Bellburns

Eddies Cove West > Bellburns – 68 km
Sommaire – voir le journal d’Alain ci-dessous

Lundi. À 8 h, la montre de Roger sonne, c’est le temps. Tout le monde se lève tranquillement. Réal et moi allons prendre une agréable marche sur le quai du village où nous nous entretenons avec un pêcheur. Nous sommes de retour au campement, c’est le temps des céréales chaudes aux amandes. Shannon, un petit gars que nous avions rencontré la veille au soir, est là tout près de nous, il veut nous aider. Il m’aide à défaire la tente, il offre un stand à vélo à Roger, il me donne une plaque de Terre-Neuve comme je lui ai demandé, il donne au groupe son paquet de « Life-Savers ». Quelle hospitalité ! Avant de partir, je lui dis bonjour. Il me répond : « Not now. » Eh oui, il décide de nous suivre pendant quelques minutes.

La journée s’annonce douteuse en fait de température, mais nous espérons que peut-être il sera possible que les nuages se dispersent. Comme entendu, le premier arrêt se fait à la première rivière (East River) pour le bain collectif. Rare­ment me suis-je senti aussi bien après un bain. Je com­prends un peu Roger de tenir à son bain chaque matin. Puis de petites gouttelettes commencent à tomber. J’ai encore espoir que ce soit passager. Le dîner se prend à Hawke’s Bay, au sec heureusement.

Mais rapidement la pluie recommence et le vent se lève ; bref, de mauvaises conditions qui vont durer des minutes, des kilomètres, des heures. On ne voit plus la fin ; des côtes montent et descendent, suivies de plus grosses côtes ; la pluie s’intensifie, il est passé 18 h… On décide d’un commun accord de s’arrêter au plus vite, au prochain village… mais où est-il, ce village ? Se pourrait-il qu’il soit indiqué sur la carte et en fait disparu ? Finalement, au loin, je distingue une maison, puis d’autres maisons. Enfin, c’est Bellburns !

Lyette arrête à la première maison. Je serais personnellement enclin à arrêter au centre du village mais Lyette ne fait pas un tour de roue de plus. Elle dépose son vélo sur un poteau puis va cogner à la porte pour demander un peu d’hospitalité. Eh bien, c’est un rêve inimaginable qui commence, un conte de fée débute.

M. et Mme House nous accueillent dans leur maison, nous offrant leur sécheuse, nous demandant d’entrer toutes nos sacoches bien au sec.

Madame met six assiettes sur la table et commence à préparer un souper à l’orignal. Chacun a droit à deux bonnes assiettées, et, pour finir le plat, à un pot de confitures à la rhubarbe avec pain à volonté. Ce n’est pas tout : ils nous préparent six places à coucher. Après le souper, ils doivent quitter, mais ils nous invitent à rester dans leur maison bien au chaud.

La soirée est bien tranquille. Nous commençons tout juste à réaliser ce qui se passe. Comment se fait-il qu’un si grand bien nous arrive ? Y a-t-il quelqu’un là-haut qui l’ait voulu ? Merci.

Jean-Pierre

Dimanche. L’excitation du départ ! Je vis les petits stress qui me font désirer encore plus fortement le moment où je pédalerai enfin. J’embarque de justesse dans l’avion, et mon vélo itou. Pourquoi y avait-il tous ces gens en file devant le comptoir ? Mais voilà, je vole vers Deer Lake où j’espère découvrir des paysages magnifiques et sauvages, une partie de mon pays et des gens chaleureux. Petite crainte : comment se déroulera ce voyage en compagnie de six autres cyclistes à connaître ?

Mais Terre-Neuve me permettra de chasser toute urbanité de mon être. ADIEU patron, trafic, voitures, travail, téléphone, fax ; BIENVENUE vélo, liberté, amis, pays, et moi-même !