Nicolet / Montréal

Godbout > Nicolet / Montréal
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Dimanche. Dernière journée. On voudrait que l’aventure ne finisse pas, et pourtant elle achève. Profitons de ce qu’il en reste.

Ce matin, on se lève tôt, même si l’expérience est pénible. La fatigue se fait sentir, et de charmantes bestioles nous attendent à l’extérieur des tentes pour prendre leur petit déjeuner à nos dépens. Qu’importe… Le matériel est préparé et placé près des voitures. Le petit déjeuner est pris rapidement et joyeusement. Comme Jacinthe doit rentrer à La Tuque le soir même, elle héritera des bagages de tous, à l’exception d’un strict minimum, et j’aurai les passagers. Du bagage, elle en aura jusqu’au toit.

Anne et Marco nous quittent, heureux de leur camping et des rencontres, mais las des mouches noires. Puis nous laissons avec une émotion certaine Alain et Pierre-Luc qui prendront en avant-midi le traversier vers Matane pour un séjour en Gaspésie. Je les jalouse un peu, ils sont chanceux. Ils ont été de très agréables compagnons. La route commence.

Il avait été entendu que nous roulerions sans interruption. De fait, nous n’avons arrêté que trois fois avant Québec : plein d’essence à Forestville, traversier à Tadoussac et pause-santé à Baie-St-Paul. Ouf ! Les passagers sommeillent souvent, alors que les conducteurs admirent au passage des points de vue impressionnants sur le golfe, le fleuve et les montagnes. La circulation et la météo s’alourdissent progressivement, et bientôt le soleil nous quitte. C’est plus confortable, mais moins beau. Les petites voitures, surchargées, peinent dans les côtes. C’est un marathon.

À 15 h 30, nous débarquons chez la maman de Roger (papa est en voyage en France) pour un repas préparé avec amour. Les anecdotes fusent, entrecoupées de bâillements et de goinfreries. Le repas est excellent et abondant, marqué de gentillesse, de bonne humeur et d’un mémorable short cake aux fraises. La totale impossibilité d’en avaler plus met fin au repas, et après une laborieuse comptabilité, nous entamons la dernière partie du voyage. Tous les gestes et les pensées semblent ralentis : est-ce la fatigue ou le goût d’étirer l’aventure ? À Trois-Rivières, dans un beau stationnement de centre d’achats, nous nous séparons de Jacinthe. Tristesse contenue. Elle désire aller chez les siens à Nicolet, peut-être pour se reposer, sûrement pour ne pas être seule tout de suite. Merci, Jacinthe, t’es merveilleuse et magnifique.

Nous entrons à Montréal sous la pluie, par l’horrible chantier du boulevard Métropolitain et dans un trafic hypernerveux. C’est chaud, collant, étouffant. Jean, puis Roger, sont livrés à domicile. Louise est ensuite laissée chez Suzanne chez qui nous jasons un peu, puis avec Jean-Pierre nous finissons le déchargement chez lui. Il est attendu par sa mère, son frère et un gâteau d’anniversaire. Je rentre chez moi, et je tombe rapidement pour un repos bien mérité.

Nous avons fait bien du chemin, mais le voyage humain, intérieur, nous a menés encore plus loin. La magie des lieux, des personnes et du bon Génie des îles qui nous a toujours accompagnés, fait de ce voyage une des plus belles et fortes expériences de ma vie. Merci, Seigneur, de faire tout ce chemin avec nous.

Réal

Godbout

Île Quarry > Godbout
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Samedi. Première journée du retour. Nostalgiques, nous jetons un dernier regard sur l’île Quarry. Le bateau-taxi vient nous prendre et nous reprenons nos autos (que ça fait bizarre de conduire !). Prochaine étape : Godbout, où Alain et Pierre-Luc nous quitteront pour prendre le traversier vers la Gaspésie.

C’est une journée de contrastes. Lever sous la pluie, froid de canard, habillement de circonstance, comme en hiver. Puis, à Sept-Îles, gros soleil, chaleur torride qui nous fait suer à grosses gouttes en incitant pantalons et manches longues à prendre le bord. Il fait trop chaud. À Pointe-des-Monts, l’équipe fait un arrêt pour admirer le paysage. Il vente très fort, ce n’est pas particulièrement chaud, mais le spectacle des vagues venant se briser sur les rochers est saisissant.

Godbout, enfin. Les conducteurs sont fatigués. Nouveau campement. Tout le monde soupe et ensuite se disperse. Les une vont dormir, les autres marchent, puis terminent la journée par une prière. Anne et Marco, de Baie-Comeau, nous visitent. Ils campent avec nous cette nuit.

Déjà, l’aventure tire à sa fin. Nous aurions pu écrire des pages et des pages. Parfois, la fatigue était plus forte que l’inspiration. Mais la plus belle histoire, essentielle, ne s’écrit pas. C’est l’histoire intérieure de chacun. Nous en ressentons toute la richesse.

Jacinthe

Île Quarry 2

Île Quarry
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Vendredi. Toute cette journée se fait sous le signe de la fête dans la féerie de l’île Quarry. Comme nous sommes encore fatigués de la demi-nuit sur le bateau, le lever se fait plus tard qu’à l’habitude. Avec des mains de maîtres, Louise et Alain cuisinent des omelettes assaisonnées des multiples manières. Sitôt le déjeuner terminé, Jacinthe et Louise inventent un instrument de musique avec le foyer pour le feu et quelques et quelques morceaux de bois. C’est une batterie de percussions aux sons variés. Plusieurs d’entre nous improvisent donc un surprenant concert de percussions et de voix dans un rythme endiablé.

Dès que chacun est prêt, nous entreprenons le grand tour de l’île en suivant la grève. Le temps est ensoleillé et venteux. Nous passons notre temps à nous émerveiller devant la flore, la faune et la géologie de l’île. Les arrangements de fleurs et de rochers surpassent de beaucoup tout ce que les paysagistes montréalais auraient pu imaginer. Ici, la force de la vie est si puissante que les fleurs arrivent à pousser sur des pierres presque dénudées de terre. Les escargots et les huîtres peuplent le sol que nous foulons. Nous rencontrons plusieurs monolithes et nous explorons les débuts de «grottes» creusées dans les rochers par l’érosion. Trois carcasses de bébés phoques (probablement) sont trouvées sur la grève. La force des vagues est particulièrement impressionnante, surtout quand deux courants opposés se rencontrent à une pointe de l’île. Bref, on pourrait prendre plusieurs pages pour décrire ce que nous avons observé.

La journée n’était cependant pas sans action. Nous avons construit un totem avec des roches en forme de briques. Plusieurs ont ramassé et gardé avec eux les objets qui les fascinaient le plus. Plusieurs chants ont ponctué la journée. Un petit groupe a bien ri de Jean-Pierre en lui demandant de porter une roche apparemment très lourde. Cette roche était en réalité de la styromousse. Vers la fin de la randonnée, la gang se divise en deux. Alors que certains complètent le tour de l’île, d’autres piquent à travers par le sentier aménagé.

Nous entamons donc la préparation et la dégustation du souper : fettucini aux crevettes suivi d’une fondue au chocolat. Il faut dire que nous sommes affamés à la suite d’une grande journée de marche. Nous avons l’air d’une gang de goinfres en avalant la fondue au chocolat en vitesse accélérée en utilisant des mains toutes beurrées. Il faut dire que certains malins se sont amusés à enduire les mains des autres de chocolat. Résultat : nous sommes bien repus et les fonds de plats sont même difficiles à finir. La soirée se poursuit par la traditionnelle vaisselle et la longue préparation de la soirée. Certains préparent en secret la fête de Jean-Pierre, d’autres tentent de faire un feu potable au grand vent, d’autres prennent un temps de repos ou une marche.

Nous débutons donc le feu de camp marqué par les festivités de l’anniversaire de Jean-Pierre. Au son du « Mon cher Jean-Pierre », nous remettons au jubilaire une tasse de gamelle remplie de chocolat de fondue surmonté de chandelles qui n’ont jamais pu être allumées. Jean-Pierre reçoit ensuite son cadeau bien enveloppé et décoré d’un chou « scout ». C’est une casquette de Havre-Saint-Pierre et un laminé représentant un macareux. Réal, Jacinthe et Roger entonnent ensuite un chant qu’ils ont composé pour la circonstance. Le texte suit ci-dessous. Après le petit mot de Jean-Pierre, la soirée se poursuit dans les chants et la musique pour se terminer par la prière communautaire.

Roger

Ne te fie pas aux apparences, tu es vraiment unique,
Pendant le temps de nos vacances, tu as été magnifique,

Merci, merci, Jean-Pierre, de tant nous aimer,
Pour ton anniversaire, chacun te dit : «Je t’aime», je t’aime, je t’aime !

Le photographe infatigable, le cartographe zélé,
Toujours vaillant et serviable, est un ami adoré,

Chef cuisinier improvisé, pêcheur désespéré,
Pour des repas bien planifiés, on a été très gâtés,

Tu nous as bien organisés, tu avais tout étudié,
On t’a suivi sur les sentiers, ton rêve nous a entraînés,

Observateur, conciliateur, si proche, pourtant discret,
Tu as été un vrai leader, tu as bâti notre paix,

Tout en douceur, persévérant, et toujours étonnant,
Avec Diane, ton âme-sœur, tu nous ouvres grand ton cœur !

Voyez la vidéo tournée quelques années plus tard, après l’ajout du dernier paragraphe.

Île Quarry

Havre-St-Pierre > Île Quarry
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Jeudi. Après environ deux heures de léger sommeil sur un banc, je me réveille soudainement. La lumière du jour apparaît lentement, je me précipite sur le pont pour voir le lever du soleil. Le rose et le rouge à travers les nuages me rendent un peu nostalgique, la mer est calme, je distingue bien la terre ferme au loin. Je me recouche pour une heure, jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’on a déjà accosté. Je me lève aussitôt et je vais rejoindre mes amis. C’est maintenant très nuageux dehors et il pleut à verse. On décide ensemble de monter nos tentes juste à côté du centre d’accueil de Parcs Canada de façon à être sur place pour 9 h, heure à laquelle nous devons rencontrer nos amis de la Maison Blanche. Nous montons nos tentes en un temps record pour dormir très bien un bon deux heures.

À 8 h 59, le klaxon d’une auto nous annonce l’arrivée de Jean, Louise, Alain et Pierre-Luc. On décide ensemble du menu des prochains jours, puis les achats sont effectués. On va manger tous ensemble une pizza aux fruits de mer puis on se dirige rapidement vers le quai. Il fait beau soleil, mais il vente beaucoup, la mer est agitée. Je note une baleine tout près du quai. Deux petits bateaux nous amènent à travers les îles Mingan vers l’île Quarry. Il vente toujours fort. Dès l’arrivée, j’essaie d’installer ma tente. Je ne réussis pas à la placer où je le voulais : la force du vent arrache mes piquets, ma tente tend à s’envoler. On réussit à bien fixer toutes les tentes à l’aide de pierres et de cordes. On place les sacs à dos remplis de nourriture dans les arbres.

Nous partons visiter le centre de l’île par un chemin écologique. Nous traversons une immense tourbière très marécageuse. Ce n’est pas venteux au centre de l’île. Nous revenons rapidement au campement pour préparer le souper. Roger nous monte un feu, comme d’habitude. Nos quatre nouveaux amis veulent des nouvelles d’Anticosti, Jacinthe entreprend donc la lecture des premières pages de ce journal. Elle rit en lisant, autant que ses auditeurs. On est bien heureux.

La soirée se termine avec quelques chansons douces. À 23 h 55, Roger entame « Tout va changer ce soir » de Michel Fugain, on prolonge la chanson jusqu’à minuit, puis on me chante « Mon cher Jean-Pierre, c’est à ton tour… » Eh oui, c’est maintenant le 13 juillet, c’est maintenant ma fête. On chante aussi pour Jean-Luc, mon frère jumeau. J’apprécie ces instants et je suis content d’être avec mes amis, avec qui j’ai vécu de très belles choses depuis deux semaines. Les aurores boréales dansent dans le ciel, comme des feux d’artifice pour souligner ces moments importants. La fête ne se poursuit pas tard cependant car on veut bien profiter de notre journée de demain. Bonsoir.

Jean-Pierre

Port Menier, traversier

Kalimazoo > Port Menier, traversier – 70 km
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Mercredi. Dur de se lever, de se mettre en train. Il y a un peu de sable dans les rouages des corps, des cœurs et des vélos. Un peu d’huile appropriée est répandue sur les divers problèmes, et nous quittons le merveilleux Kalimazoo vers 11 h avec un pincement au cœur. Les côtes qui mènent à la route principale sont « quasi maso », et nous entreprenons notre dernière journée sur l’île enchanteresse.

Nous désirons revoir nos amis de Port-Menier, et c’est pourquoi nous décidons de prendre le premier camion pour le village. De toute façon, le soleil brûlant, les souvenirs des côtes vues en camion la semaine dernière et surtout un magnifique et puissant… vent de face, nous stimulent à ne pas trop pédaler. La décision de prendre le camion étant prise, il ne restait plus qu’à pédaler jusqu’à ce que… Côte après côte, avec vent et soleil, nous pédalons sans qu’arrive le fameux camion. Selon la carte, nous devons monter un peu, puis redescendre jusqu’au village.

Après un dîner, trois heures et demi et six million de côtes à monter, enfin un dix roues passe. Ce n’est pas pour nous. Finalement, il était temps quand est arrivé le fameux camion pour augmenter notre moyenne de dix à cent km/h. Il était conduit par un gentil monsieur, né sur l’île et travaillant pour la SEPAQ (comme la moitié des gens), peu jasant mais souriant et très doux, pas trop surpris par ces quatre excentriques.

Nous entrons au village avec une certaine nostalgie, déjà. Voici l’asphalte, la mer, le quai… et l’Écomusée où nous retrouvons avec grande joie notre ami Valère qui nous attendait. Notre visite est longue, car nous sommes plutôt lents. Le musée n’est pas grand, mais est très intéressant, on ose prendre le temps d’examiner les objets de la vie quotidienne, les fossiles, l’herbier, les photos, de regarder un vidéo sur Anticosti et le rêve de Menier, et bien sûr de rire avec Valère, Carole (voir mardi 3) et Steve, en racontant aventures et mésaventures. Valère nous offre de prendre une douche, il y en a quatre à l’Écomusée (centre communautaire). Ça fait un bien énorme, mais comme nous sommes sur Anticosti, l’eau reste froide. Brrr ! Mais finalement on s’habitue.        .

Après la visite « achats de souvenirs » au dépanneur, nous nous rendons chez Valère pour le souper (le plus étrange du voyage au point de vue gastronomique), nous voyons un renard, nous nourrissons un chevreuil dans nos mains, faisons une vaisselle dans une vraie maison (celle de son père qui passe l’été sur Jupiter). Quelle étrange sensation…

C’est Éric (voir mardi 3) qui nous voit débarquer sans prévenir tous les cinq dans sa roulotte pour jaser de tout et de rien, mais surtout de la vie de l’île, de ses coutumes, gens et lois bien particuliers. Trois chatons, nés le jour même, ont droit à quelques caresses avant que nous nous dirigions vers le quai avec Valère et Éric. Rires et émotions, goût de rester, comme si le rêve voulait continuer. Les préparatifs permettent une pesée des vélos chargés1 : Jean-Pierre, 65 livres ; Jacinthe et Roger, 70 livres chacun ; Réal, 75 livres, sans toute la nourriture… Ouf ! Heureusement, Éric nous aide à les embarquer, il est fort et gentil. Nous restons sur le quai jusqu’à la dernière minute, avec nos deux amis, la pleine lune et le vent. Instants précieux. Sur le bateau qui tangue de plus en plus sur une mer agitée, nous jasons longuement, avant de nous écrouler sur des lits improvisés. Le bateau et nos cœurs ont des mouvements étranges, mais la fatigue fait son œuvre. Adieu, Anticosti. Ou plutôt, au revoir !

Réal

  1. Jean-Pierre, 30 kg ; Jacinthe et Roger, 32 kg chacun ; Réal, 34 kg ↩︎

Kalimazoo

Camping Wilcox > Kalimazoo – 55 km
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Mardi. Super journée, qui commence par de la super brume épaisse. Lever à 7 h. Jean-Pierre s’active à préparer le déjeuner. Ce matin, nous décidons de battre notre record de vitesse pour ramasser nos affaires. Il faut y mettre une heure de moins pour commencer à pédaler assez tôt. Eh bien, croyez le ou non, à 9 h 30, nous sommes sur la route.

Nos projets pour la journée : trouver un « lift » pour aller admirer la Rivière Jupiter, ou, si ce n’est pas possible, pour aller à Kalimazoo. Jean-Pierre, particulièrement, tient beaucoup à voir Jupiter. Mais… La super pluie commence à tomber. Nous pédalons allégrement, en regardant passer les camions qui vont… dans l’autre sens. Nous avons bien espoir de nous sauver la côte MacDonald (une super grosse), mais les camions n’ont décidément pas l’idée de voyager dans le même sens que nous. Plus nous avançons, plus la pluie et les côtes deviennent supers. Roger et Réal chantent des chansons à répondre en montant les côtes, je les suis quand je réussis à les rattraper et à rattraper mon souffle. Si le soleil n’est pas là, c’est parce qu’il est jaloux de la lumière que nous transportons avec chaque tour de roue.

Depuis le début du voyage, il ne nous est pas arrivé une seule fois de manger sous la pluie. Nous ne voulons pas briser cette excellente habitude. Cependant, l’équipe a besoin de combustible. Il faut trouver un abri assez rapidement. Un super pont nous fournit un abri acceptable. Notre dîner a donc lieu sous ce pont, jusqu’au moment où un camion passe sans que nous ayons la chance de manifester notre présence. Jean-Pierre monte donc sur le pont pour éviter qu’un autre « lift » potentiel ne nous passe sous le nez.

Un camion passe enfin. Ils vont à Jupiter ! Mais nous sommes complètement trempés et aspirons à être un peu au sec. De plus, il nous faudrait revenir de Jupiter par nos propres moyens. Notre choix de destination se porte donc sur Kalimazoo. Aimablement, le conducteur nous propose de nous reconduire jusqu’au camping, même si ça le rallonge un peu. Nous montons tous dans la boite du camion, avec les vélos. Il fallait nous voir chanter sous le vent et la pluie. Un vrai « show ». À Kalimazoo, nous pouvons profiter d’un petit camp pour nous mettre au sec. La chaleur nous amortis pas mal. Certains en profitent pour faire une sieste. Jean-Pierre va voir les chutes. Puis Roger, Réal et moi-même décidons d’aller nous baigner aux chutes. Le paysage est super : chutes sur fond de soleil. Mais l’eau est aussi super glaciale. Le moment du souper donne lieu à un certain mélange de gamelles et d’ustensiles. Des choses importantes semblaient avoir mystérieusement disparu. Le repas est, comme à l’habitude, excellent.

Jacinthe

Camping Wilcox (grotte à la Patate)

Rivière à la Patate > Camping Wilcox (grotte Patate) – 10 km
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Lundi. Le magnifique panorama du canyon de la Rivière à la Patate s’ouvre à nos yeux dès le début du jour. La Providence nous comble aussi d’un autre cadeau : il y a absence totale de soleil pour brûler notre peau. La routine du matin se fait comme de coutume et les céréales chaudes onctueuses portent bien leur nom.

Jacinthe se surpasse particulièrement dans la couture de deux nouvelles « patchs » sur les culottes de Roger. Quel art ! Le chaudron ayant servi au déjeuner (c’est-à-dire le seul chaudron du camp) vit une histoire mémorable ce matin-là. D’abord, il subit des grafignes innombrables dans le but de décoller les restes du déjeuner légèrement brûlé. Tous les objets disponibles participent au décollage : torchon, terre, morceaux de bois, coquilles d’escargots et cailloux. Le chaudron est relativement propre après sa demi-heure de frottage. Il faut ensuite préparer les casques de spéléologie. Ceux qui possèdent des casques de vélo fixent leurs lampes frontales dessus. Roger, par contre, doit utiliser le chaudron comme casque, rembourré par un ensemble de sacs vides : efficacité étonnante.

Nous marchons les deux kilomètres qui nous séparent de la caverne à la Patate. Le matériel de camping reste derrière nous.

L’entrée de la caverne est immense. Le début du trajet est parsemé d’immenses salles faciles à rejoindre. Réal découvre rapidement une crevasse dans un mur et part à la découverte d’une salle inattendue. L’exploration se poursuit par un corridor avec un plafond de plus en plus bas.

Le plancher, qui était à peine humide au début du trajet, devient graduellement un véritable ruisseau où l’eau glaciale coule entre nos pattes. Alors que de simples pas ordinaires suffisaient à nous faire avancer au début, il faut graduellement se pencher, se mettre en petit bonhomme, être à quatre pattes, et même ramper dans l’eau boueuse. Les plus petits s’en donnent à cœur joie (Jacinthe), alors que les plus grands (Réal) ont plus de peine à transporter leur carcasse. Chaque technique de marche est baptisée : le canard, la salamandre, le bébé de un an, et j’en passe. Le plus difficile est hors de tout doute l’eau glaciale dans laquelle nos mains trempent constamment.

Malheureusement, Jean-Pierre décide de nous abandonner en chemin, alors que nous sommes près d’arriver. Au retour, Roger, qui ouvre la marche, aperçoit la lueur d’une lampe au bout du tunnel.

– Jean-Pierre, est-ce que tout va bien ?

– Je ne suis pas Jean-Pierre, je suis Daniel. Toi, comment tu t’appelles ?

– Je m’appelle Roger Laroche.

– Aie, tu m’niaise. C’est quoi ton nom, pour vrai ?

– Je suis réellement Roger Laroche.

Il s’agit de deux touristes avec qui nous avons une conversation très agréable.

Une pluie torrentielle nous attend à la sortie de la caverne. C’est une agréable surprise, car nous étions justement mouillés et gelés. Nous prenons donc le dîner sur place, profitant ainsi de l’abri de la caverne. Le retour au campement se fait sous le signe de la pluie et des grands vents dont nous avons l’impression qu’ils pourraient nous emporter. Heureusement, deux magnifiques castors nous saluent en chemin et se dandinent à quelques mètres de nous. Nous prenons le temps de les admirer.

L’arrivée au campement est pour le moins surprenante. Un puissant vent déferle sur les tentes et l’équipement. Quelques piquets de tente sont arrachés, deux isolants et une casquette sont perdus. L’empaquetage se fait dans un temps record et nous prenons la route pour Carleton où nous prévoyons aller souper au restaurant. Dès l’arrivée au restaurant, il y a l’opération « dégustation du sucre à la crème » présenté sur le comptoir, suivie de l’opération « mise au sec ». Nous tentons de revêtir notre linge le plus beau pour être présentables. La serveuse nous offre de laver notre linge sale et nous acceptons rapidement l’invitation.

Et c’est le grandiose souper de fruits de mer, accompagné d’un bon vin blanc. C’est une occasion unique de rencontrer des touristes et de faire du « lobbying » pour trouver un « lift » pour demain. Après le long souper, nous nous rendons directement au camping Wilcox pour monter le camp et se coucher. Comme le veut la tradition, le coucher est précédé de la prière en groupe, simple et spontanée.

Roger

Rivière à la Patate

Vauréal > Rivière à la Patate (Baie de la Tour) – 25 km

Dimanche. Si l’on donnait un qualificatif à notre journée, ce pourrait être « LA » journée de notre séjour sur l’île. Nous décidons ensemble du programme. Nous plions et empaquetons tous nos bagages puis les laissons sur le bord de la route principale. La journée s’annonce chaude. Nous partons allégrement.

Premier programme majeur de la journée : descendre la Rivière Vauréal sur les dalles de pierre à vélo. Toute une sensation, ça c’est du tout-terrain. Nous descendons jusqu’au niveau de la chute pour revoir encore ce merveilleux spectacle.

Nous avons tous les quatre le goût de nous baigner dans la rivière qui semble assez chaude, mais nous n’avons pas grand temps. On part donc sur la route dans l’espoir de nous trouver un « lift » le plus tôt possible.

On veut aller voir la Baie de la Tour. J’avais convaincu tout le monde qu’on ne pouvait pas manquer cet endroit. Nous roulons environ 15 km avant d’arrêter le premier véhicule. Surprise, c’est Carol, notre « lift » du premier jour, qui va à la Baie de la Tour avec des amis. On laisse donc nos vélos sur le bord du chemin pour embarquer dans la boite de la camionnette pour les 13 km restants. Nous sommes comblés. Le vent nous rafraîchit, nous voyons des chevreuils le long de la route, je note quelques beaux lacs sauvages, j’essaie de prendre une photo ou deux, tout le monde est très heureux, très de bonne humeur.

La Baie de la Tour vaut le déplacement par la beauté du paysage, de très hautes falaises s’avançant dans la mer. Nous dînons sur le bord de la mer. Carol nous donne des crevettes, puis je marche un peu pendant que d’autres flânent sur place.

Nous reprenons notre « lift » pour le retour, toujours dans la boite, la radio est au maximum, les hauts parleurs sont orientés vers nous. C’est au son de « la Lambada » que nous revenons, je désire que Roger nous fasse une démonstration de danse. Carol nous passe par la fenêtre sa bouteille de Tequila que je goûte, je suis vraiment en vacances. Il nous débarque à nos vélos, nous lui demandons de prendre nos bagages à Vauréal pour les laisser à la Patate, comme dit Réal. Nous faisons quelques kilomètres pour arrêter le prochain véhicule, ce sont encore une fois des gens que nous connaissons, des gens de Québec qui nous ont déjà offert un « lift ». Ils nous amènent jusqu’à la Patate où l’on retrouve tous nos bagages.

On fait une courte distance sur cette route difficilement carrossable pour nous arrêter sur le bord d’une magnifique falaise surplombant la rivière avec vue sur toute la région y compris la mer. Pendant que Réal et moi cueillons de petites fraises sauvages, le souper est préparé par Jacinthe et Roger. Ce souper est bien apprécié, comme toujours. Jacinthe invente une recette, dont elle ne se rappelle déjà plus, de petites tartes aux fraises d’Anticosti que nous mangeons autour du feu. La vue sur toute la région nous donne notre plus beau coucher de soleil.

La soirée est loin d’être terminée, car nous débutons tout bonnement une discussion de groupe qui se transforme en un long et profond échange sur les forces et faiblesses de chacun dans le groupe et sur ce que l’on pourrait faire pour s’améliorer. Cette discussion se poursuit par une belle célébration de la Parole, puis on décide de se coucher. Il est 0 h 45. Cette longue journée s’est déroulée rapidement, on a vu et fait tellement de choses. Journée extraordinaire. On est près de la grotte de la Patate, c’est notre programme de demain.

Jean-Pierre

Vauréal 2

Vauréal – canyon et chute
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Samedi. Le premier événement de cette journée de congé fut le lever. Le fait qu’il eut lieu tient presque du miracle. Dans des souffrances sans nom, avec des gémissements, nous quittâmes nos douillets sacs de couchage pour entamer (lentement, très lentement) cette dure journée de congé à la rivière-chute-canyon Vauréal.

Nous prenons même congé les uns des autres. Deux par deux, nous vivons à un rythme calme et agréable. Avec Jean-Pierre, je pars vers le milieu de l’avant-midi vers le canyon Vauréal. En vélo, nous descendons la première et vertigineuse côte qui aboutit dans le lit d’un ruisseau presque asséché.

À l’impossible, nul n’est tenu, et nous abandonnons vite nos montures inutiles pour poursuivre à pieds la longue marche vers la chute, en grappillant quelques fraises et en enjambant (avec succès relatif) la rivière pour faciliter la marche. Ce canyon est splendide avec ses châteaux, ses tourelles, ses portes et ses meurtrières, et ses fossiles presque à chaque pas. Et la chute qu’on attend, qu’on désire, qu’on découvre finalement dans sa splendeur.

Elle est haute, haute, immuable et toujours différente… Nous restons sans voix, mais non sans appétit, puis je descends lentement et prudemment me baigner, peu à l’aise sur les cailloux pointus et dans l’eau glaciale. Le choc est violent, mais moindre que celui de l’eau qui dévale du ciel et qui me fait reculer à une dizaine de mètres de la chute. Je pensais me sécher douillettement au soleil, mais c’est plutôt la pluie qui nous transit, sous le poncho de Jean-Pierre.

Au retour, nous croisons Jacinthe et Roger qui étaient partis du camp de la rivière après la pluie. Ils ont pris du temps, fait du lavage, dîné, et semblent très heureux de ce programme. Peu après, nous rencontrons Marcel et Martine, des cyclistes de Sept-Îles rencontrés à l’Anse-aux-Fraises et à Kalimazoo, qui semblent plutôt découragés. La fatigue et le manque de plaisir les ont plutôt démoralisés. Apprenant ce qui leur restait à marcher, ils choisissent de remonter avec nous jusqu’au campement, en passant par le belvédère Vauréal. Puis ils repartent avec leur camion loué vers Port-Menier.

Jean-Pierre et moi, après une brève sieste, descendons à pieds vers le haut de la chute par le lit de la rivière. Trajet facile, pour un point de vue original et vertigineux. De retour au campement avec une pleine vache-à-eau sur mon vélo, nous préparons le souper. Jacinthe et Roger reviennent cinq minutes plus tard et c’est Jacinthe, sous la supervision attentive et souriante de Roger, qui organise et réussit le feu. Bravo, Jacinthe !

Surprise, nous faisons la vaisselle à la lumière naturelle. Puis une soirée agréable, douce et longue sans longueurs unit breuvages variés (tisane de sapin, etc…), échanges calmes, chants, musique, silence, prière, sous la garde de la lune et des oiseaux sauvages qui nous réjouissent de leur concert. Le bonheur !

Réal

Vauréal

Camping Wilcox > Vauréal – 35 km
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Vendredi. Notre cinquième journée sur l’île pourrait être baptisée la journée des catastrophes. Bien entendu, c’est selon l’interprétation de la principale victime qui est en même temps l’auteure de ces pages.

Carleton (Wilcox) devait être notre campement fixe. Cependant, nous nous sommes permis une fois de plus de changer notre programme. En route pour les Chutes Vauréal où cette fois nous établirons vraiment notre campement fixe. Juste avant de partir, nous disons « au revoir » à l’épave du Wilcox, nostalgique vestige d’un naufrage.

Aujourd’hui, nous devions faire une journée plutôt mollo. La distance à parcourir nous semblait assez courte, en comparaison avec celle de la veille. Mais… Dès le départ, j’ai des jambes de plomb. Des côtes, encore des côtes, toujours des côtes. Même la plus petite me fait horreur. Je me traîne, assez loin derrière les autres. En arrivant à la Rivière à la Patate, je prends la débarque de ma vie en descendant une côte. Je suis pas mal sonnée. Ça me prend un peu de temps à me relever, au milieu de mes trois amis inquiets. À part plusieurs bonnes éraflures, je n’ai pas de blessures graves. J’ai cependant fait l’expérience de l’utilité d’un casque protecteur. Sans lui, j’aurais mangé un méchant coup sur la tête.

Étant donné mon état peu glorieux, l’équipe s’arrête immédiatement pour le dîner. Jean-Pierre en profite pour désinfecter toutes mes égratignures. J’ai maintenant des jambes très « séduisantes », comme dirait Roger.

Bon ! Il faut quand même se remettre en route, même si je suis encore étourdie ; les premiers kilomètres sont pénibles. Encore des côtes… Que la route est longue ! Il me semble que mes compagnons sont plus fatigués eux aussi.

Mais le canyon Observation chasse notre fatigue. C’est vraiment à couper le souffle. Nous marchons le long de parois abruptes en admirant la petite rivière qui coule au fond. Bien du travail pour une si petite rivière, nous dit Réal.

Il faut quand même repartir pour Vauréal, avant que le courage ne nous abandonne (le mien, en tout cas !) Juste avant de reprendre la route, nous croisons une famille de Joliette que nous avions rencontrée sur le bateau. Nous échangeons quelques nouvelles, puis ils nous apprennent que Vauréal est à au moins une heure et demie sur une route qui laisse à désirer. Zut !

Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Un peu plus loin, Réal fait une crevaison. Mon dérailleur fait des folies. Ma chaîne débarque. Le porte-bagages de Roger perd des vis. Je sens que Jean-Pierre aussi est fatigué, mais il continue patiemment la route. Des côtes, encore, toujours. Ça finit où ? Qui a dit qu’il n’y en avait presque pas sur l’île ? Terrain plat, qu’ils disaient.

À l’arrivée, la vue des Chutes Vauréal récompense tous nos efforts. Tout simplement splendide et unique ! Notre campement est installé sans trop de difficultés

Jean-Pierre et moi avons le contrat de la préparation du souper. Eh bien, laissez-moi vous dire que c’en est tout un, pas mal compliqué à préparer. Sa réalisation nécessite plusieurs phases de cuisson et nous demande tous les morceaux de notre modeste batterie de cuisine. Nous sommes tout collés, la vaisselle aussi, et nous ne savons plus où déposer nos ustensiles. Mémorable ! Mauvaise surprise, le gâteau à l’abricot est moisi. J’ai fait la fine gueule, j’en ai pas mangé, au grand plaisir de mes compagnons.

La veillée se poursuit tranquillement autour du feu. Jean-Pierre sommeille en essuyant la vaisselle. Nous sommes plutôt amortis. Demain, ce sera une journée de vacances. Après tout, c’est samedi !

Jacinthe