Pistolet Bay / St-Anthony / Brig Bay

Pour aller au nord, faire du pouce à sept risque fort de nous laisser sur place. Nous nous séparons donc pour vivre des aventures à géométrie variable. En cliquant sur les noms, voyez où et comment nous irons.
Sommaire

Pistolet Bay (Anse aux Meadows) – 40 km

Mercredi. Avant de me lever, j’entends déjà les petites mouches danser entre ma tente et mon double toit. Je ne suis donc pas très encouragé à sortir de ma tente, mais il le faut. Le lever de notre petit groupe est prévu pour 7 h 30, tandis que Roger et Jacinthe préfèrent relaxer davantage ce matin.

Vers 9 h 30, nous partons. Le soleil se fait très présent. Le vent aidant, le kilométrage monte rapidement, nous voulons arriver à l’Anse aux Meadows le plus tôt possible.

Le paysage est différent, les arbustes sont très petits ou même absents sur les collines, puis rapidement on commence à voir des icebergs. Quel spectacle que de les observer à vélo ! On réussit à avoir un pouce pour les dix derniers kilomètres avec la petite-fille de M. Georges Decker, celui qui a conduit les archéologues aux vestiges vikings.

Le centre d’accueil est très intéressant. On y voit une exposition de petits objets vikings retrouvés sur le site, dont une broche pour attacher les manteaux et des clous confectionnés à la manière des Vikings du 11e siècle en Islande. Ni les Esquimaux ni les Indiens n’utilisaient ces objets. Nous dînons sur le bord de la mer juste en face de nombreux icebergs.

Après le dîner, nous visitons des reproductions des habitations vikings, dont une fonderie près d’une rivière qui prouve que les objets de métal étaient bel et bien fabriqués ici même.

Après notre visite, nous sommes plus ou moins tentés de revenir par la même route, surtout que le vent est assez fort. Nous nous dirigeons vers le quai du village pour essayer de trouver un pouce en bateau jusqu’à Cape Onion, ce qui diminuerait considérablement la distance à parcourir. L’idée est assez saugrenue, si bien que j’avais dit à Réal de penser à des choses plus sérieuses. Mais Diane se dirige tout droit vers deux pêcheurs pour leur demander un bateau et, surprise, ils acceptent sans hésiter. Dans 20 minutes, nous devons être au quai. Nous en profitons pour visiter le petit village de l’Anse aux Meadows (100 habitants). Nous sommes à l’heure au rendez-vous. Nous embarquons les vélos à bord du « Sharky » et nous voilà navigant entre les glaciers en direction de Cape Onion.

C’est comme un rêve pour nous trois de nous voir dans ce petit bateau avec deux jumeaux comme capitaines. L’un d’eux nous dit que la saison de pêche est désastreuse, n’ayant pas encore commencé à la fin juillet en raison des trop nombreux glaciers. Je prends quelques photos de glaciers. C’est merveilleux !

Puis, la mer devient plus houleuse, je me mets alors à penser aux nombreux marins morts noyés dont j’ai vu les tombes au cimetière la veille. Mais le temps est bon. Oups ! Un coup de vent et je perds ma casquette à l’eau. Le capitaine opère un demi-tour pour la récupérer.

Arrivés au village de Cape Onion, nous prenons la route de terre qui nous mènera 14 kilomètres plus loin au camping de Pistolet Bay. J’ai regardé tout au long de la route pour essayer de voir un orignal, mais malheureusement je n’en ai pas vu.

Arrivés au campement vers 19 h 30, nous préparons rapidement le riz indien. Les moustiques déclenchent une attaque en règle, nous devons abdiquer, nous décidons de manger tous les trois dans la tente. Nous décidons de nous coucher tôt ce soir, car nous nous lèverons tôt demain. Réal et moi sommes à peu près sur le point de nous coucher, mais Diane nous surprend tous les deux. Sa journée n’est pas terminée, elle veut se baigner au lac avant de se coucher. Ni Réal ni moi n’avions la force de l’accompagner. Le vent souffle fort, on peut entendre de nos tentes son bruit sourd venant de loin. Bonsoir.

Jean-Pierre

Pistolet Bay > St-Anthony (Anse-aux-Meadows) – 25 km

Mercredi. Étant donné l’heure tardive à laquelle nous sommes arrivés à Pistolet Bay hier, Roger et moi décidons de dormir plus longtemps que les autres. Vers midi, nous nous mettons en route vers l’Anse aux Meadows. Le gardien du camping passe près de nous avec son camion et offre de nous conduire à la fin de la route de gravelle. Nous acceptons avec joie, tout heureux de nous sauver de ces neuf kilomètres sans même l’avoir demandé. En pédalant vers St-Lunaire, nous laissons nos bagages près d’un petit lac, prévoyant nous lever tôt demain afin d’attraper notre pouce d’hier pour le retour. Nous savons qu’il quitte la région vers 7 h.

Très heureux de ne plus avoir de bagages, nous profitons pleinement du trajet. Il y a plusieurs côtes et le vent ne nous aide pas tellement, mais nous avons l’impression d’être dans un autre monde. Il fait beau. Il y a un ciel bleu comme nous n’en avons pas vu depuis longtemps et un soleil qui réchauffe jusqu’aux os (les nôtres sont tellement humides !). Ça fait du bien.

St-Lunaire. La route serpente entre de petites collines rocheuses recouvertes de lichens aux différents tons de vert. On dirait que tout le village est dehors pour profiter du beau temps. Nous croisons des tas de gens au passage. Çà et là s’ouvre une petite baie où se prélassent les icebergs. Que de contrastes : le soleil de plomb, les gens en costume de bain et les icebergs éclatants de blancheur.

À tout moment, nous nous croyons arrivés. Mais non, l’Anse aux Meadows est toujours plus loin. Enfin, nous mettons pied à terre et retrouvons nos trois amis. Eux terminent la visite alors que nous la commençons. Au moment où Réal passe la porte pour quitter le centre, un drôle de bruit facilement reconnaissable attire son attention. Le pneu arrière de Roger se dégonfle. Réal cherche Roger pour l’en aviser et tente de réparer la crevaison. Tout semble sous contrôle. Nos amis nous quittent et nous poursuivons notre visite. Avec intérêt, nous entrons dans le monde des Vikings et nous laissons imprégner par la magie des lieux. Nous prenons notre temps. Un vent froid souffle de la mer. Je m’imagine le froid, la faim, le dur travail pour assurer sa subsistance…

Il faut pourtant prendre le chemin du retour. Mais… Roger découvre que la réparation n’a pas tenu, et que le pneu est à nouveau à plat. Je me sens nouille. J’ai oublié la pompe et la trousse de réparation à l’endroit où nous avons laissé nos bagages. Tristement, nous faisons un bout de chemin à pied. J’ai l’impression d’être au bout du monde, et d’en être prisonnière. J’avais tant voulu venir à l’Anse aux Meadows. Serait-ce que maintenant, je n’en pourrais plus partir ?

Sur la route, nous rencontrons un homme à l’allure un peu étrange, mais sympathique. Il nous baragouine quelque chose dans un langage que seuls les initiés peuvent décoder. Le seul mot que je réussis à comprendre est « pump ». À grands renforts de gestes, nous finissons par saisir qu’il en a une chez lui. Nous le suivons. Deux « pick-up » se pointent alors à l’horizon de cette route jusqu’à présent déserte. Voilà notre chance ! Je m’élance, manque le premier, mais réussis à arrêter le second.

Le conducteur est extrêmement sympathique et loquace. Quelques mètres plus loin, il fait aussi monter deux pouceux qui veulent aller à la 430, deux écossais. Le camion est plein. Deux personnes dans la boite, avec les sacs-à-dos et les vélos, deux autres à l’avant, avec le conducteur. Nous arrêtons au petit lac. « Il y a trop de mouches ici », dit notre conducteur. « Venez donc à St-Anthony avec moi ! »

St-Anthony. Nous n’espérions pas pouvoir y mettre les pneus. En deux temps trois mouvements, nous embarquons nos bagages. Les Écossais sont largués à l’embranchement de la 430, et nous voilà en route pour St-Anthony !

Jacinthe

En cours de route, le conducteur nous parle de sa ville. Il nous dit entre autres que M. Grenfell était un médecin célèbre qui a amélioré les conditions de santé des Terre-Neuviens. L’arrivée en ville est marquée par un certain choc culturel. Pour la première fois du voyage, nous rencontrons une lumière rouge. Il y a aussi un grand centre d’achats, un hôpital et un magasin où l’on répare les vélos. En fait, le conducteur (pour ne pas dire notre hôte) nous fait faire une visite guidée. Un musée, un hôpital, une statue, une pierre tombale et des drapeaux sont érigés en l’honneur du fameux docteur Grenfell. Le conducteur nous laisse au centre-ville. Après la réparation de la crevaison de Roger, nous dressons la tente à la Fishing Point, une pointe de toundra avec vue d’un côté sur les glaciers de l’Atlantique et de l’autre sur la baie autour de laquelle est bâtie la ville. Paysage paisible et enchanteur.

Comme il fait maintenant noir, qu’il n’y a pas d’eau potable à proximité, que nous n’avons pas de vache à eau, que nous sommes fatigués et qu’il est déjà 22 h, nous allons manger du poulet frit en ville pour souper. Le serveur veut connaître notre opinion sur l’indépendance du Québec. Endormissement paisible.

Roger

Port au Choix > Brig Bay

Mercredi. Il fait soleil, wow ! Devant nous, juste à l’extérieur de la tente, des fleurs dansent au vent et les sternes virevoltent toujours au large à la recherche des poissons. Une marche le long de la côte nous permet de découvrir des archéologues en pleine action. Ils sont à la recherche de vestiges des Indiens archaïques ou des esquimaux dorset. On nous présente les artefacts récoltés depuis le début de la journée : petits couteaux, lances, lames. Tous semblent s’amuser à gratter, à creuser, à trier.

Notre destination d’aujourd’hui est Plum Point. L’heure est déjà tardive, 16 h, et nous sommes toujours à Port au Choix. Tout à fait par « hasard », on rencontre devinez qui ? Oui, oui, M. et Mme House, qui s’empressent de nous mener à bord de leur « pick-up » jusqu’à dix kilomètres de Plum Point. Quel heureux hasard ! Est-ce réellement un hasard ? Avant Plum Point, on arrête au parc provincial de Three Mile Pond. Lyette brave le vent glacial et le soleil incertain en se baignant dans l’étang. Les maringouins voraces ajournent notre séjour dans ce parc.

La journée se termine par un repas au riz mexicain et fines herbes agrémenté de crevettes de Port au Choix ainsi que d’une soupe aux crevettes.

Alain