce sont nos derniers kilomètres de bicyclette de ce voyage rempli de belles découvertes.

Merci, Seigneur. Bonne nuit.

Diane

Blanc Sablon (Lourdes-de-Blanc-Sablon)

Vendredi. Après la rencontre au quai, Lyette et moi faisons du pouce dans le but de nous rendre à Red Bay. Malheureusement, après près d’une heure de vaines tentatives, nous décidons de nous rendre au musée local. Nous y feuilletons un album de photos très intéressant sur l’histoire de la région, mais nous refusons de payer 2$ pour visiter le musée. Peu après avoir terminé l’album, nous rencontrons Gilles Jones, responsable de l’exposition, qui accepte de nous conduire à Lourdes-de-Blanc-Sablon.

Nous visitons d’abord le sanctuaire Notre­-Dame-de-Lourdes. De cette colline, la vue est superbe. Après la descente, nous nous rendons manger au restaurant Anse-aux-Cailloux. Lasagne pour Lyette, pizza aux fruits de mer pour moi. Après le repas, nous allons admirer les canards et les oies qui se baignent dans un étang à l’arrière du restaurant.

Nous trouvons rapidement un pouce pour le retour. Nous nous rendons directement à l’Anse-au-Clair, où je reprends mes bagages laissés au « bed & breakfeast » où j’ai séjourné deux jours. De retour à Blanc-Sablon, nous faisons l’épicerie pour le souper de samedi puis rentrons tranquillement au campement en haut de la colline.

Jean

St-Barbe > Deer Lake

Vendredi. La Princesse du Nord s’en est allée. Ce matin. Je suis triste. Elle est partie sur ce bateau.

Voilà mon pouce, qui éponge ma douce nostalgie. Les Robidoux m’ont offert ce trajet jusqu’à l’étang Western Brook. Nous jasons botanique, petits-enfants, de tout et de rien. La distance se couvre en un dialogue. Peu après, je roule vers Rocky Harbour, vent dans les pédales, Patricia Kaas dans les oreilles, et soleil à mes côtés. Presque le paradis.

À Rocky Harbour, l’animateur du phare m’apprend que les vents tourneront en s’amplifiant, dixit la météo de demain. Moi qui désirais y passer la journée, je décide plutôt de filer droit sur Deer Lake, ma destination finale. Heureusement, mes jambes affrontent gentiment la route côteuse. J’ai peine à arrêter, rouler est hypnotisant.

Finalement, j’arrive à Deer Lake, en plein festival de la fraise, seul mais heureux. Du camping municipal de Nicholsville, je contemple le lac Deer et son village de 4000 habitants. La nuit s’installe à travers un ciel zébré de mauve miroitant sur l’eau. J’ai peine à distinguer les lumières naissantes car le rêve m’attire déjà !

Alain

Blanc-Sablon / St-Barbe

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St-Anthony > Blanc-Sablon

Jeudi. Le lever a lieu à 7 h. Pour la première fois du voyage, nous nous dépêchons de partir pour nous assurer d’être à temps à St-Barbe. C’est la seule fois où le lever tôt est nécessaire. À 8 h, les vélos sont parés. C’est le temps le plus beau de tout le voyage car nous le prenons pour regarder et sentir ce que nous voyons. Nous passons voir le musée qui est malheureusement fermé. Nous visitons rapidement la ville. À partir de 10 h, deux conducteurs de camions successifs nous conduisent à l’équipe de Diane.

Roger

Pistolet Bay > Blanc-Sablon

La nuit a été fraîche, mais très calme et réparatrice. Jean-Pierre, Diane et moi sommes d’excellente humeur et très en forme. Mais nous savons bien que le pouce est parfois difficile.

À 9 h, nous prenons la route. Il fait frais, c’est confortable pour pédaler, le soleil nous accompagne. Après le chemin de gravier et un petit bout d’asphalte, nous rejoignons la 430. Je roule les yeux rivés sur mon rétroviseur, et nous faisons signe à tous les véhicules qui semblent appropriés. Plusieurs arrêtent, même si souvent il n’en passe qu’un aux 15 minutes, mais aucun n’a assez de place pour nous et nos vélos. Vers midi, de côte en côte, de baie en ruisseau, nous pédalons toujours. Nous nous conditionnons physiquement et mentalement à pédaler jusqu’à St-Barbe (nous prévoyons dîner bientôt) lorsqu’un immense camion-remorque s’arrête juste devant sans que nous n’ayons rien fait. A-t-il des ennuis mécaniques ? Est-il en panne d’essence ? A-t-il été séduit par Diane ? Je m’approche pour étudier le phénomène et je découvre la cause de l’arrêt : une certaine Jacinthe.

Le camionneur qui les avait recueillis peu après St-Anthony nous accueille à notre tour. La joie est totale. Très rapidement (130 km/h) et agréablement, nous nous retrouvons à St-Barbe où, après dîner, discussion et plaisantes retrouvailles, nous prenons le traversier de 14 h 45, direction Blanc-Sablon.

La mer est calme, le soleil brille, la timonerie nous est ouverte, une baleine fait des folies alors que les icebergs ont beaucoup fondu. J’aime être en bateau, tout est parfait… mais nous n’avons pas de nouvelles de Jean et nous avons appris peu avant notre départ que Lyette et Alain ont arrêté à Port au Choix deux jours plus tôt. Où sont-ils ?

Jean nous attend au quai de Blanc-Sablon en sautant de joie. Arrivé hier après un voyage difficile sur le pouce, il a troqué sa tente pour un « bed & breakfeast » à l’Anse-au-Clair, premier village du Labrador. Il déborde de joie.

Après quelques formalités, nous nous dirigeons vers un camping qui domine Blanc-Sablon, la baie et la région. Il y coule une jolie et délicieuse cascade, il y a de la neige, des bécosses, des balançoires, des tables à pique-nique, et nous soupons allégrement dans une mer de maringouins voraces.

Après le souper, surprise, le traversier revient. Lyette a-t-elle soudoyé le capitaine ? Roger et Jean-Pierre vont enquêter. Jean nous quitte pour son gite. L’attente se prolonge… À la brunante, nos enquêteurs reviennent bredouilles : le bateau suspect est disparu, Lyette reste introuvable. Énigme…

Sur ce mystère impénétrable, chacun se dirige vers ses quartiers de nuit. Il est 22 h (T.N.) ou 20 h 30 (Qc). Il ne fait pas noir. Demain, nous irons peut-être à Red Bay, et nous nous reposerons sûrement. Bonne nuit.

Réal

Brig Bay > St-Barbe

Jeudi. Le réveil a lieu relativement tôt grâce au soleil qui augmente de minute en minute la température ambiante dans la tente. Objectif de la journée : atteindre St-Barbe et rejoindre le groupe (?). On doit tous prendre le traversier le 19.

Avant le départ, Alain en profite pour compléter son herbier photo et se régale d’une talle de cypripèdes jaunes, l’œil rivé à son appareil photographique.

En route ! On croise un « pond ». Une saucette pour le plaisir et pour le débarbouillage s’impose. Un rasage à froid, sans miroir, bravo, Alain ! On déjeune ensuite en se faisant sécher au soleil, tout en regardant les poissons sauter pour attraper les mouches. Yé pour les poissons !

On poste les dernières cartes postales. On redémarre. Bon vent, bonne route, St-Barbe en vue. Vu l’heure, on décide de pousser un peu plus loin pour observer les glaciers plus au nord. On aperçoit le traversier qui quitte pour Blanc-Sablon. Demain, ce sera à nous de l’emprunter. Pour l’instant, on vise Anchor Point. On dîne sur les marches d’une chapelle anglicane en observant la silhouette de glaciers au large. Le soleil est toujours au rendez-vous, le vent aussi, alors on reste très loin des 32° de Montréal (même heure, même date).

On rentre tranquillement à St-Barbe. On s’informe des heures du traversier pour demain lorsqu’on remarque un message à notre intention. Eh oui, déconfiture passagère, le groupe est déjà à Blanc-Sablon. Déception, car on se faisait une joie de se retrouver tous ensemble… Plan changé, message mal compris ? On se remet de cet imprévu en soupant au resto St-Barbe. Sympa. Morue qui fond dans la bouche. En placotant avec des gens de Ville Lasalle, on apprend qu’ils retournent vers Deer Lake demain matin. Le fameux pouce, enfin, est trouvé. Ce facteur de stress éliminé, Alain semble détendu, confiant de prendre l’avion tel que prévu, même s’il est un peu déçu de n’avoir pu saluer le groupe avant son départ.

Allez hop, au dodo. On se lève tôt demain matin. Lui part pour le sud de Terre-Neuve (Deer Lake) et moi pour l’ouest (Blanc-Sablon). Espérons que la mer sera douce pour moi comme le voyage l’a été dans l’ensemble. Tourlou.

Lyette xx

Pistolet Bay / St-Anthony / Brig Bay

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risque fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
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Pistolet Bay (Anse aux Meadows) – 40 km

Mercredi. Avant de me lever, j’entends déjà les petites mouches danser entre ma tente et mon double toit. Je ne suis donc pas très encouragé à sortir de ma tente, mais il le faut. Le lever de notre petit groupe est prévu pour 7 h 30, tandis que Roger et Jacinthe préfèrent relaxer davantage ce matin.

Vers 9 h 30, nous partons. Le soleil se fait très présent. Le vent aidant, le kilométrage monte rapidement, nous voulons arriver à l’Anse aux Meadows le plus tôt possible.

Le paysage est différent, les arbustes sont très petits ou même absents sur les collines, puis rapidement on commence à voir des icebergs. Quel spectacle que de les observer à vélo ! On réussit à avoir un pouce pour les dix derniers kilomètres avec la petite-fille de M. Georges Decker, celui qui a conduit les archéologues aux vestiges vikings.

Le centre d’accueil est très intéressant. On y voit une exposition de petits objets vikings retrouvés sur le site, dont une broche pour attacher les manteaux et des clous confectionnés à la manière des Vikings du 11e siècle en Islande. Ni les Esquimaux ni les Indiens n’utilisaient ces objets. Nous dînons sur le bord de la mer juste en face de nombreux icebergs.

Après le dîner, nous visitons des reproductions des habitations vikings, dont une fonderie près d’une rivière qui prouve que les objets de métal étaient bel et bien fabriqués ici même.

Après notre visite, nous sommes plus ou moins tentés de revenir par la même route, surtout que le vent est assez fort. Nous nous dirigeons vers le quai du village pour essayer de trouver un pouce en bateau jusqu’à Cape Onion, ce qui diminuerait considérablement la distance à parcourir. L’idée est assez saugrenue, si bien que j’avais dit à Réal de penser à des choses plus sérieuses. Mais Diane se dirige tout droit vers deux pêcheurs pour leur demander un bateau et, surprise, ils acceptent sans hésiter. Dans 20 minutes, nous devons être au quai. Nous en profitons pour visiter le petit village de l’Anse aux Meadows (100 habitants). Nous sommes à l’heure au rendez-vous. Nous embarquons les vélos à bord du « Sharky » et nous voilà navigant entre les glaciers en direction de Cape Onion.

C’est comme un rêve pour nous trois de nous voir dans ce petit bateau avec deux jumeaux comme capitaines. L’un d’eux nous dit que la saison de pêche est désastreuse, n’ayant pas encore commencé à la fin juillet en raison des trop nombreux glaciers. Je prends quelques photos de glaciers. C’est merveilleux !

Puis, la mer devient plus houleuse, je me mets alors à penser aux nombreux marins morts noyés dont j’ai vu les tombes au cimetière la veille. Mais le temps est bon. Oups ! Un coup de vent et je perds ma casquette à l’eau. Le capitaine opère un demi-tour pour la récupérer.

Arrivés au village de Cape Onion, nous prenons la route de terre qui nous mènera 14 kilomètres plus loin au camping de Pistolet Bay. J’ai regardé tout au long de la route pour essayer de voir un orignal, mais malheureusement je n’en ai pas vu.

Arrivés au campement vers 19 h 30, nous préparons rapidement le riz indien. Les moustiques déclenchent une attaque en règle, nous devons abdiquer, nous décidons de manger tous les trois dans la tente. Nous décidons de nous coucher tôt ce soir, car nous nous lèverons tôt demain. Réal et moi sommes à peu près sur le point de nous coucher, mais Diane nous surprend tous les deux. Sa journée n’est pas terminée, elle veut se baigner au lac avant de se coucher. Ni Réal ni moi n’avions la force de l’accompagner. Le vent souffle fort, on peut entendre de nos tentes son bruit sourd venant de loin. Bonsoir.

Jean-Pierre

Pistolet Bay > St-Anthony (Anse-aux-Meadows) – 25 km

Mercredi. Étant donné l’heure tardive à laquelle nous sommes arrivés à Pistolet Bay hier, Roger et moi décidons de dormir plus longtemps que les autres. Vers midi, nous nous mettons en route vers l’Anse aux Meadows. Le gardien du camping passe près de nous avec son camion et offre de nous conduire à la fin de la route de gravelle. Nous acceptons avec joie, tout heureux de nous sauver de ces neuf kilomètres sans même l’avoir demandé. En pédalant vers St-Lunaire, nous laissons nos bagages près d’un petit lac, prévoyant nous lever tôt demain afin d’attraper notre pouce d’hier pour le retour. Nous savons qu’il quitte la région vers 7 h.

Très heureux de ne plus avoir de bagages, nous profitons pleinement du trajet. Il y a plusieurs côtes et le vent ne nous aide pas tellement, mais nous avons l’impression d’être dans un autre monde. Il fait beau. Il y a un ciel bleu comme nous n’en avons pas vu depuis longtemps et un soleil qui réchauffe jusqu’aux os (les nôtres sont tellement humides !). Ça fait du bien.

St-Lunaire. La route serpente entre de petites collines rocheuses recouvertes de lichens aux différents tons de vert. On dirait que tout le village est dehors pour profiter du beau temps. Nous croisons des tas de gens au passage. Çà et là s’ouvre une petite baie où se prélassent les icebergs. Que de contrastes : le soleil de plomb, les gens en costume de bain et les icebergs éclatants de blancheur.

À tout moment, nous nous croyons arrivés. Mais non, l’Anse aux Meadows est toujours plus loin. Enfin, nous mettons pied à terre et retrouvons nos trois amis. Eux terminent la visite alors que nous la commençons. Au moment où Réal passe la porte pour quitter le centre, un drôle de bruit facilement reconnaissable attire son attention. Le pneu arrière de Roger se dégonfle. Réal cherche Roger pour l’en aviser et tente de réparer la crevaison. Tout semble sous contrôle. Nos amis nous quittent et nous poursuivons notre visite. Avec intérêt, nous entrons dans le monde des Vikings et nous laissons imprégner par la magie des lieux. Nous prenons notre temps. Un vent froid souffle de la mer. Je m’imagine le froid, la faim, le dur travail pour assurer sa subsistance…

Il faut pourtant prendre le chemin du retour. Mais… Roger découvre que la réparation n’a pas tenu, et que le pneu est à nouveau à plat. Je me sens nouille. J’ai oublié la pompe et la trousse de réparation à l’endroit où nous avons laissé nos bagages. Tristement, nous faisons un bout de chemin à pied. J’ai l’impression d’être au bout du monde, et d’en être prisonnière. J’avais tant voulu venir à l’Anse aux Meadows. Serait-ce que maintenant, je n’en pourrais plus partir ?

Sur la route, nous rencontrons un homme à l’allure un peu étrange, mais sympathique. Il nous baragouine quelque chose dans un langage que seuls les initiés peuvent décoder. Le seul mot que je réussis à comprendre est « pump ». À grands renforts de gestes, nous finissons par saisir qu’il en a une chez lui. Nous le suivons. Deux « pick-up » se pointent alors à l’horizon de cette route jusqu’à présent déserte. Voilà notre chance ! Je m’élance, manque le premier, mais réussis à arrêter le second.

Le conducteur est extrêmement sympathique et loquace. Quelques mètres plus loin, il fait aussi monter deux pouceux qui veulent aller à la 430, deux écossais. Le camion est plein. Deux personnes dans la boite, avec les sacs-à-dos et les vélos, deux autres à l’avant, avec le conducteur. Nous arrêtons au petit lac. « Il y a trop de mouches ici », dit notre conducteur. « Venez donc à St-Anthony avec moi ! »

St-Anthony. Nous n’espérions pas pouvoir y mettre les pneus. En deux temps trois mouvements, nous embarquons nos bagages. Les Écossais sont largués à l’embranchement de la 430, et nous voilà en route pour St-Anthony !

Jacinthe

En cours de route, le conducteur nous parle de sa ville. Il nous dit entre autres que M. Grenfell était un médecin célèbre qui a amélioré les conditions de santé des Terre-Neuviens. L’arrivée en ville est marquée par un certain choc culturel. Pour la première fois du voyage, nous rencontrons une lumière rouge. Il y a aussi un grand centre d’achats, un hôpital et un magasin où l’on répare les vélos. En fait, le conducteur (pour ne pas dire notre hôte) nous fait faire une visite guidée. Un musée, un hôpital, une statue, une pierre tombale et des drapeaux sont érigés en l’honneur du fameux docteur Grenfell. Le conducteur nous laisse au centre-ville. Après la réparation de la crevaison de Roger, nous dressons la tente à la Fishing Point, une pointe de toundra avec vue d’un côté sur les glaciers de l’Atlantique et de l’autre sur la baie autour de laquelle est bâtie la ville. Paysage paisible et enchanteur.

Comme il fait maintenant noir, qu’il n’y a pas d’eau potable à proximité, que nous n’avons pas de vache à eau, que nous sommes fatigués et qu’il est déjà 22 h, nous allons manger du poulet frit en ville pour souper. Le serveur veut connaître notre opinion sur l’indépendance du Québec. Endormissement paisible.

Roger

Port au Choix > Brig Bay

Mercredi. Il fait soleil, wow ! Devant nous, juste à l’extérieur de la tente, des fleurs dansent au vent et les sternes virevoltent toujours au large à la recherche des poissons. Une marche le long de la côte nous permet de découvrir des archéologues en pleine action. Ils sont à la recherche de vestiges des Indiens archaïques ou des esquimaux dorset. On nous présente les artefacts récoltés depuis le début de la journée : petits couteaux, lances, lames. Tous semblent s’amuser à gratter, à creuser, à trier.

Notre destination d’aujourd’hui est Plum Point. L’heure est déjà tardive, 16 h, et nous sommes toujours à Port au Choix. Tout à fait par « hasard », on rencontre devinez qui ? Oui, oui, M. et Mme House, qui s’empressent de nous mener à bord de leur « pick-up » jusqu’à dix kilomètres de Plum Point. Quel heureux hasard ! Est-ce réellement un hasard ? Avant Plum Point, on arrête au parc provincial de Three Mile Pond. Lyette brave le vent glacial et le soleil incertain en se baignant dans l’étang. Les maringouins voraces ajournent notre séjour dans ce parc.

La journée se termine par un repas au riz mexicain et fines herbes agrémenté de crevettes de Port au Choix ainsi que d’une soupe aux crevettes.

Alain

Pistolet Bay / Port au Choix

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risque fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
Sommaire

Port au Choix > Pistolet Bay

Mardi. Nous avons eu une nuit mouvementée sur notre beau site de camping à la Pointe Riche. Le vent n’a pas arrêté de souffler, ce qui faisait bouger les portes et le tissu de nos tentes, non piquées dans le sol à cause du gravier. Ce bruit interrompait notre sommeil. Malgré tout, nous nous sommes levés de bonne humeur à 7 h. Au menu du petit déjeuner, la morue, restant de notre bon souper d’hier que nous ne voulions pas gaspiller. Nous quittons notre site encore sous un épais brouillard.

Nous rejoignons le gîte du passant où nous avions quitté la veille Georges, Hellen et Peter. Le paquetage de la voiture se fait en deux temps trois mouvements et nous quittons Port au Choix à bord de la confortable caravane.

C’est un voyage relaxe, en famille, que nous vivons jusqu’à Pistolet Bay. Nous nous arrêtons assez souvent sur la route, pour une visite au cimetière de Port au Choix, pour prendre des photos, pour regarder les pierres au bord de la mer, pour dîner, pour regarder une baleine échouée sur le rivage, pour contempler les icebergs…

Ce voyage fut tellement agréable ! Nous avons même eu l’occasion de parler du Yukon avec Georges et Hellen. Est-ce que ce pourrait être notre destination de l’an prochain ? Jean-Pierre et Réal sont déjà très emballés, c’est à suivre…

Georges et Hellen nous ont reconduits jusqu’à l’entrée du camping, quel rêve ! Nous nous installons tranquillement sous la pluie dans un beau site du camping de Pistolet Bay. Après un petit repas aux lentilles (pas parfait car la recette est difficile à réussir), nous allons prendre une petite marche sous la pluie.

Nous allons piquer une jasette avec le gardien du Parc, M. Smith. Il est très sympathique avec son charmant accent de Terre-Neuve. Tout à coup, pendant notre échange, nous voyons arriver Jacinthe et Roger. Quelle joie ! Il est environ 21 h 30. Nous nous racontons nos péripéties autour d’un petit souper pour Jacinthe et Roger. Tout heureux de nous retrouver ensemble, nous nous couchons dans la paix avec la confiance qu’Alain et Lyette se débrouillent bien ensemble.

Bonne nuit ! Merci, Seigneur, de ton amour.

Diane

Shallow Bay > Pistolet Bay

Mardi. Nous nous levons tôt. Les pouces appartiennent à ceux qui se lèvent tôt, paraît-il. Pour faciliter le transport, nous fractionnons notre équipe. Nous nous séparons avec émotion en nous souhaitant bonne chance. Lyette et Alain nous précèdent sur la route. Roger et moi sommes un peu craintifs. Nous nous sentons bien pauvres. Nos connaissances de la langue anglaise laissent plutôt à désirer, et nos habiletés en mécanique vélo ne sont pas très exercées. Incertains, nous tendons le pouce.

Notre premier transport ne se fait pas attendre. Nous montons nos vélos dans un « pick-up » qui nous conduit jusqu’à Port-Saunders. Pourquoi ne pas aller y faire un petit tour ? Si nous ne voyons jamais l’Anse aux Meadows, nous aurons au moins vu Port au Choix. Notre décision comporte cependant un risque. Sera-t-il possible d’avoir un autre pouce pour retourner sur nos pas, à la 430, et de là poursuivre notre voyage ? Nous prenons une chance.

Le trajet entre Port Saunders et Port au Choix se fait à vélo, dans la brume, avec un fort vent de côté. Nous longeons le rivage. Tout cela a un aspect fantomatique. Au moment où on ne s’y attendait plus, voilà Port au Choix. Nous visitons le musée. Nous aurions bien aimé aller plus loin, voir les fouilles, mais la sagesse nous retient. Si nous voulons nous rendre à !’Anse aux Meadows, il nous faut mettre toutes les chances de notre côté. Après la dégustation d’une superbe frite-sauce, nous tendons à nouveau le pouce.

Retour à la 430. Notre conducteur nous fait faire un petit bout de chemin supplémentaire. À nouveau, c’est l’attente, mais pas pour bien longtemps. Un électronicien nous fait faire un autre bout, jusqu’à Plum Point. Il est environ 16 h. Le ciel est menaçant, il vente très fort, il pleut, nous attendons. Cette fois, c’est plus long. Au point où nous finissons par croire qu’il est préférable de pédaler.

L’Anse aux Meadows ? Je n’y crois plus tellement. Tout au plus, nous nous rendrons à St-Barbe, je crois. Enfin. Ce sera peut-être pour demain…

Le vent est pour nous. li nous pousse sur la route. La pluie a cessé. Nous avançons à toute allure. C’est grisant. Nous effectuons le trajet entre Plum Point et St-Barbe en 35 minutes. Pourquoi ne pas continuer ? Ça va bien. Nous nous rendons au village suivant, Anchor Point Cette portion du trajet est plus difficile, il nous faut lutter contre le vent. Je recommence à avoir des doutes. Peut-être serait-il mieux de s’arrêter et de monter le campement ? Nous achetons de quoi nous faire un repas. Roger suggère cependant de faire un peu de pouce, au cas où. Nous n’avons rien à perdre, après tout ! Nous nous rendons à Deadmans Cove, le village suivant, et attendons.

Durant notre attente, les nuages se déchirent et laissent passer les rayons du soleil couchant. L’eau est d’or et d’argent, bordée d’écume par le vent. Au loin, quelques icebergs se prélassent. La beauté du paysage est promesse et espoir.

Peu après, nous embarquons dans un autre « pick-up », avec deux hommes cette fois. Ils sont assez spéciaux. Le plus jeune a la cigarette au bec, un œil narquois et un sourire moqueur en coin. Le second est rondelet et rieur. Ils parlent tous deux avec ce fameux accent du nord si difficile à comprendre. Le premier s’infome auprès de Roger de sa consommation en alcool, drogue et cigarette. Après son enquête, il conclut que Roger est un bon garçon. Le second conclut le trajet en disant : « I speak English and you speak French, l don’t understand you and you don’t understand me, but we had a very good conversation ! » dans un grand éclat de rire.

Nous sommes à Pine Cove. Ce n’est même pas sur la carte. Nous décidons de pédaler encore un peu. Nous devrions traverser deux ou trois villages assez rapprochés, le dernier étant Eddies Cove East. Ensuite, la route traverse la forêt sur une assez longue distance. De Eddies Cove East à Pistolet Bay, un éventuel chauffeur aurait peu de raisons de faire un arrêt. Nous aurions donc une chance de nous rendre.

Voilà Eddies Cove. Il est environ 20 h, la nuit commence à tomber. Il pleut un peu, il fait froid, j’ai faim, je crois que nous devrions camper ici. Il serait plus prudent de téléphoner maintenant au père de Réal pour donner nos coordonnées et recevoir celles des autres. Qui sait à quel moment nous reverrons un téléphone ?

Nous nous arrêtons devant une maison. Une jeune femme passe en voiture. Voyant que nous avons du mal à comprendre et à parler anglais, elle se met à nous parler très lentement, très fort et en exagérant. Elle semble désolée de ne pouvoir nous conduire, étant en voiture. Elle nous dit que nous pouvons aller téléphoner chez ses parents. Prévoyant quelques difficultés de compréhension, elle descend de voiture pour aller expliquer ce que nous voulons à ses parents. Effectivement, si elle n’avait pas été là, nous aurions eu beaucoup de mal à nous faire comprendre. Ces personnes semblaient assez âgées, avaient un accent incompréhensible, et de plus le maître de la maison était dur d’oreille.

La jeune femme sort. Nous appelons le père de Réal. Il nous donne un numéro de téléphone où nous pouvons rejoindre Réal à l’Anse aux Meadows. Mais cette dernière communication s’avère fort difficile à établir. Un message enregistré indique que nous n’avons pas le bon numéro. Pourtant… Nous vérifions auprès de nos hôtes. Faut-il composer un code régional ? Est-ce une longue-distance ? Impossible à savoir. Ils ne comprennent pas ce que nous voulons savoir.

Je me sens un peu gênée. Je crains de déranger, ils nous regardent comme si nous étions des extra-terrestres. Entre deux tentatives infructueuses, le téléphone sonne. Je saisis au passage les mots Montréal, Anse aux Meadows, téléphoner… On dirait qu’un voisin s’informe sur notre présence ici. Décidément, bientôt tout le monde du village sera au courant !

Bon ! Rien à faire avec le téléphone. Roger tente de rappeler à Montréal pour donner nos coordonnées exactes à M. Tremblay. Plus de réponse. Tant pis ! Voilà bientôt une demi-heure que nous sommes là. Nous nous retrouvons sous la pluie et le vent, tout près de la rivière. À mon avis, il est temps de manger et de se coucher, mais Roger persévère envers et contre tout. À nouveau, il tend le pouce. Deux « pick-up » passent. Ce sont des habitants du village, on dirait qu’ils sont simplement venus nous reluquer.

Un autre « pick-up » passe. Miracle ! Il va à !’Anse aux Meadows ! Incroyable ! Il reste environ une heure de trajet que nous passons de manière très agréable, accompagnés par les commentaires (compréhensibles, ceux-là !) de notre conducteur. Il pousse même la gentillesse jusqu’à venir nous conduire à Pistolet Bay où nous retrouvons avec joie nos amis Jean-Pierre, Diane et Réal.

Nous sommes reçus comme des rois. Diane prend soin de nous et prépare notre souper, Jean-Pierre et Réal montent la tente. Et surtout, nous n’arrêtons pas de nous raconter mille histoires.

Jacinthe

Shallow Bay > Port au Choix

Mardi. Irons-nous à l’Anse aux Meadows ? Ou plutôt, pourrons-nous y aller ? Roger, toujours plein d’enthousiasme vis-à-vis du pouce, et Jacinthe, un peu moins enthousiaste, font le guet en amont pendant qu’Alain et Lyette décident de pédaler jusqu’au prochain village. Devant les insuccès d’hier, on a convenu de se séparer en deux groupes de deux, espérant ainsi atteindre notre but nordique. Quelques minutes passent et nous apercevons Roger et Jacinthe confortablement installés à bord d’un somptueux « pick-up ». Les chanceux… Tandis que nos pouces gèlent à se tendre vers la complicité de chauffeurs craintifs, je pense à Roger, Jacinthe, Réal, Diane et Jean-Pierre. Je suis heureux pour eux.

Lyette et moi décidons après deux heures d’attente d’enfourcher nos fidèles montures. Ce matin, la route est merveilleuse. Le vent nous pousse vers l’avant, tel des voiliers. Nous avalons littéralement la route et la joie d’avancer si vite, au soleil en plus, nous fait rapidement perdre le nord… Ainsi, on abandonne notre lointain but en se concentrant maintenant vers St-Barbe. Lyette semble voler ou voguer sur la route. Elle monte les côtes en souriant. Les villages défilent sous nos yeux jusqu’à Bellburns où nous décidons, au nom du groupe – quel sacrifice ! – de saluer la famille House.

Superbes retrouvailles pour Lyette, découverte pour Alain et joie pour M. et Mme House. Nous goûtons aux crevettes préparées par Mme House ainsi qu’à sa délicieuse confiture à la rhubarbe. Quels délices ! Après ce repas pimenté de douces conversations aux sonorités particulières de M. House, on ne peut refuser leur pouce qui nous mène à mi-chemin de Port au Choix.

Les adieux terminés, les vents nous portent toujours vers l’avant. Cependant, les nuages réapparaissent avec la pluie, tandis que nos vents bienfaiteurs tournent sur eux-mêmes. On avance désormais avec peine. On franchit les dix kilomètres de Port-Sanders à Port au Choix complètement transis, gelés, glacés, cryogénés. Un repas au resto dégèle alors notre humeur… Puis, à bord de la voiture de Mario, rencontré au dépanneur, on fait la tournée des sites de camping. On trouve finalement un site merveilleux, à l’abri du vent, face au soleil couchant, aux sternes, surplombant l’entrée de la baie. Nous étions tellement fatigués que nous dormons une partie de la nuit tout habillés, hors de nos sacs de couchage. On s’était endormis avant de s’y glisser. Bonne nuit !

Alain


Port au Choix / Shallow Bay

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risque fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
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Rocky Harbour > Port au Choix

Tiens ! Il a plu cette nuit. Que c’est étrange ! Je n’aurais jamais cru qu’il pouvait pleuvoir ici. Les céréales chaudes onctueuses aux amandes ont trempé toute la nuit, ce qui diminue légèrement le temps de prépara­tion. Ça reste long, mais moins que les préparatifs pour l’aventure des prochains deux jours. Tout le monde s’y met, et à 11 h chaque groupe se rend à la route 430.

Après quelques minutes de bicyclette près de Lobster Cove Head, une mini-fourgonnette Astro s’arrête. Ce sont des gens que nous avions rencontrés hier sur le traversier de Bonne Bay : Georges, Hellen et leur fils Peter, de Toronto. À priori, il semble impossible de tout charger, mais le miracle s’accomplit : tout entre. Nos amis vont à Port au Choix, un endroit que nous désirions voir. C’est parfait, surtout que ces gens sont très sympathiques. Après quelques minutes, nous rencontrons les quatre copains hilares qui attendent leur second pouce. Au revoir !

La route se révèle très agréable. Nous arrêtons au gré de nos fantaisies respectives, restons en admiration devant des paysages, des vagues, des fossiles, des arbres, des fleurs, tout, quoi… Et même si notre anglais est médiocre et leur français embryonnaire, les conversations sont passionnantes. Ils ont beaucoup voyagé, spécialement au Yukon l’an dernier, et ont les mêmes attitudes que nous en voyage. Le soleil brille de plus en plus, tout va bien.

À Port au Choix, nous nous séparons pour nous revoir peu après au centre d’accueil de Parcs Canada. Ils nous offrent de monter à l’Anse aux Meadows avec eux le lendemain et nous acceptons. Le centre d’accueil présente une exposition sur les Indiens archaïques et les Esquimaux Dorset qui avaient utilisé cet endroit pour des sépultures il y a 4000 et 2000 ans. La gentille préposée de Parcs Canada nous informe de plein de choses sur les ressources locales, et nous nous préparons pour une soirée magnifique.

Premièrement : la bouffe. Sur un quai, un pêcheur donne deux poissons à Jean-Pierre… sans contenant. Il fallait voir Jean-Pierre transporter ses filets à main nue et entrer ainsi au marché où Diane complétait les achats pour le souper. Burlesque.

Deuxièmement : le camping. À la Pointe Riche, il y aurait un phare, une source, un spot favorable. Tout est comme prévu. Le feu est monté, le campement est installé, le poisson est cuit avec les pâtes. C’est excellent, abondant au point qu’il en reste la moitié. À 20 h 30, tout est prêt, mais le brouillard cache un paysage magique que nous rêvions de découvrir. Nous attendions Éric, un québécois qui fait des fouilles archéologiques, mais il se fait tard et nous nous risquons à aller prendre une marche sur le littoral. C’est merveilleux, éblouissant. Falaises, escaliers, plateformes, anses, mer qui frappe et éclate… Wow !

Au retour, Éric a laissé un message avec des brindilles. Nous l’avons manqué. C’est la seule fausse note d’une journée parfaite. Nous n’avons pas de nouvelles de nos amis. Où sont-ils ? Nous le saurons demain, j’espère. En attendant, la nuit sera de vent et de pluie, avec le bruit de la mer. Bonne nuit !

Réal

Rocky Harbour > Shallow Bay

Attablée à Shallow Bay (eh oui, on s’y retrouve), j’écris brièvement les événements du jour.

Partis de bon matin ( ? ! ?), vers 11 h, on se positionne pour attraper notre pouce à quatre roues. Direction grand nord ! Brian, bénévole au parc Gros Morne (rencontré au sommet du Gros Morne, justement) nous croise au volant de sa familiale. En s’arrêtant, il oblige un « pick-up » à s’arrêter également. Quelle chance ! Vélos d’un côté et gens de l’autre avec Brian, sauf moi qui socialise ( !) avec les heureux gagnants du transport de nos bécanes. Un pépin : ils ne dépassent pas St-Paul, près de Cow Head. On dîne donc bien peinards près du chemin (la 430). Beaucoup de va-et-vient au début, mais aucun prospect pour les « pouceux » que nous sommes. Pôvres, pôvres nous ! Par la suite, l’après-midi s’écoulant lentement, il n’y a plus de va et viens, plus de camions, c’est comme une panne sèche. En plus, ma chambre à air me lâche définitivement. Roger, à la rescousse ! Merci, Roger. On sait que nos amis Jean-Pierre, Diane et Réal se rendent directement à Port au Choix. Les chanceux, va !

Prenant les choses du bon côté, on décide de profiter du camping de Shallow Bay. On se déniche des langues de morue pour accompagner notre repas avec plein de légumes frais. Mmmm ! Souper tranquille. On l’apprécie.

Roger, repus (eh oui, il refuse même des frites imaginaires), nous quitte à vélo pour aller aux nouvelles du trio manquant. Après quelques délais, on apprend qu’ils ont été exaucés, qu’ils se trouvent à Port au Choix et ont déjà un pouce pour demain jusqu’à St-Anthony ! Non, mais vraiment !

Après discussion, on décide de changer notre stratégie et de tenter notre chance deux par deux demain matin (tôt) ! On se séparera la bouffe encore une fois. Bonne nuit, proches et éloignés amis.

Lyette xx

Rocky Harbour 3 (Tablelands)

Rocky Harbour (Tablelands)
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Dimanche. Journée de repos par excellence. C’est ce que se disent Lyette, Alain, Roger et moi-même. Pas d’heure, pas d’horaire, on prendra ça comme ça viendra.

Jean-Pierre, Diane et Réal ont d’autres projets. Diane et Réal commencent la journée par une messe chez les Anglicans. Ça ressemble beaucoup à nos messes. Quelques prières sont inversées, et c’est à peu près tout comme différence.

Aujourd’hui, les trois mousquetaires ont comme projet la visite de Green Gardens, à environ 18 kilomètres de notre campement. Pour ce faire, ils doivent prendre le traversier à Norris Point à 10 h. Les voilà sur leurs vaillants coursiers, traversant le vent et les côtes (les plus difficiles, paraît-il) pour arriver à temps. Peine perdue. Ils manquent le traversier et le rendez-vous fixé avec Jean. Patiemment, ils attendent donc le traversier de midi. Tout à fait par hasard, on ne sait vraiment pas pourquoi, ils retrouvent Jean de l’autre côté. Il avait lui aussi manqué le traversier de 10 h mais avait eu un « lift » pour faire le tour de Bonne Bay.

Considérant le temps qu’il leur restait et l’effort à fournir dans le vent et les côtes, nos amis modifient leur projet. Nouvelle destination : les Tablelands, montagnes de roches rouges, désertiques, où rien ne pousse, paysage lunaire, incroyable. Ils ont aussi vu une cascade extraordinaire. C’était, semble-t-il, inoubliable.

Lyette et Alain se lèvent vers midi, avec des fantasmes alimentaires. Ils décident donc d’aller faire un petit tour « en ville ». Ils visitent tous les endroits où l’on vend de la bouffe et des souvenirs. À ce que j’ai su, les achats ont commencé par des pamplemousses, des pêches, des raisins, des pommes, se sont poursuivis par du fromage (pas moisi, celui-là !), et, apothéose finale, des petits pains, des brioches et de la confiture de gadelles. Ils ont presque tout mangé, mais je sais que Lyette a toujours quelques petites surprises en réserve… Puis c’est l’achat d’une quantité impressionnante de cartes postales. Il pleut. C’est le temps d’en écrire un peu. Lyette et Alain terminent leur journée par une petite randonnée le long de la côte. Ils se rendent jusqu’au bout de la baie par un petit chemin de terre.

Pour Roger et moi, le lever a lieu vers 10 h. Très lentement, nous nous préparons à déjeuner. Ensuite, c’est le cérémonial de la douche. Qui connait bien Roger sait à quel point c’est important. Puis nous prenons un temps de prière et lisons les textes du jour. Ça nous endort un peu, alors nous décidons de faire une petite sieste. Vers 16 h, nous sortons à grand’ peine de notre torpeur pour aller faire un petit tour « en ville » nous aussi. Croisant au passage Lyette et Alain, nous partageons nos phantasmes alimentaires. Roger a le goût de manger des frites avec beaucoup de ketchup. Nous nous rendons donc à un petit restaurant suggéré par Alain. En amoureux, Roger et moi faisons le tour de Rocky Harbour.

Tous se retrouvent au campement vers 20 h 30. Pendant le souper, une discussion s’amorce pour savoir de quelle façon nous poursuivrons notre voyage. Nous décidons d’aller au nord, à l’Anse aux Meadows. Pour ce faire, nous devrons nous séparer en deux groupes et faire du pouce. Demain, une nouvelle aventure commencera !

Jacinthe