Shallow Bay

Bellburns > Shallow Bay – 57 km
Sommaire

Mardi. Quelle nuit ! Bien au sec, à l’intérieur, tout le linge passé dans la sécheuse, nous avons reçu un accueil fantastique. Pour remercier nos hôtes, Max et Vivian House, nous leur remettons un petit mot (voir ci-dessous).

Après un petit déjeuner (4A) compact et plantureux, nous reprenons la route pour Shallow Bay où nous attendent Jean et Alain. Un bref rayon de soleil nous avait fait espérer une journée moins humide que la veille, mais le départ s’effectue à la pluie battante, et les vêtements si gentiment séchés sont mouillés en quelques minutes. Toute la journée, pluie et brume se relaient, entrecoupées de quelques accalmies. Et en prime, nous avons droit à un fameux vent de face qui a un sérieux impact sur les cyclistes instables que nous sommes. Lyette fait une chute, heureusement sans gravité (le sort s’acharne sur elle) et le casque de Roger, lentement desserré, s’envole sous une rafale pour rouler sur la route.

Les paysages sont toutefois grandioses. Souvent, nous longeons la mer, parfois sur des landes au sommet de falaises. Au loin, vers l’est, des montagnes abrutes et ensoleillées nous fascinent. Et toujours, la végétation fragile et tourmentée de ce dur climat nous montre la force de la vie. De plus, des groupes de moutons se promènent librement sur la route et dans la lande, obligeant parfois les rares automobilistes ou les trop nombreux camions à certaines prouesses pour les éviter.

À Daniel’ s Harbour, nous rencontrons à nouveau les très sympathiques House. Plus loin, loin, nous croisons deux cyclistes albertains qui visitent les Rocheuses, le Québec et les Maritimes cet été. Duke et Gail nous confirment à nouveau que Jean est bien vivant et qu’il abaisse tranquille­ment sa charge de nourriture à Shallow Bay. Après un bref et agréable échange, ils repartent vers le nord.

Nous dînons à The Arches, restes d’anciennes falaises creusées par la mer. Par bonheur, il ne pleut pas. Dans l’après-midi, nous arrêtons à Parson’s Pond pour acheter un souper de fête à l’usine de poisson et au magasin local.

Par la suite, la pluie et la brume viennent masquer les paysages, et l’entrée à Gros Morne est on ne peut moins spectaculaire. Mais nous sommes arrivés, Jean et Alain nous font un accueil super chaleureux. Tous deux vont très bien, même si Alain a travaillé fort pour pédaler jusqu’ici. Nous revoyons aussi Gilles et Marie, deux québécois rencontrés sur le Nordik Express, qui nous apprennent avoir passé trois jours à Blanc-Sablon, bloqués par les glaces.

Nous avons droit à des douches et à un abri cuisine avec poêle à bois. Les préparatifs du souper vont bon train sous la gouverne de Diane, maître-cuisinier. Au menu : bouillon de poisson, riz à l’oignon et à la morue fraîche, fondue au chocolat, le tout bien arrosé de vin et de joie. En soirée, le ciel se dégage, nous admirons les aurores boréales à partir de la plage. Nous décidons de nous lever tard demain, espérant retrouver le soleil. Mais un grand soleil intérieur nous habite, intensifié par la prière à trois dans la tente juste avant le sommeil. Merci, Seigneur.

Réal

Our friends, we’re keeping you in our hearts.

Because of you, tonight, we experienced a happy and fulfithing evening.

Six drowned, wicked persons (between frozen fish and soaked­to-the-bone cats), riding overpacked bicycles, spontaneously asked for your help, like a little roof over our heads to clear up our low spirits. Many would have been scared but not you. You welcomed us as part of your family with a remarkable home made dinner lot’s of warmth. You helped us get dried – hard job !

So much kindness made it easy to accept your big gifts. Today, we have been confronted with the worse and, after that, the best.

It’s so very touching, your hospitality, and we didn’t even earn it ! We will always remember you and what you did for us, and even if we cannot give you back the quarter of what you gave us, be assured that we’ll try to be like you because you’re a superb example to follow (tough act to follow but !… ).

Your house was like our home. So many thanks to you for this wonderful unbelievable evening, full of unexpected fun and happiness.

Lyette, Jacinthe, Diane, Réal, Roger, Jean-Pierre xxx

Sorry for the poor English, hope you will understand our feelings for you.

We will be back soon ! ! !

Nos amis que nous gardons dans nos cœurs.

Grâce à vous, nous avons vécu ce soir une expérience étonnante, riche et heureuse.

Six épaves, à mi-chemin entre le poisson congelé et le chat mouillé, ont vacillé sur des vélos surchargés pour vous demander un coin de garage pour reprendre leurs esprits. Beaucoup auraient eu peur, mais pas vous. Vous nous avez reçus comme si nous étions le Bon Dieu en personne, nous comblant de délices «home made», de chaleur, de séchage, et surtout d’une gentillesse qui nous rendaient heureux d’accepter tant de douceurs. Aujourd’hui, nous avons passé du pire au meilleur.

C’est très émouvant de vivre une telle hospitalité, que jamais nous n’avons méritée. Nous nous en souviendrons, et à défaut de vous rendre ce que vous avez donné, nous essayerons de vous ressembler un peu.

«Your house was like our home.» Merci pour notre meilleure soirée, pleine de bonheur et d’accueil.

Lyette, Jacinthe, Diane, Réal, Roger, Jean-Pierre xxx

Excusez notre anglais, nous espérons que vous saisirez nos sentiments.

A bientôt !

Bellburns

Eddies Cove West > Bellburns – 68 km
Sommaire – voir le journal d’Alain ci-dessous

Lundi. À 8 h, la montre de Roger sonne, c’est le temps. Tout le monde se lève tranquillement. Réal et moi allons prendre une agréable marche sur le quai du village où nous nous entretenons avec un pêcheur. Nous sommes de retour au campement, c’est le temps des céréales chaudes aux amandes. Shannon, un petit gars que nous avions rencontré la veille au soir, est là tout près de nous, il veut nous aider. Il m’aide à défaire la tente, il offre un stand à vélo à Roger, il me donne une plaque de Terre-Neuve comme je lui ai demandé, il donne au groupe son paquet de « Life-Savers ». Quelle hospitalité ! Avant de partir, je lui dis bonjour. Il me répond : « Not now. » Eh oui, il décide de nous suivre pendant quelques minutes.

La journée s’annonce douteuse en fait de température, mais nous espérons que peut-être il sera possible que les nuages se dispersent. Comme entendu, le premier arrêt se fait à la première rivière (East River) pour le bain collectif. Rare­ment me suis-je senti aussi bien après un bain. Je com­prends un peu Roger de tenir à son bain chaque matin. Puis de petites gouttelettes commencent à tomber. J’ai encore espoir que ce soit passager. Le dîner se prend à Hawke’s Bay, au sec heureusement.

Mais rapidement la pluie recommence et le vent se lève ; bref, de mauvaises conditions qui vont durer des minutes, des kilomètres, des heures. On ne voit plus la fin ; des côtes montent et descendent, suivies de plus grosses côtes ; la pluie s’intensifie, il est passé 18 h… On décide d’un commun accord de s’arrêter au plus vite, au prochain village… mais où est-il, ce village ? Se pourrait-il qu’il soit indiqué sur la carte et en fait disparu ? Finalement, au loin, je distingue une maison, puis d’autres maisons. Enfin, c’est Bellburns !

Lyette arrête à la première maison. Je serais personnellement enclin à arrêter au centre du village mais Lyette ne fait pas un tour de roue de plus. Elle dépose son vélo sur un poteau puis va cogner à la porte pour demander un peu d’hospitalité. Eh bien, c’est un rêve inimaginable qui commence, un conte de fée débute.

M. et Mme House nous accueillent dans leur maison, nous offrant leur sécheuse, nous demandant d’entrer toutes nos sacoches bien au sec.

Madame met six assiettes sur la table et commence à préparer un souper à l’orignal. Chacun a droit à deux bonnes assiettées, et, pour finir le plat, à un pot de confitures à la rhubarbe avec pain à volonté. Ce n’est pas tout : ils nous préparent six places à coucher. Après le souper, ils doivent quitter, mais ils nous invitent à rester dans leur maison bien au chaud.

La soirée est bien tranquille. Nous commençons tout juste à réaliser ce qui se passe. Comment se fait-il qu’un si grand bien nous arrive ? Y a-t-il quelqu’un là-haut qui l’ait voulu ? Merci.

Jean-Pierre

Dimanche. L’excitation du départ ! Je vis les petits stress qui me font désirer encore plus fortement le moment où je pédalerai enfin. J’embarque de justesse dans l’avion, et mon vélo itou. Pourquoi y avait-il tous ces gens en file devant le comptoir ? Mais voilà, je vole vers Deer Lake où j’espère découvrir des paysages magnifiques et sauvages, une partie de mon pays et des gens chaleureux. Petite crainte : comment se déroulera ce voyage en compagnie de six autres cyclistes à connaître ?

Mais Terre-Neuve me permettra de chasser toute urbanité de mon être. ADIEU patron, trafic, voitures, travail, téléphone, fax ; BIENVENUE vélo, liberté, amis, pays, et moi-même !

Eddies Cove West

Brig Bay > Eddies Cove West – 51 km
Sommaire

Dimanche. Je reprends le flambeau pour décrire une autre belle journée, à la lueur du soleil couchant et du feu sur le bord de la grève construit à l’aide de cinq ou six garçons de 7 à 13 ans vivant à Eddies Cove West, notre lieu de repos pour la nuit. Mais allons-y par ordre chrono !

On s’était promis une nuit sans contrainte de temps et c’est ce qu’on a fait, avec un lever éparpillé, tout en douceur, au rythme de chacun. Roger se trouve un bain, à sa bonne habitude, mais quel vent frisquet ! Tour ce qu’il faut pour réveiller la compagnie ! Réal est déjà sur sa bicyclette, pour se réveiller ?

Diane, faisant lecture de l’Évangile du jour, mentionne avec St-Paul que « nos faiblesses sont en réalité nos forces ». Le déjeuner, omelette et pain au cheddar, achève de nous réconcilier avec une journée splendide. Atelier vélo pour mise au point, au poil ! Aux alentours de 13 h, heure locale, incroyable mais vrai, départ.

On roule bon train, agréablement. En pleine descente, un « Pow ! » retentissant, mon pneu avant éclate, déséquilibre, redressement, mon équilibre instable ( ! ) me permet (eh oui) de rester sur mon vélo. Stopper en pleine course avec deux cents quelques livres1 (mon poids inclus, évidemment) en mouvement et sauver le tout (coudes et genoux inclus) n’est pas évident. On répare, on repart.

À la rivière aux Castors où, nous dit-on, on voit souvent sauter les saumons qui remontent, on dîne en bonne compagnie. Un habitant des lieux nous accueille bien, nous offre même le café. La voisine, avec un accent réjouis­sant, ne peut nous offrir de remplir nos gourdes car son système de plomberie, de tuyauterie, est gelé. Elle croit qu’il devrait dégeler d’ici la fin juillet… On se régale d’un pain au millet et aux noix à la mode Roger. Sans égal à ce jour.

Et on repart. On longe la côte avec les falaises ennei­gées en enfilade d’un côté et la mer de l’autre. Les glaciers nous ont quittés, semble-t-il. On bronze allégrement, trop au gré de Diane et de Réal qui doivent se tartiner généreuse­ment joues et bout du nez avec le «Zincofax» de Jean-Pierre.

Vers 17 h ou 18 h, on commence à se dire qu’il faudrait se trouver un campement, Après maintes tergiver­sations de tou(te)s et chacun(e), on s’établit à Eddies Cove West, petit village charmant. On nous offre un champ face au quai. Les vaches nous passent sous le nez. Quel sans-gêne, quand même… se disent-elles peut-être, car c’est bien leur place, après tout. On apprécie l’hospitalité régionale. On retrouve même le monsieur (avec son père de 78 ans) qui avait donné de l’eau à Jean-Pierre et Roger hier. Quelle coïncidence de se revoir ici !

Le camp se monte en deux temps trois mouvements. Le souper est mené de façon expérimentée par Diane accom­pagnée de Jean-Pierre. On mange avec appétit. J’apprécie particulièrement que le vent (le froid) nous épargne ce soir. La preuve, je porte encore mes «shorts» au moment d’aller dormir.

Avant le coucher, on a droit à un magnifique feu, comme mentionné plus haut. C’est un instant privilégié pour moi, malheureusement un peu abrégé car je prends le temps de téléphoner à Alain qui se dit un peu fébrile avant son arrivée à Deer Lake. On discute, on revit quelques événements de la journée. Les moments forts, cocasses, imprévus, sont goûtés à nouveau. Les inévitables moments de frictions et de tensions sont mis de l’avant pour permettre à tous de bien les vivre. N’oublions pas le premier anniversaire de Roger et Jacinthe. Que de partage depuis un an. On est heureux pour eux. Ils nous livrent un beau témoignage de leur cheminement et nous reflètent la part que chacun des membres du groupe y a pris. Célébra­tion autour des textes du jour, de St-Paul (nos faiblesses sont en réalité nos forces) en particulier. Finalement, on se retire dans nos tentes. Le repos des guerriers, quoi. Les « lambineux » et les « placotteux » se couchent vers 1 h 30. Ouf ! Diane se paye le luxe d’un mal de mer à retardement.

Bonne nuit quand même. Tourlou à tous.

Lyette

  1. 200 lbs : 90 kg ↩︎

Brig Bay

Relais Nordik > Brig Bay – 23 km
Sommaire

Samedi. Réveil très matinal pour Jean-Pierre, Diane et Réal. Couchés au pont d’observation, leur sommeil est interrompu par l’arrivée de quelques voyageurs venus observer un soi-disant immense iceberg.

N’ayant pas été moi-même témoin oculaire de ce moment, je me dois de consulter plusieurs sources pour rapporter l’événement. Alors, mes différents informateurs s’entendent pour dire que l’iceberg en question est assez spectaculaire. Cependant, l’estimation de sa hauteur varie, selon les personnes, de 50 pieds à 300 pieds. Bon ! Croyez qui vous voulez !

Arrivée à Blanc-Sablon vers 7 h, comme prévu. Le bateau se fraie précautionneusement un chemin dans la glace qui envahit le port. Brrr ! ! ! Il fait froid… Il y a encore un peu de neige sur la côte. Il pleut. Ce n’est pas très accueillant. Puis c’est le débarquement. Nous retrouvons peu à peu tous nos morceaux. Une exception, cependant : Réal n’a plus ses gants de vélo. Perdus ? Volés ?

Une fois de plus, nous réorganisons le contenu de nos sacoches de façon à ce que nous puissions tout faire tenir sur les vélos. Certains d’entre nous ont ensuite le goût d’explorer un peu les environs. Jean-Pierre tient beaucoup à aller mettre les pieds (ou tout au moins les roues !) au Labrador. Diane, Roger et moi-même l’accompagnons. Réal, lui, part à la recherche de nouveaux gants de vélo. Lyette et Jean restent au quai et font du P.R. – Relations Publiques.

Le Labrador. Selon Jean-Pierre, c’est par là. Ouais. Mais par là il y a une espèce de grosse côte et on a le vent dans le visage. Ça ne sera pas facile. Ouais. Il pleut, il vente, il y a de la neige, de la glace, il fait froid, je monte une côte, sans mes bagages en plus (sous-entendu : qu’est-ce que ce serait avec !), j’en arrache et c’est le 6 juillet. J’ai un doute. Qu’est-ce que je fais ici ?

Finalement, victoire, nous atteignons le Labrador. De loin, nous apercevons les côtes de Terre-Neuve et le traversier qui s’en vient. Il ne pleut plus. le soleil se pointe. L’effort m’a réchauffée. La vie redevient belle. Nous redescendons.

Dans l’entrepôt du port, nous chargeons nos vélos et Jean se charge aussi. Comme prévu, Diane et Lyette sont déconcertées par la tenue de route de leur véhicule chargé. Lyette semble très sceptique sur sa capacité à conduire le dit véhicule. Nous pesons nos vélos, à côté d’un énorme quartier de viande, sur la balance de l’entrepôt. Les vélos et leurs charges pèsent de 80 à 100 livres1 ! ! ! Lyette est découragée : elle bat le record de poids.

Mais le plus spectaculaire de tous est sans aucun doute Jean. Il est chargé comme un mulet. Il a une envergure assez impressionnante. Si on additionne son poids et celui de son matériel, on atteint le chiffre impressionnant de 300 livres2 ! Le quartier de viande en plus, et la balance franchit le cap des 450 livres3 ! Heureusement, la viande restera ici, mais chacun de nous se demande comment il fera pour porter tout cela. Bonne chance, Jean !

Nous prenons place sur le traversier. Lyette ne réussit pas à enfourcher son vélo. Le doute grandit…

Selon quelques informateurs, la traversée du détroit de Belle-Isle n’est pas de tout repos, il parait qu’il vente beaucoup et que les vagues sont énormes. Le mal de mer semble fréquent chez les passagers, comme en témoignent la multitude de poubelles et de sacs prévus à cet effet. Pas rassurant ! Mais aujourd’hui, on prévoit une traversée tranquille.

Le bateau quitte le port peu après notre embarquement. Nous l’explorons. Il est très confortable. Il y a beaucoup de place pour relaxer, ce que certains d’entre nous ne manqueront pas de faire, question de regagner un peu de sommeil.

Le bateau traverse les glaces avec un peu moins de soins que le Nordik Express. Il fonce carrément dessus, ça brasse un peu. Et plus au large, c’est vrai qu’il y a de la vague. Ils disent pourtant qu’aujourd’hui c’est une belle journée… Je n’aimerais pas prendre ce traversier un jour de tempête.

Enfin, Terre-Neuve ! Quelques derniers ajustements, et nous voilà partis. Lyette finit par retrouver confiance en son vélo et en elle. Le convoi chambranlant prend la route. Nous laissons Jean au coin de la route.

Selon nos informateurs, toujours, la route devrait être assez planche, le vent acceptable et les moustiques absents. Ces informations s’avèrent relativement exactes. Les côtes, il y en a, mais des petites. Le vent, il y en a, mais dans notre dos. Ça nous donne des ailes et nous roulons à une allure fulgurante. Et les moustiques, il y en aura, mais… Bah !

Voilà que les négociations commencent pour l’emplacement d’un camping. Ce n’est pas évident. Nous n’avons pas tous les mêmes critères, et notre degré de fatigue est avancé. Enfin ! Nous nous installons sur une pointe, entre quelques arbres rabougris. Nous avons une vue superbe sur la mer. A six, l’installation du campement est assez rapide.

Jean-Pierre et Roger vont à la recherche d’eau potable. Ils s’arrêtent à une maison non loin de notre campement. Le propriétaire les accueille gentiment. « Où est le bain ? », demande Jean-Pierre, croyant pouvoir emplir la vache à eau plus rapidement. Mais la maison est minuscule, et il n’y a pas de bain. Avec un contenant, Roger et Jean-Pierre font la navette entre l’évier et la vache à eau qui est restée à l’extérieur. Ça prend un certain temps. Ils apprennent que leur hôte travaille à Labrador City et que ce n’est pas très accessible en venant de Terre-Neuve. Il vit avec son père de 78 ans, sa fille et son petit-fils. Paraîtrait que son père bûche beaucoup de bois, assez pour ne plus avoir à le faire lorsqu’il sera sur ses vieux jours…

Après le souper, Roger et moi convions le reste de l’équipe à venir se chauffer au feu de camp, dans un trou. Il aura fallu chercher pas mal pour trouver un endroit adéquat. Plus près des tentes, la végétation est trop sèche. Sur la plage, il vente énormément. Un trou probablement creusé mécaniquement nous coupe un peu du vent. Cependant, la fumée tourbillonne. Il n’est pas facile de rester près du feu sans pleurer… à cause de la fumée. Nous profitons de ce temps pour nous réchauffer et échanger sur notre vécu de groupe depuis le début du voyage.

Bien sûr, j’aurais pu écrire encore tant de choses, il y aurait tant à dire encore. Mais je laisse à notre mémoire le soin de conserver le reste. Puisse ces quelques souvenirs en faire jaillir d’autres !

Jacinthe

  1. 80 à 10 lbs : 35 kg à 45 kg ↩︎
  2. 300 lbs : plus de 135 kg ↩︎
  3. 450 lbs : plus de 200 kg ↩︎

Relais Nordik 1,2

Relais Nordik
Sommaire

Vendredi. Bonsoir. J’écris cette belle page de journal bien assise à la cafétéria du Nordik Express, devenu notre petite maison depuis deux jours.

La journée débute très tôt avec l’arrêt du bateau à La Romaine à 5 h 30 ce matin. Réal, Jacinthe, Jean-Pierre et moi allons serpenter les petites rues de gravier du village avec nos bicyclettes. La visite est calme et très charmante.

Le déjeuner est pris ensemble, mais sans la présence de Lyette qui a passé une nuit peu reposante et qui profite de sa matinée pour récupérer et calmer ses maux de cœur.

Nous nous retrouvons quelques heures plus tard à Harrington Harbour. Encore un autre arrêt enchanteur. Avec nos bicyclettes, Réal, Jean-Pierre et moi allons nous promener sur les trottoirs de bois qui sont également les rues du village. C’est un endroit aussi très pittoresque avec son cachet de village de pêcheur.

Nous croisons de gros glaciers sur notre route vers Tête-à­-la-Baleine. C’est très beau un glacier. Et tout à-coup, c’est la mer de glaces. Ici et là, nous rencontrons des amas de glace plus ou moins gros, et parfois le bateau subit une secousse à sa rencontre avec un glacier. Nous souhaitions tellement les voir, et nous en voyons bien plus que nous ne l’espérions.

Ce sont des paysages différents que nous découvrons. Des rochers, de la mousse, de petits arbres, mais pas de grands arbres. Rendus à Tête-à-la-Baleine, nous faisons notre petite randonnée et le paysage est magnifique. Des îles, la mer, des glaciers, des petits lacs et l’amour d’un ami qui enveloppe mon cœur de bonheur. Une petite baignade dans la mer suffit pour faire réaliser à Jean-Pierre que cette eau est salée lorsqu’on y goûte !

Une dernière randonnée à La Tabatière nous confirme toujours la beauté du paysage de la Basse Côte-Nord. Toujours des amas de glace dans la mer. Ces petits arrêts sont très salutaires pour agrémenter et alléger la monotonie du voyage en bateau assis sur un banc.

Nous faisons un dernier arrêt à St-Augustin. Nous nous couchons. Terre-Neuve nous attend bientôt avec nos bicyclettes. Merci Seigneur pour cette belle journée !

Diane

Relais Nordik 1,1

Havre-St-Pierre > Relais Nordik
Sommaire

Jeudi. Un soleil resplendissant se lève sur Havre-St-Pierre. Nous sommes debout aux alentours de 7 h. C’est la grasse matinée si on compare aux deux jours précédents. Le site est splendide mais la présence tenace des moustiques nous convainc rapidement de décamper tout de suite après la gymnastique et la douche.

Notre prochaine destination est le terrain du centre touristique de Havre-St-Pierre. Une fois de plus, nous faisons honneur à la bouffe de Jean, et particulièrement à ses muffins. Après le déjeuner, nous allons visionner un film sur les Îles Mingan pendant que Jacinthe sert de chien de garde pour le matériel répandu par terre tout en complétant les sacs de nourriture. Et c’est la préparation finale des bagages. Quel tour de force d’entrer du stock pour plus de deux semaines dans deux minuscu­les sacoches de vélo !

Nous nous rendons au quai pour l’embarquement. L’atmosphère est toute frétillante. On entend le ronflement des moteurs du « Nordik Express ». On observe l’immense grue qui manipule les gros conteneurs comme s’il s’agissait de simples blocs « Lego ». À la dernière minute, on nous annonce qu’il faut placer le plus possible de bagages dans un conteneur.

15 h 15, le navire quitte le port. Nous sommes environ 120 passagers à bord. Aussi étonnant que cela puisse paraître, quelques personnes que nous connaissons voyagent avec nous. Jean rencontre encore une fois une de ses amies, Roger trouve des gens du Patro de Montréal, Jean-Pierre trouve une amie de son père.

Nous nous installons par terre tout près des vélos pour déguster la bouffe végétarienne de Lyette. De nombreuses paires d’yeux nous observent plus ou moins discrètement. Des gens viennent nous voir pour nous connaître un peu plus. Certains se disent impressionnés par la qualité diététique de notre nourriture.

En fait, un des grands plaisirs du voyage est de développer des liens d’amitié avec les autres passagers. Pour s’en convaincre, il faut observer Réal à tout moment en train d’engager la conversation avec une nouvelle personne. On se demande si cet homme ne possède pas plusieurs langues car il parle continuellement depuis l’embarquement jusqu’à l’heure du coucher.

Le paysage est fabuleux. Baie-Johan-Beetz, la première escale, est un petit village tranquille à l’embouchure d’une rivière. Nous enfourchons les bicyclettes et en faisons rapidement le tour. Après un milieu de soirée plutôt tranquille, le bateau accoste à Natashquan aux alentours de 22 h 00. Nous en profitons pour faire une promenade nocturne à pied ou à vélo.

Nous nous endormons finale­ment dans le bercement de la mer. C’est une nuit repo­sante, sauf pour ceux qui doivent prendre des Gravols.

Roger

Havre-St-Pierre 1

Matane > Havre-St-Pierre
Sommaire

Mercredi. Pas de crevettes, et plus personne de crevé. Une bonne nuit, ça fait beaucoup de bien. Elle a été courte, toutefois, car le lever avait été fixé à 5 h 45. Pourtant, les oiseaux nous avaient largement devancés… Douche générale, ramassage express, À 6 h 45, nous sommes sur le quai de Matane. Il fait très très beau, la mer est calme, et le bateau se présente peu après pour nous emmener à Godbout. La traversée sur cet immense vaisseau est sans histoire mais mémorable. La température est chaude, superbe, le soleil et le petit déjeuner nous réjouissent. L’arrivée à Godbout est spectaculaire. Wow !

Nous reprenons la route de la Côte-Nord, que nous avions contournée à cause des feux de forêt. Nous décidons de ne pas trainer et tenons parole jusqu’à… Port-Cartier. Nous arrêtons près de chutes grondantes pour 3 minutes et restons 30 minutes en admiration. Puis nous retournons dans l’enfance de Diane, née à Sept-Îles. La maison natale, le vieux quai, un copain d’enfance, une bonne amie… ouf ! Nous partageons la joie de Diane, et notre retard s’accentue sérieusement.

Nous reprenons la route après Sept-Îles et décidons de ne pas traîner (bis). Cette fois-ci, nous tenons vraiment parole… en silence. La Jeep devient dortoir. Par bonheur, je conduis et ne manque pas le paysage féerique. Nous faisons un petit arrêt à Longue-Pointe sur un belvédère face à l’île Nue, avec vue sur l’île aux Perroquets et Anticosti. Les souvenirs reviennent en masse, distraits par le passage d’un rorqual commun. Au passage de la Rivière Mingan, Vigneault chante «Jack Monoloy». Coïncidence heureuse. En fin d’après-midi, nous arrivons au Havre-St-­Pierre. Paul, militant péquiste de Parcs Canada, nous informe que le bateau sera en retard de quelques heures. Youppi ! Nous sommes en congé ce soir.

La pizza aux fruits de mer est excellente et Roger observe attentivement la serveuse sous l’œil inquiet de Jacinthe. (Voir Jacinthe pour une autre version.) Puis, après messe, marche et digestion (burp !), une réincarnation du frère Marie-Victorin nous informe sur la flore des Îles Mingan puis sur le meilleur site pour le camping sauvage. Après avoir exploré les tours et détours d’un labyrinthe de roulottes, nous nous installons avec volupté pour la nuit.

Réal

Matane

Montréal > Matane
Sommaire

Ok ! Le bateau à pédales est parti. Oui, d’accord, il y en a un qui marche (cest moi), mais c’est un bateau qui est bien bâti, avec des membres solides.

Alors, ce matin, Diane doit me prendre et on rencontre tout le monde à 7 h 30 chez Jean-Pierre. C’est parfait, on est là à 8 h 30. Tout le monde est de bonne humeur, on s’affaire à installer les vélos. Lyette met du « tape » sur le réservoir de combustible, Jacinthe, voyant mes bottes de marche, passe proche de s’évanouir. La galère flotte bien, tout le monde est bien fatigué, semble-t-il, peut-être davantage Roger, vanné par son déménagement.

La route est bonne jusqu’à la halte routière avant Québec, puis jusqu’à Montmagny, sans toutefois que nous puissions trouver des piles pour lampes frontales. C’est à Rimouski qu’on va trouver ces fameuses piles. Belle arrivée à Matane, village que j’avais mal imaginé même dans mes pires… s’cusez…

Un bon souper de Chili Con Carne préparé par Jacinthe et Roger, et surtout de délicieuses fraises nappées de cassonade et de crème terminent cette journée agréable dont nous sortons fatigués, mais parce qu’on s’était fatigués avant. C’est énervant les départs.

Jean

P.S. Où sont les crevettes ?

Terre-Neuve à vélo – 1991

Thor, le Dieu tout-puissant des Vikings, décida de guider son meilleur équipage vers une contrée aussi froide que la Norvège et emplie de mystères… Leur but : découvrir ce qu’il y a de plus beau et s’en accaparer, si possible. Trois femmes aguerries et cinq hommes, les plus braves, partirent donc pour ne revenir que mission accomplie. Bravant glaces, pluies et vents terribles, ils mirent le cap sur cette Terre Neuve. On raconte qu’ils accostèrent au nord, quoique certains affirment une venue du sud. Quoiqu’il en soit, leur passage laissa certains artefacts, tout au long de la route jusqu’à l’étang Western Brook. Mais après, que se passa-t-il ? Où ont-ils été ? Ont-ils accompli la mission tel qu’exigé ? Récemment, on fit la découverte d’un document, non encore authentifié, relatant leur voyage. Des passages incroyables – erreurs de traduction ? – décrivent une partie de lépopée. La réponse à l’énigme s’y trouve peut-être. Aux lecteurs de juger !

Bon ! C’est un tantinet grandiloquent, mais c’est ainsi que débute le journal dune aventure aux nombreux rebondissements.

En fait, le nord de Terre-Neuve invite au voyage dans le temps avec les merveilles géologiques du Parc Gros-Morne, les surprises archéologiques de Port au Choix, l’Anse aux Meadows et Red-Bay, avec le pédalage rythmé par des paysages spectaculaires et presque vierges. Il y a aussi la nature avec ses cascades et ses cavernes de glace, ses montagnes, ses toundras et ses déserts, sa végétation tourmentée, sa mer omniprésente, magnifique et cruelle. Il y a l’humain avec des gens gentils, simples et généreux, avec des amis cyclistes qui se découvrent dans un quotidien exigeant mais stimulant, avec chacun en lui-même dans des heures de misère, de solitude, de partage et d’émerveillement. Magie du vélo.

Parfois éparpillés mais profondément unis, nous avons rempli yeux et cœurs. Seulement 285 km pouvant être confirmés selon les algorithmes, mais cétait bien avant que la planète soit numérique.

Voyez larticle paru dans Vélo-Mag – mai 1992.

Matane
1991-07-02

Havre-St-Pierre
1991-07-03

Relais Nordik 1,1
1991-07-04

Relais Nordik 1,2
1991-07-05

Brig Bay
1991-07-06 – 23 km

Eddies Cove West
1991-07-07 – 51 km

Bellburns
1991-07-08 – 68 km

Shallow Bay
1991-07-09 – 57 km

Western Brook Pond 1
1991-07-10 – 26 km

Rocky Harbour 1
1991-07-12 – 32 km

Rocky Harbour 3 (Tablelands)
1991-07-14 – 27 km

Relais Nordik 2,1
1991-07-20

Havre-St-Pierre 2
1991-07-21

Godbout
1991-07-22

Montréal
1991-07-23

Nicolet / Montréal

Godbout > Nicolet / Montréal
Sommaire

Dimanche. Dernière journée. On voudrait que l’aventure ne finisse pas, et pourtant elle achève. Profitons de ce qu’il en reste.

Ce matin, on se lève tôt, même si l’expérience est pénible. La fatigue se fait sentir, et de charmantes bestioles nous attendent à l’extérieur des tentes pour prendre leur petit déjeuner à nos dépens. Qu’importe… Le matériel est préparé et placé près des voitures. Le petit déjeuner est pris rapidement et joyeusement. Comme Jacinthe doit rentrer à La Tuque le soir même, elle héritera des bagages de tous, à l’exception d’un strict minimum, et j’aurai les passagers. Du bagage, elle en aura jusqu’au toit.

Anne et Marco nous quittent, heureux de leur camping et des rencontres, mais las des mouches noires. Puis nous laissons avec une émotion certaine Alain et Pierre-Luc qui prendront en avant-midi le traversier vers Matane pour un séjour en Gaspésie. Je les jalouse un peu, ils sont chanceux. Ils ont été de très agréables compagnons. La route commence.

Il avait été entendu que nous roulerions sans interruption. De fait, nous n’avons arrêté que trois fois avant Québec : plein d’essence à Forestville, traversier à Tadoussac et pause-santé à Baie-St-Paul. Ouf ! Les passagers sommeillent souvent, alors que les conducteurs admirent au passage des points de vue impressionnants sur le golfe, le fleuve et les montagnes. La circulation et la météo s’alourdissent progressivement, et bientôt le soleil nous quitte. C’est plus confortable, mais moins beau. Les petites voitures, surchargées, peinent dans les côtes. C’est un marathon.

À 15 h 30, nous débarquons chez la maman de Roger (papa est en voyage en France) pour un repas préparé avec amour. Les anecdotes fusent, entrecoupées de bâillements et de goinfreries. Le repas est excellent et abondant, marqué de gentillesse, de bonne humeur et d’un mémorable short cake aux fraises. La totale impossibilité d’en avaler plus met fin au repas, et après une laborieuse comptabilité, nous entamons la dernière partie du voyage. Tous les gestes et les pensées semblent ralentis : est-ce la fatigue ou le goût d’étirer l’aventure ? À Trois-Rivières, dans un beau stationnement de centre d’achats, nous nous séparons de Jacinthe. Tristesse contenue. Elle désire aller chez les siens à Nicolet, peut-être pour se reposer, sûrement pour ne pas être seule tout de suite. Merci, Jacinthe, t’es merveilleuse et magnifique.

Nous entrons à Montréal sous la pluie, par l’horrible chantier du boulevard Métropolitain et dans un trafic hypernerveux. C’est chaud, collant, étouffant. Jean, puis Roger, sont livrés à domicile. Louise est ensuite laissée chez Suzanne chez qui nous jasons un peu, puis avec Jean-Pierre nous finissons le déchargement chez lui. Il est attendu par sa mère, son frère et un gâteau d’anniversaire. Je rentre chez moi, et je tombe rapidement pour un repos bien mérité.

Nous avons fait bien du chemin, mais le voyage humain, intérieur, nous a menés encore plus loin. La magie des lieux, des personnes et du bon Génie des îles qui nous a toujours accompagnés, fait de ce voyage une des plus belles et fortes expériences de ma vie. Merci, Seigneur, de faire tout ce chemin avec nous.

Réal