Relais Nordik 2,1

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Sommaire – voir le journal d’Alain ci-dessous

Samedi. C’est aujourd’hui qu’on prend le bateau pour le retour vers Havre-St-Pierre. Levés très tôt sous la pluie, nous nous pressons de plier bagages et de décamper, Lyette et Jean à pied (dernier kilomètre en voiture). Les bagages sont rapidement installés dans le conteneur. Réal m’avertit dans la salle d’attente que j’ai dix minutes pour y apporter mon sac-à-dos, j’arrive juste au moment où on s’apprête à le charger. Départ hâtif, un peu à regret.

Étant les premiers passagers, nous profitons de beaucoup d’espace, nous pouvons faire sécher du linge et nous étendre. Lyette et moi passons beaucoup de temps à paresser sur les banquettes. L’après-midi est plus rock’n’roll car beaucoup d’indiens embarquent à St-Augustin, et il y a beaucoup d’enfants sur le pont que nous occupons. Le voyage reste paisible et reposant avec la belle température. Le souper, fait de nombreux légumes et de jambon, est un vrai régal.

Pendant la soirée, Réal retrouve une petite fille blonde aux yeux bleus, Marie-France, rencontrée deux semaines plus tôt. Et vous savez combien Réal aime les enfants. Plus tard, on déménage nos pénates sur le pont supérieur pour s’éloigner des jeunes indiens qui s’amusent beaucoup et verbalisent encore plus. À Harrington Harbour, autour de minuit, Lyette voit une superbe aurore boréale colorée de vert. À cet endroit, l’épave d’un avion est chargée à bord. Le retour tranquille se continue.

Jean

Deer Lake >>> Montréal

Le vol de retour est doux. Je me sens rempli de tranquillité au-dessus de l’Atlantique. Mais qu’en est-il de mes compagnons de voyage, de Lyette ?

Vol de jour. Finie la nuit où les courriers risquaient leur vie. Cette vie, ma vie, est-elle désormais plus aisée, les hommes plus heureux ? La technologie douce du vélo m’a permis d’accueillir un pays par ses côtes, ses vents, ses sources bienfaisantes. Mes jambes ont été tantôt sauvages et hardies, tantôt faibles et plaignardes. Toujours je les ai écoutées, parfois, je les ai domptées, jamais je ne les ai heurtées. Hier, je me suis dépassé. Au-dessus de la montagne, j’ai contemplé mes désirs, mes accomplissements.

J’ai écouté autour, j’ai écouté le vent de mes expirations. Mon sang lentement se repose. Mon vélo pose fièrement.

Je me sens seul, l’amour est au loin, mais la montagne et les nuages me cajolent. Brièvement, cette nature redevient ma compagne. Je me revois vérifier Gontran (mon vélo) pour la descente vers Deer Lake : les bagages ne doivent pas dépasser afin de laisser mes roues libres. J’enfile mon fidèle anorak et je défie la route… La griserie de la vitesse vaut la sueur de la montée. Mon corps se voûte autour de mes poignées, le vent souffle autour de mes reins. 40, 50, 60 km/h ou plus, peu importe, le sourire est toujours le même.