Chemin du Lac Cailloux

Baie-Ste-Claire > Chemin du Lac Cailloux – 60 km
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Mardi. Première nuit où personne ne gèle. Le moral des troupes est à son meilleur. Toutefois, après quelques hésitations, le soleil se cachera définitivement derrière les nuages. Peu importe, comme toujours on s’organise et on prépare l’équipement pour la journée. Roger continue à compter les chevreuils, et son compte embrouillé et incertain atteint vingt-trois, chiffre contestable et contesté.

Laissant les bagages à la garde du génie de l’île, nous partons par un chemin qui suit la grève vers la pointe ouest. Toute la région semble battue par les vents et les tempêtes. La pointe est à l’image de l’île : fascinante, magnifique, mais dangereuse.

Nous visitons le « Calou », une goélette de Gaspé qui restera définitivement à l’île, puis nous roulons sur la pierre (dalles) des battures (Youppi !) jusqu’aux phares : le moderne qui éclaire et qui hurle, et l’ancien, une tour imposante de pierres et de briques dynamitée pour des raisons obscures. Et derrière les bâtiments, un cimetière de jeunes pionniers ou marins. Île violente.

Au retour, la pluie nous taquine un peu, et les imperméables sortent de leurs cachettes. Pendant que j’accompagne Roger au four à chaux, Jacinthe et Jean-Pierre prennent les devants. La mécanique du vélo de Roger fait un peu des siennes, et c’est avec soulagement que nous parvenons au village, trempés et transis. Nous dînons à l’abri et au chaud, entre le dépanneur et la caisse pop, puis nous repartons sous une pluie battante vers l’est, avec une certaine inquiétude pour la nuit à venir. « Toute la pluie tombe sur moi », chantons-nous avec enthousiasme tout en moulinant pour nous réchauffer.

Nous avions convenu d’arrêter le premier véhicule pour nous avancer un peu. Éric, directeur de la coop, et Carol, un de ses employés natif de l’île, nous embarquent et nous conduisent rapidement (90 ou 100 km/h) à un refuge sur le chemin du Lac Cailloux.

En plus de la gentillesse des gens, l’idée de dormir au chaud et au sec suffit à nous transporter de joie. Nous nous étendons et transformons le refuge en sauna, car beaucoup de matériel est humide ou mouillé, spécialement le sac de couchage de Jean-Pierre qui était mal protégé. Personne ne s’ennuie du camping ou de la toile-abri.

Deux événements marquent la soirée. Comme les shorts de Roger, las de la vie, ont lâché à un endroit critique, on se met en devoir de réparer des ans l’irréparable outrage. Une guenille est sacrifiée, et avec la moitié aiguisée de notre unique aiguille, Roger, conseillé, soutenu puis remplacé par Jacinthe, vient à bout de cette épreuve titanesque. C’est l’événement burlesque. Voici l’événement joyeux : j’avais oublié mon casque dans le camion d’Éric, il est venu nous le reporter et jaser tranquillement avec son amie Carole. Il y avait une chaleur et une simplicité joyeuse dans cette rencontre… Merci, Seigneur.

Réal

P.S. Une troupe scoute de Boischatel avait laissé un cairn à la pointe ouest.
Le bonheur de Roger était sans mélange.