
Relais Nordik > Brig Bay – 23 km
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Samedi. Réveil très matinal pour Jean-Pierre, Diane et Réal. Couchés au pont d’observation, leur sommeil est interrompu par l’arrivée de quelques voyageurs venus observer un soi-disant immense iceberg.

N’ayant pas été moi-même témoin oculaire de ce moment, je me dois de consulter plusieurs sources pour rapporter l’événement. Alors, mes différents informateurs s’entendent pour dire que l’iceberg en question est assez spectaculaire. Cependant, l’estimation de sa hauteur varie, selon les personnes, de 50 pieds à 300 pieds. Bon ! Croyez qui vous voulez !
Arrivée à Blanc-Sablon vers 7 h, comme prévu. Le bateau se fraie précautionneusement un chemin dans la glace qui envahit le port. Brrr ! ! ! Il fait froid… Il y a encore un peu de neige sur la côte. Il pleut. Ce n’est pas très accueillant. Puis c’est le débarquement. Nous retrouvons peu à peu tous nos morceaux. Une exception, cependant : Réal n’a plus ses gants de vélo. Perdus ? Volés ?
Une fois de plus, nous réorganisons le contenu de nos sacoches de façon à ce que nous puissions tout faire tenir sur les vélos. Certains d’entre nous ont ensuite le goût d’explorer un peu les environs. Jean-Pierre tient beaucoup à aller mettre les pieds (ou tout au moins les roues !) au Labrador. Diane, Roger et moi-même l’accompagnons. Réal, lui, part à la recherche de nouveaux gants de vélo. Lyette et Jean restent au quai et font du P.R. – Relations Publiques.
Le Labrador. Selon Jean-Pierre, c’est par là. Ouais. Mais par là il y a une espèce de grosse côte et on a le vent dans le visage. Ça ne sera pas facile. Ouais. Il pleut, il vente, il y a de la neige, de la glace, il fait froid, je monte une côte, sans mes bagages en plus (sous-entendu : qu’est-ce que ce serait avec !), j’en arrache et c’est le 6 juillet. J’ai un doute. Qu’est-ce que je fais ici ?

Finalement, victoire, nous atteignons le Labrador. De loin, nous apercevons les côtes de Terre-Neuve et le traversier qui s’en vient. Il ne pleut plus. le soleil se pointe. L’effort m’a réchauffée. La vie redevient belle. Nous redescendons.
Dans l’entrepôt du port, nous chargeons nos vélos et Jean se charge aussi. Comme prévu, Diane et Lyette sont déconcertées par la tenue de route de leur véhicule chargé. Lyette semble très sceptique sur sa capacité à conduire le dit véhicule. Nous pesons nos vélos, à côté d’un énorme quartier de viande, sur la balance de l’entrepôt. Les vélos et leurs charges pèsent de 80 à 100 livres1 ! ! ! Lyette est découragée : elle bat le record de poids.
Mais le plus spectaculaire de tous est sans aucun doute Jean. Il est chargé comme un mulet. Il a une envergure assez impressionnante. Si on additionne son poids et celui de son matériel, on atteint le chiffre impressionnant de 300 livres2 ! Le quartier de viande en plus, et la balance franchit le cap des 450 livres3 ! Heureusement, la viande restera ici, mais chacun de nous se demande comment il fera pour porter tout cela. Bonne chance, Jean !
Nous prenons place sur le traversier. Lyette ne réussit pas à enfourcher son vélo. Le doute grandit…
Selon quelques informateurs, la traversée du détroit de Belle-Isle n’est pas de tout repos, il parait qu’il vente beaucoup et que les vagues sont énormes. Le mal de mer semble fréquent chez les passagers, comme en témoignent la multitude de poubelles et de sacs prévus à cet effet. Pas rassurant ! Mais aujourd’hui, on prévoit une traversée tranquille.
Le bateau quitte le port peu après notre embarquement. Nous l’explorons. Il est très confortable. Il y a beaucoup de place pour relaxer, ce que certains d’entre nous ne manqueront pas de faire, question de regagner un peu de sommeil.
Le bateau traverse les glaces avec un peu moins de soins que le Nordik Express. Il fonce carrément dessus, ça brasse un peu. Et plus au large, c’est vrai qu’il y a de la vague. Ils disent pourtant qu’aujourd’hui c’est une belle journée… Je n’aimerais pas prendre ce traversier un jour de tempête.
Enfin, Terre-Neuve ! Quelques derniers ajustements, et nous voilà partis. Lyette finit par retrouver confiance en son vélo et en elle. Le convoi chambranlant prend la route. Nous laissons Jean au coin de la route.
Selon nos informateurs, toujours, la route devrait être assez planche, le vent acceptable et les moustiques absents. Ces informations s’avèrent relativement exactes. Les côtes, il y en a, mais des petites. Le vent, il y en a, mais dans notre dos. Çà nous donne des ailes et nous roulons à une allure fulgurante. Et les moustiques, il y en aura, mais… Bah !

Voilà que les négociations commencent pour l’emplacement d’un camping. Ce n’est pas évident. Nous n’avons pas tous les mêmes critères, et notre degré de fatigue est avancé. Enfin ! Nous nous installons sur une pointe, entre quelques arbres rabougris. Nous avons une vue superbe sur la mer. A six, l’installation du campement est assez rapide.
Jean-Pierre et Roger vont à la recherche d’eau potable. Ils s’arrêtent à une maison non loin de notre campement. Le propriétaire les accueille gentiment. « Où est le bain ? », demande Jean-Pierre, croyant pouvoir emplir la vache à eau plus rapidement. Mais la maison est minuscule, et il n’y a pas de bain. Avec un contenant, Roger et Jean-Pierre font la navette entre l’évier et la vache à eau qui est restée à l’extérieur. Ça prend un certain temps. Ils apprennent que leur hôte travaille à Labrador City et que ce n’est pas très accessible en venant de Terre-Neuve. Il vit avec son père de 78 ans, sa fille et son petit-fils. Paraîtrait que son père bûche beaucoup de bois, assez pour ne plus avoir à le faire lorsqu’il sera sur ses vieux jours…
Après le souper, Roger et moi convions le reste de l’équipe à venir se chauffer au feu de camp, dans un trou. Il aura fallu chercher pas mal pour trouver un endroit adéquat. Plus près des tentes, la végétation est trop sèche. Sur la plage, il vente énormément. Un trou probablement creusé mécaniquement nous coupe un peu du vent. Cependant, la fumée tourbillonne. Il n’est pas facile de rester près du feu sans pleurer… à cause de la fumée. Nous profitons de ce temps pour nous réchauffer et échanger sur notre vécu de groupe depuis le début du voyage.
Bien sûr, j’aurais pu écrire encore tant de choses, il y aurait tant à dire encore. Mais je laisse à notre mémoire le soin de conserver le reste. Puisse ces quelques souvenirs en faire jaillir d’autres !
Jacinthe






